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Comment l’histoire du rock permet d’anticiper l’évolution actuelle du rap ?

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Si le rap subit une métamorphose déconcertante depuis quelques années, son futur pourrait être appréhender sous l’exemple du rock.

On aurait tendance à croire que tout les sépare, et pourtant… Les deux styles musicaux ont plus d’un point en commun, et en creusant plus en profondeur, ces similitudes peuvent même paraître déroutantes. Du haut de son long demi-siècle d’existence, le rock a de belles histoires à raconter. Considéré initialement comme une « musique du diable » clamant la liberté et l’émancipation, il s’est peu à peu mué en vitrine commerciale, englué dans l’industrie musicale. Aujourd’hui, le rock est si rongé par des centaines de sous-genres que plus aucune définition limpide lui découle. « Dénaturé » selon certains, « éternel » selon d’autres, il reste cependant l’un des styles les plus influents de l’histoire. Et cette dernière, marquée par une évolution étonnante, semble se calquer parfaitement sur la jeune biographie du hip-hop.

La naissance de mythes

1950, le sud des Etats-Unis voit émerger peu à peu un nouveau style musical. Mélangeant blues, jazz et country, celui qu’on appellera quelques années plus tard le rock’n’roll creuse sa petite notoriété. Une fois n’est pas coutume, c’est la communauté afro-américaine qui fait naître le genre. Issu de milieux très modestes, ce sont pourtant des artistes blancs qui vont le populariser, à l’image d’un Elvis Presley ultra-fédérateur pourtant ex-chauffeur de camion. Si l’histoire peut sembler vaguement raciste, c’est pourtant tout l’inverse : le rock brise les barrières raciales et endossent le costume de médiateur musical à une époque meurtrie par les frontières de couleur.

Elvis Presley, l’une des icônes les plus notoires du rock.

Une quarantaine d’années plus tard, la société a, heureusement, évolué. La cause noire s’est améliorée mais a encore de sérieuses choses à dire. Dans les quartiers new-yorkais, à l’aide de boîtes à rythme et de disc-jockeys, la jeunesse déverse sa rage et ses ambitions à coup de rythme et poésie. Une fois encore, ce sont les quartiers pauvres qui propulsent le style, et le rap devient vite un phénomène populaire national, puis planétaire. Si l’on pourrait assimiler l’envergure de l’artiste blanc de Presley à Eminem, la comparaison s’arrête là : le rap est resté, et encore aujourd’hui, une musique profondément marquée par les afro-américains, tant sur le plan artistique que musical.

Puisant leurs origines dans des milieux semblables, les deux styles s’offrent déjà un point commun évident. De plus, les revendications, et même si les manières de le dire divergent, paraissent quasi similaires. On en vient alors à dessiner une seconde analogie : avant d’être un genre artistique, le rock et le rap représentent une culture propre.

Un style musical de vie 

Le rock, ses perfectos, ses guitares fracassées et ses solos endiablés. Profondément évocateur, le genre a cultivé tout un éventail d’éléments auxquels il s’associe. Indéniablement, le rock est un style de vie. Un style qui, par ailleurs, s’est vu évolué au fil du temps. D’une jeunesse qui aspirait à l’émancipation après-guerre aux protestations pacifistes de Woodstock, chaque génération écrit sa page de l’histoire. Même dans les clips, encore aujourd’hui, le rock met en scène des conditions familières : instruments bruts, coupes de cheveux extravagantes, tatouages.

Le rock, comme le rap, répond à des « clichés » immuables.

De son côté, le rap essuie aussi une doctrine assez complète, à la limite du vague stéréotype. Snapback, chaînes en or, voitures bodybuildées sont au rendez-vous et esquissent un univers aussi soigné que complexe. Au fait, le rap est l’une des disciplines fondamentales du hip-hop. A défaut, les deux termes sont souvent confondus, mais le hip-hop s’avère bien plus large. Il s’agit en fait de l’intégralité de cette culture, allant du style vestimentaire à l’artistique. On y comprend, entre autres, le graffiti, le beatboxing et le break dancing.

Les deux styles respectent ainsi des codes propres et immuables. Ils sont, sûrement, les deux styles musicaux les plus étendus à ce niveau. La manière de s’habiller, parfois même de parler, sont influencés par le genre et marquent les générations. Ce sont d’ailleurs les jeunes qui en sont les principaux vecteurs et les styles vestimentaires de ceux-ci permettent sans nul doute d’évoquer quel genre musical écoutent-ils. Le rap et le rock sont indéniablement des philosophies, par leur message propre, leur culture et leur musique.

Éclatement en plusieurs nébuleuses

Cependant, ces codes, aussi bien culturels qu’artistiques se déclinent à plusieurs échelles. L’exemple des habits, particulièrement évocateur, permet de comprendre cette graduation : certains écoutent du rock pour le plaisir, sans en porter les traits, alors que d’autres, tatoués aux cheveux longs avec une tête de mort derrière le perfecto noir, le vivent. Ces différents degrés se traduisent, par la même occasion, dans la musique.

En vérité, deux facteurs influent un style. Le premier étant la mode évidemment qui, de manière aléatoire, permet aux artistes de se succéder ou de se supplanter. Le second, le respect des codes et la manière avec laquelle ils sont interprétés. Par exemple, le hard-rock et le métal n’ont pas la même définition du rock, que peuvent l’avoir les adeptes du rock garage. Ils se voient d’ailleurs, entre eux, souvent d’un mauvais œil. Dans le rap, on pourrait assimiler cette comparaison avec le rap boom-bap ou old school qui sublime les codes originels du genre.

Très populaire, le groupe Nirvana a popularisé un mouvement atypique du rock, le « grunge ».

C’est ainsi que le rock est devenu quasiment indéfinissable tant les sous-genres se sont multipliés : pop, grunge, punk, progressif. Et, par définition, le rap semble vivre aujourd’hui la même métamorphose : il se décuple sous différentes formes jusqu’à overdose. Trap, drill, g-funk, gospel, il puise dans des styles variés pour construire son identité. Ainsi, à l’image du rock, le rap est devenu tout aussi indéfinissable.

Virage contemporain et anachronismes

Dès les années 1980 et jusqu’aux années 2000, le rock a subi une évolution mouvementée et très critiquée. C’est notamment la pop-rock, un style de musique plus mainstream reprenant vaguement les codes du rock qui a poussé cette fracture. Jugé trop éloigné des origines, le rock s’est vu fracturé entre plusieurs milieux hostiles les uns aux autres : les fans de pop-rock n’étant pas de véritables fans de rock pour certains.

Evidemment, comment ne pas associer la pop-rock au très péjoratif « rap commercial », celui qui fait couler tant d’encre aujourd’hui. Il est un peu la manière de donner un avis purement subjectif sur un artiste ou un morceau. Ce terme a, par ailleurs, fait émergé un autre terme encore plus péjoratif : le « vrai rap ». Les mouvements pop-rock et rap commercial sont étroitement corrélés et, force est de constater que tout devrait s’adoucir ces prochaines années.

A l’image de certains rappeurs actuels, le groupe Coldplay se heurtent aux critiques des fervents défendeurs des codes « rock ».

En effet, pourquoi ne pas jouer aux prédictions, puisque les deux styles semblent à ce point se suivre ? Alors que le « retour des vétérans » fait suite aux années 1980 dans le rock, NTM a annoncé récemment une série de concerts événements. Si la trap semble s’épuiser depuis quelques temps, le terme de « rap alternatif » envahit les chroniques spécialisées. Une expression qui rappelle étrangement un certain « rock alternatif » des années 1990. La prochaine étape sur la liste ? Un retour à l’underground, comme souligné aux débuts du millénaire. Il ne reste plus qu’à attendre, et cette chronique deviendra peut-être une étrange prophétie…

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