Malgré elle, Angèle a plus de street-cred' que ton rappeur préféré Malgré elle, Angèle a plus de street-cred' que ton rappeur préféré

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Malgré elle, Angèle a plus de street-cred’ que ton rappeur préféré

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Par le réseau qu’elle s’est constituée dans le monde du rap et l’universalité de ses thématiques, la jeune belge pourrait-elle porter, malgré elle, plus de “street-credibility” que ton MC favori ?

Il y a encore un an, elle était inconnue. Angèle semble avoir tout de la petite fille modèle au premier abord. Pianiste de formation, son animal préféré est la loutre et elle mène une idylle parfaite avec son amoureux sur les réseaux sociaux où elle enchaîne les farces. Toutefois, son succès ne peut s’expliquer qu’en partie par cette douceur et cette innocence qui semblent inhérentes à elle et sa musique.

Angèle fait sa loi

« Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal », c’est Murphy qui la dit. Si l’on croit en cet adage, la carrière fulgurante d’Angèle Van Laeken ne s’explique pas. Tout aurait pu et dû se passer bien autrement pour la jeune chanteuse belge. Si la loi de l’ingénieur aérospatial américain s’était appliquée, tout n’aurait dû être qu’un beau Brol dans la vie de celle qui voulait tes yeux : Damso aurait pu lui préférer Lara Fabian pour assurer ses premières parties, l’homme qui partage sa vie aurait pu créer la marque Walk In Tourcoing, son frère aurait pu tenter de créer le turn-up en rappant “Linkebeek arrive”, et elle aurait pu souffrir de dyscalculie, lui empêchant d’écrire le couplet magique de “La Loi de Murphy”.

Mais avec des « si » on met Bruxelles en bouteille, et une seule conclusion semble découler de son succès foudroyant : comme nombre d’autres gangsters avant elle, Angèle serait au-dessus des lois.

Qui d’autre pour poser avec des spaghettis sur la tête ?

Ayant commencé en postant des vidéos d’elle en train de chanter face caméra sur Instagram il y a plus de trois ans, le talent musical de l’artiste belge n’est plus à prouver. Elle cumule presque 500 000 followers sur ce réseau qu’elle maîtrise à la perfection, ses clips comptabilisent des millions de vues sur la plateforme Youtube, sa tournée en solo se trouve couronnée de succès après avoir marqué les esprits lors des premières parties de Damso… La jeune fille qui assistait encore au Festival de Dour en tant que spectatrice il y a quelques années a investi la grande scène cet été, et tout cela sans même s’appuyer sur un album. Un opus tant attendu qui ne sortira que dans quelques heures.

 

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J’ai commencé par Instagram, c’était cool j’avais un très bon programme

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Comment Angèle a-t-elle alors fait pour inverser cette loi de l’emmerdement maximum ? On comprend le goût du grand public pour sa pop sucrée et entraînante, mais comment interpréter les émotions qu’elle a déchaîné auprès d’un public traditionnellement beaucoup plus réfractaire pendant ses premières parties de Damso ?

Qualité essentielle chez un rappeur en raison du parcours tumultueux de certains d’entre eux, la « street-credibility » semble historiquement fondamentale pour percer durablement dans le monde du hip-hop. Empreinte le plus souvent de virilité machiste et de pseudo-gangsterisme, cette valeur semble motiver grandement le choix de certains médias rap dans leur programmation. Au premier abord, loin de pouvoir être qualifiée de « thug », l’amoureuse féministe des loutres ne serait pas en possession de cette « street-knowledge » si importante. Toutefois, ces mêmes médias se l’arrachent : à côté des Inrockuptibles ou de C à Vous, OKLM, Skyrock et Alohanews (pour ne citer qu’eux) ont déjà invité et interviewé la chanteuse. L’ancienne petite fille fan d’Hélène Ségara aurait donc autant, si ce n’est plus de street-cred que tes rappeurs préférés ?

L’annuaire impressionnant d’Angèle

Angèle est belge. Et depuis quelque temps, la nationalité belge semble être comme le ticket d’or du rap francophone, le passe-partout qui permettrait aux prétendants MCs d’ouvrir toutes les portes du succès. Ainsi, la cadette Van Laeken s’inscrit donc dans cette vague teintée de noir, jaune et de rouge, et elle s’y inscrit activement. En plus d’avoir baigné dans le milieu artistique toute sa vie (un père musicien qu’elle accompagnera deux ans au clavier), la chanteuse se trouve profondément ancrée dans le microcosme du rap belge en pleine ébullition : quoi de plus (street-)crédible qu’un frère rappeur ? Par ses nombreux featurings avec des artistes belges du genre, elle donne la preuve du respect et du goût qu’ont ces artistes pleins de street-cred’ pour ses performances musicales pop. Mais surtout, il est possible d’en déduire que les publics de ces dits-rappeurs, ordinairement fans d’une musique plus proche de la rue, feraient un écart de conduite une chanteuse plutôt Pop.

Ses deux passages dans le Planète Rap de Skyrock vont dans ce sens : l’un aux côtés de MC Solaar, ami de la famille, il y a presque un an ; l’autre invitée par Romeo Elvis aux côtés de Krisy, pour nous livrer leur version de “Victime de la Mode“. Des liens forts existent entre Angèle et le rap et personne ne peut le nier : que ce soit pour un réel featuring ou simplement des chœurs angéliques, elle est présente sur les morceaux “Ma Story” et “Soin” de Caballero & JeanJass, sur les morceaux “Diable”, “Les Hommes ne pleurent pas”, et “J’ai vu” de son frère Romeo Elvis, et Veence Anaoh a également collaboré à l’écriture de la géniale “Loi de Murphy”. Des rappeurs extrêmement bien établis dans le paysage musical actuel, qui savent ce que la finesse et la douceur de la voix de la chanteuse peuvent apporter à leurs morceaux.

Charlotte Abramow (Les Inrocks)

 

Une crédibilité qui va passer également par sa relation avec le créatif Leo Walk et tout ce qui en ressort. A coup de vidéos de danse et de nombreux clichés postés ensemble sur les réseaux, les affinités amoureuses entre les deux ne sont plus un secret pour personne, et, à côté de son frère ou même de Vald, Angèle devient occasionnellement égérie pour la populaire marque de streetwear de l’homme qui partage sa vie : Walk In Paris.

Mais la preuve indubitable est apportée par ses nombreuses collaborations avec le grand Dem’s. Figure de proue d’un style de Rap alliant street-cred’ et introspections poétiques, celui-ci a choisi Angèle pour assurer la première partie de son concert pour l’une de ses tournées. Un choix à mettre en lien avec cette recherche permanente de la musicalité chez Damso :

«Près de mon public avisé, Loin des ventes et des chiffres, et près de la musicalité »

 

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“Elle niquera pas mal de mères avec son projet c’est certain.” Merci @thedamso 🔥🔥 Ce soir à Strasbourg

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Seul featuring du rappeur sur son dernier album à l’occasion du morceau « Silence », ce soutien indéfectible pour sa protégée atteste du goût d’un artiste relativement « street » pour une musique plus douce, qui n’est pas si proche que ça de la sienne. Le rappeur accusé de sexisme prenant sous son aile une chanteuse défendant la cause de la femme. Un goût qui va pouvoir se retrouver au sein du public “avisé de l’« Ipséité Tour », souvent conquis par la première partie. Selon des sources sûres, même s’ils ne l’avoueront pas toujours publiquement, les grands amateurs de turn-up, prêts à se démettre l’épaule en plein pogo, auraient pour beaucoup déjà esquissé un déhanché en entendant les premières notes de « La loi de Murphy », tandis que d’autres auraient même été aperçus en train de fredonner que « tout le monde il veut seulement la thune » en faisant la vaisselle. Et cela semble avoir quelque chose à voir avec le fait que la musique Pop d’Angèle possède l’ultime « street-credibility » : essayant avec humour de condenser et de chanter sur ces sentiments et sensations qui animent tous ces passants au jour le jour.

La street-cred’ d’Angèle malgré elle. 

« Tout le monde il veut seulement la thune ».

« Je veux tes yeux ».

« Jalousie ton nom est bien trop joli ».

Toutes ces paroles d’Angèle vont dans le même sens : elle essaye de décrire et de romancer des sentiments humains universels : l’amour, la vanité, la jalousie… Même le rappeur le plus « street » possède une douceur, ainsi qu’une quelconque affection en lui qui va pouvoir lui pincer le cœur de temps à autre. Les 55 millions de vues pour le « Je t’aime », prononcé à plusieurs reprises dans le refrain de « A l’ammoniaque » par les frères de PNL, en constituent la meilleure preuve.

Qu’ils soient plutôt positifs ou négatifs, ces sentiments et désirs qui habitent les chansons de la jeune Belge prennent racine en chacun d’entre nous. La crédibilité d’Angèle n’est pas celle d’une rue ghettoïsée fantasmée dans l’imaginaire collectif. Cette crédibilité de la rue se rattacherait à l’image de la chanteuse malgré elle. En effet, comme elle a pu le dire à l’occasion de son passage rafraîchissant sur France Inter, Angèle aime le Rap et incarne certains de ses codes, parfois même inconsciemment. Elle respecte les rappeurs pour leur liberté de parole, mais éprouve un certain ressentiment particulier quant à l’image que ceux-ci donnent de la femme, trop souvent stéréotypée et même machiste. Et son travail avec Charlotte Abramow coïncide avec cette défense de la cause des femmes. Ainsi, cette street-cred malgré elle n’empêche pas Angèle de se considérer comme une chanteuse pop avant tout.

Malgré elle, Angèle a plus de street-cred' que ton rappeur préféré

Un T-shirt qui en dit long. Clique

Sa crédibilité pourrait se former dans une rue théorique et hypothétique où se rassemblerait et se mélangerait toute une variété de sentiments inhérents à l’être humain, tout cela rythmé par une bande-son harmonisée par sa voix d’une douceur mélodieuse. Toutes ces petites mésaventures qui ponctuent la journée du clip de « La loi de Murphy » vont dans ce sens, et comme beaucoup d’autres choses, Angèle réussit à les traiter avec humour et autodérision, même si « l’on n’autorise pas trop les filles à être drôle »

Angèle-a-t-elle plus de street-cred' que tes rappeurs préférés ?

Clip : “La loi de Murphy” (Charlotte Abramow)

C’est l’authenticité qui est prônée dans son œuvre : loin des clichés et des stéréotypes féminins, Angèle tente d’aborder des problèmes courants qui peuvent lui tomber dessus également : l’amour de l’argent et la tension douloureuse entre images et réseaux sociaux (« t’es tellement seul derrière ton écran »), entre paraître et réalité ; la jalousie qui « nous tue »… Elle est pertinente même dans sa reprise de MC Solaar : « Victime de la mode », où elle aborde cette relation compliquée des femmes à leur physique à cause de certains pseudo-dogmes sociétales et diktats de la mode… Et son travail avec Charlotte Abramow pour ses deux clips et certains shootings va aussi dans ce sens : un combat en partie féministe, mais avant tout humain, contre cette loi de Murphy qui court les rues, et qui empêche les uns et les autres de remettre en ordre ce « Brol » que constituent nos vies.