Suivez-nous
8RUKI INT8TION INTERVIEW 8RUKI INT8TION INTERVIEW

Musique

8ruki : «Je vois “INT8TION“ comme le début de quelque chose»

Publié

le

Il est l’un des porte étendards d’une génération SoundCloud qui a imposé son style, et il vient de sortir son premier album, INT8TION. Rencontre avec 8ruki.

Elle n’a pas l’air si loin cette époque où il fallait appuyer sur ce gros bouton play orange pour découvrir les nouvelles inspirations futuristes de 8ruki. Cette période où chaque nouvelle track se glissait derrière des montages hasardeux du Professeur Rogue, d’un paquebot, d’un Mégazord ou d’un écran Windows. Pourtant, lorsque l’on rouvre le compte subruki8, rien n’a changé, comme quand on rouvre sa chambre d’adolescent. Les mêmes posters sont là, recouvert d’une fine pellicule de poussière. subruki8 est une petite capsule temporelle, un vestige inoubliable.

Mais 8ruki opère ailleurs désormais. Il y a PoweredByRuki et sa folie créatrice en perpétuelle évolution, bien sûr. Puis INT8TION est apparu. Construit main dans la main avec Binks Beatz, ce premier album renferme à peu près tout ce qui compose la musique du 8 : ses voyages, ses rêves de business à la Fifty, sa volonté de se découvrir davantage… Mais toujours avec un seul mantra : faire ce qu’il a envie. Comme avant, comme après.

8ruki comment tu vas ? Comment tu te sens avec la sortie d’INT8TION, ton premier album ?

Ça va tranquille ! J’avais surtout hâte de donner le produit à mon public.

On pourrait croire que ça dure depuis un petit moment mais finalement ça ne fait que cinq ou six ans que tu rappes. Comment t’as vécu ces dernières années ? On a l’impression que tout est allé assez vite.

Je les ai grave bien vécues en vrai. J’ai vite été conscient des échelons et des étapes à traverser. Il y a plein de moments où j’ai pu apprécier le moment présent, et c’est ça le plus important. Quand je regarde en arrière, il y a eu une vraie évolution. Il y a eu pleins d’échecs, mais ça fait partie du truc je pense. Je ne peux que dire que je les ai bien vécues.

Pour toi tout a vraiment commencé en 2017, l’année où tu te lances vraiment dans le rap. Qu’est-ce qui se passe cette année là ? Quel a été le déclic ?

C’est vraiment les potos je pense. Quand je me mets dans la musique, vite fait avec mes potes je commence à rapper pour rigoler. Dans la chambre, on rappait sur des types-beats, puis très vite on prend une séance studio et tout se fait à partir de cette première séance. Je me souviens, c’était à Corbeil-Essonnes. Je pense que j’ai kiffé l’environnement du studio, à partir de là je l’ai jamais lâché. C’est vraiment le premier studio qui m’a fait tomber dedans. Mais j’ai toujours kiffé la musique. J’ai déjà raconté cette anecdote mais, quand j’étais au collège, je rentrais et je faisais des interviews tout seul. Je faisais genre que j’avais sorti mon album, interview chez Skyrock et tout ça (rires). Je pense qu’au fond, j’ai toujours voulu faire du son.

Tu te souviens d’une certaine appréhension lorsque tu passes de l’autre côté du micro et que tu postes tes premiers sons ?

Quand j’ai commencé j’étais tellement loin de penser que j’allais arriver jusqu’à faire une interview que j’avais pas ce stress. Quand tu le fais, tu le fais pour le plaisir, donc le reste paraît tellement loin que tu peux pas avoir ce stress. C’est pas une réalité qui est proche. Tu fais juste ton truc pour toi, pour tes potes et pour les quelques fans que t’arrives à attraper.

8ruki

Tout a commencé sur SoundCloud pour toi. C’est là-bas que t’as publié tes premiers morceaux. Pourquoi passer par SoundCloud à ce moment-là ?

En 2017, même si c’est pas si loin, on n’avait pas l’accès aux plateformes comme aujourd’hui. On n’avait pas la connaissance de Distrokid ou de TuneCore. Donc du coup c’est plus par fatalité qu’on sort sur SoundCloud. C’est une plateforme qui est faite pour les débutants. Tu fais ta musique, tu la sors directement et c’est facile. Donc au début c’est plus pour l’accessibilité et du fait que je connaisse cette plateforme parce qu’avant de commencer à rapper, c’est là que j’écoute les sons. Donc j’ai déjà une affinité avec la plateforme avant de me lancer.

Puis tu finiras bien évidemment par basculer sur les plateformes plus traditionnelles comme Deezer ou Spotify. Pourquoi tu prends la décision de le faire et qu’est-ce que ça change à ce moment-là ?

Quand je passe sur les plateformes, je crois que c’est avec “Roi des ronces” ou “Phosphore”. Ça se fait comme une transition. J’avais balancé pas mal de sons sur SoundCloud, le public grossissait et j’avais d’autres exemples d’artistes qui balancent sur les plateformes. À ce moment-là on avait pris le temps d’acquérir la connaissance nécessaire sur TuneCore et Distro donc on y va. L’idée c’est de se professionnaliser et quand tu viens de SoundCloud, tu te dis qu’il y a peut-être un autre public à chopper en sortant sur les distributeurs plus traditionnels.

Aujourd’hui il a énormément d’artistes qui comptent dans le paysage du rap francophone qui ont fait leurs armes sur SoundCloud. Je pense par exemple au 667 qui en aura longtemps été la figure de proue. Est-ce que ce sont des gars qui t’ont inspirés, eux ou d’autres, dans le fait de réussir cette transition et se professionnaliser ?

Ouais, clairement ça a été des inspis’ parce qu’ils sont arrivés un peu avant moi. Je m’envoyais du Freeze, un peu comme tous les gens qui trainaient sur SoundCloud à cette époque. Mais les gens qui m’ont vraiment vraiment inspirés sur le SoundCloud francophone, c’est les mecs d’Annecy genre Francis Trash, donc Majdong ou Luni Sacks. Et les mecs de Rive Magenta, un groupe Suisse ou il y avait Sawmal et d’autres têtes. Je sais plus trop ce qu’ils font aujourd’hui. Mais c’est ces gars là qui m’ont inspiré.

En 2019 intervient la création de 33 Recordz, ton label. Quand on pense à ce label, on pense forcément à toi mais aussi Bricksy & 3G qui sont les beatmakers avec qui t’as le plus bossé. Comment t’as connecté avec eux au début ?

En vrai c’est SoundCloud. Dès que je trouvais des gens que je kiffais bien sur la plateforme, je les contactais et je bougeais dans leurs villes directement. Du coup ça s’est fait comme ça. Ils ont un gars à Bordeaux qui s’appelle Raaash, j’étais plus connecté avec lui au début. Et au fur et à mesure d’aller là-bas, j’ai rencontré de plus en plus de gens, dont 3G & Bricksy puis par la suite ils sont rentrés dans le label.

D’où te vient cette ambition de créer ton label rapidement ? Est-ce qu’il y a aussi l’envie de prendre de l’ampleur sur l’artistique et pouvoir être en contrôle sur l’image et devenir plus global que la musique seulement ?

Je pense que c’est de par mes inspirations. Je suis un peu matrixé par l’entrepreneuriat et depuis tout petit, les mouv’s de mecs comme Jay-Z ou Fifty c’est inspirant. Donc quand j’ai eu l’occasion j’ai eu envie de faire la même chose, à mon échelle. J’étais déjà global, j’avais déjà cette façon de bosser et j’avais déjà un oeil sur les clips, les visuels et ce qui vient avec la musique. Je pense même que, vu que j’avais déjà cette façon de bosser et que ça marchait, je me suis dit que je pouvais prendre des gens compétents tout en continuant de donner ma vision. J’ai pas fait le truc dans le sens inverse. Je pense que j’aurais beaucoup plus échoué dans plein de trucs. J’ai sauté le pas quand je me sentais prêt à le faire.

Sur PoweredByRuki il y a une collaboration avec 3010, membre éminent du collectif Eddie Hyde. Collectif qui s’est développé et qui est désormais énormément implanté dans le paysage du rap francophone que ce soit sur le plan du beatmaking principalement mais aussi en terme d’influence musicale et sur le plan purement business. Est-ce que c’est des gars qui t’ont inspiré et qu’est-ce que ça représentait d’avoir 3010 en feat ?

Ouais, c’est des gars qui m’ont inspiré. À l’époque, il avait sorti un son… “PARIFORNIE”, ça m’avait trop matrixé. C’était l’époque de Joke aussi, et c’est des figures très ricaines du rap français. Vu que j’ai toujours écouté du Rap US, ils m’ont direct parlé. Donc le feat avec 3010, c’est un flex pour moi. C’est boucler une boucle, mais très personnelle. C’est un mec beaucoup plus reconnu par les artistes, surtout ceux de ma génération, que par le public. Et j’ai l’impression d’être un peu ce genre d’artiste. Et c’est pas forcément son côté business qui m’a marqué mais son mindset. Il a un côté très spirituel et ça m’inspire beaucoup parce que dans le business je trouve ça très important de l’être.

On a pu interviewer K.S.A il n’y a pas si longtemps que ça, qui nous disait qu’à l’époque il faisait de la plugg sans le savoir. Avec ses gars ils appelaient ça de la “trap bourgeoise”. Est-ce que c’est une définition qui te parle ? On a l’impression que t’es directement l’héritier de ça, d’une trap faite de références distinguées à l’image du homard et du Wagyu pour parler gastronomie.

Je pense que c’est l’héritage de ce qu’on a écouté. Je sais pas quel âge a K.S.A mais on doit être à peu près de la même génération. On a écouté du Rick Ross, on a écouté le rap luxe. Donc après les sonorités changent, mais l’esprit reste le même. Je pense qu’on a été marqués par cette époque du rap. Les gens qui font du “rap de CEO”, du rap luxe, ils ont tous écoutés du Rick Ross. Et puis il y a beaucoup de samples dans ce que je fais. Ça rajoute un côté classique, un côté plus classe en fait. Donc ouais, cette image me parle de fou.

Musique de luxe donc mais aussi musique que t’aimes aussi partager. On ne pourrait pas lister tous les feats que t’as fait dans ta carrière tellement il y en a. D’où ça te vient cet amour de la collaboration ?

Si on commence à dresser une liste on est encore là demain (rires). Je pense que ça vient de la plateforme, de SoundCloud. Comme je te disais, on était dans un mood où dès qu’on aimait bien quelqu’un, on le contactait et on bougeait. À force d’aller à Bordeaux, à Marseille, à Lyon, en Suisse… Tu gardes cette facilité à connecter avec les gens. Ça vient vraiment de cette époque.

On a l’impression que tu te positionnes à un endroit ou toi seul peut être dans le paysage francophone. Il n’y a pas grand monde qui peut se targuer de pouvoir collaborer avec Rowjay, Ashe 22 ou Beamer. Comme si t’étais finalement le dénominateur commun de toute une génération SoundCloud.

Je sais pas, peut-être qu’il y en d’autres. En tout cas j’essaye de ne pas trop analyser. Je l’ai tellement fait parce que j’avais envie de le faire que c’est pas vraiment des questions que je me pose. Pour moi la musique c’est juste du partage, donc je le fais comme je le sens. Et je ne me sens pas unique. Un mec comme Rowjay, il le fait aussi. Il vient en France, va en Espagne, en Suisse, en Belgique. Je pense que c’est d’ailleurs pour ça qu’on est potes. C’est parce qu’on est pareils sur ça. Ce truc de dénominateur commun, je pense que c’est avant tout parce que je suis celui qui bougeait le plus. Mais je peux pas dire que c’est moi. Je pense que c’est vraiment une dynamique de groupe. Avant il y avait Rive Magenta et Lyonzon au début. Quand j’ai commencé à écouter, c’était eux qui avaient créé ce truc et qui se mélangeaient déjà. Il y a eu JMK$ et moi ensuite. Et c’est vraiment ce groupe là qui faisait que les choses se passaient ainsi. Mais je bougeais dans tous les sens, donc je peux capter qu’on puisse me voir comme ça. Mais c’était avant tout une dynamique collective.

8ruki

Avant de parler de INT8TION, on voulait quand même aborder plus en détail PoweredByRuki, ou PBR, sorti l’année dernière. On a l’impression qu’il marque un tournant et qu’il t’a permis d’ouvrir un nouveau chapitre dans ta carrière avec ce projet…

En refermer un surtout. Je l’ai plus senti comme une façon de fermer un chapitre plutôt que d’en ouvrir. Je sais pas comment l’expliquer. Peut-être que ça en ouvre un nouveau, c’est une réalité aussi, mais quand je le fais je me dis : « Ok, là je fais un projet SoundCloud en vraiment carré et conceptuel« . À partir de là, cette époque là est terminée.

Donc le véritable début d’un nouveau chapitre c’est INT8TION plutôt que PBR ?

Exactement. INT8TION a été bossé beaucoup plus professionnellement. J’avais jamais bossé un projet comme ça. Chaque séance de stud’ durait sept heures… Alors que de base, je viens de SoundCloud, j’ai l’habitude de faire du son hyper rapidement, à peine terminé, ça sort. Donc c’est pour ça que je vois surtout INT8TION comme le début de quelque chose. Même si, j’ai fait en sorte avec PBR de faire un projet qui me permette de rester le moi d’avant. Même si j’ouvre une autre page, ça va être le projet qui va me permettre de sortir des trucs plus pointus, plus nichés, pour que ma communauté puisse toujours se reconnaître en moi, même si je fais des projets comme INT8TION qui est beaucoup plus ouvert. PBR c’est une grande playlist. Et ça servira aussi aux nouveaux qui me découvriront, qui auront juste à cliquer sur la dernière extension et laisser défiler pour capter à quel moment j’ai changé et à quel moment j’ai évolué.

C’est la carte de visite par excellence en gros. Donc tu vas continuer de nourrir PBR de nouveaux morceaux dans le futur ?

Ouais ça va continuer, clairement. Carte de visite ou playlist, tu peux l’appeler comme tu veux. Vu que c’est un nouveau format, on a appelé ça une gamme. Et à la fin de ma carrière, l’ensemble de toutes ces games formera l’oeuvre musicale qu’est PBR. Et ça me permettra de continuer de sortir des trucs comme INT8TION à côté. Des big projets, avec de la promo, des plannings et des choses qu’on est obligés de prévoir sur le long terme. Mais moi je continue de faire de la musique à côté, je continue de faire des Detroit, des trucs, des machins. Et au lieu de me frustrer à garder mes sons et que les tendances sur lesquelles je vais soient démodées, je drop ça sur PBR. Comme ça les gens sont au courant que quand je drop un truc là, c’est un truc plus frais.

C’est aussi l’essence même de SoundCloud et de l’instantanéité que ça offre.

Exactement, je voulais garder ce truc. Je voulais faire mon format SoundCloud mais sur les plateformes.

INT8TION est donc sorti le 17 février 2023. C’est un projet que tu présentes et expliques avoir pensé et travaillé comme ton premier album. Qu’est-ce que ça change concrètement ?

C’est surtout dans les processus si je peux dire ça comme ça. Et même dans les sujets. Même si j’ai toujours ce côté ego-trip, j’essaie d’aborder plus de sujets matures, comme l’entrepreneuriat ou la spiritualité. C’est tout ça qui fait que pour moi c’est plus pro. Comme je te disais, chaque session studio durait sept heures pour un son, le tout dans un cadre plus pro, dans un vrai studio. Tout le process et la durée sur laquelle j’ai bossé le projet, ça me fait définir le truc comme un album. J’ai jamais passé autant de temps sur un projet.

Justement, tu bosses dessus depuis combien de temps ?

Depuis un an et demi à peu près. Et encore, je m’y suis mis il y a un an et demi, j’ai arrêté pour faire PBR et toutes ses évolutions et j’ai repris après. Je pense que j’aurais pas pu faire les deux en même temps. C’était cool que je coupe parce ça m’a permis de revenir sur un autre truc qui me ressemble plus. Donc j’ai évolué encore plus vite parce que pour PBR, je pose sur des Detroit et des choses que j’écoute. Ce qui fait que quand je reviens sur du Binks Beatz, ça n’a plus la même dynamique. Comme si j’avais fait du sport avec PBR. En revenant sur du Binks, j’ai encore mieux fini le projet.

Avec Binks Beatz à quel moment se fait la connexion et comment vous en arrivez à construire ce premier album ensemble ?

La connexion se fait dès lors qu’il m’appelle pour Drip Music 2. On fait une première session sans faire de son. On se pose, on apprend à se connaître, on se fait écouter des trucs et je sélectionne la prod.  Et quand on refait une deuxième session pour enregistrer, tout se passe bien, super bon feeling. Et il me propose donc de faire INT8TION.

Est-ce que ça ne te posait pas problème que ton premier album soit fait main dans la main avec un seul beatmaker, d’autant plus un beatmaker qui tu n’avais jamais vraiment travaillé ?

Pas forcément. En vrai j’ai vu ça comme un challenge. J’aime bien sortir de ma zone de confort et faire les trucs jusqu’au bout. Donc quand il me propose de faire le projet, je me pose pas trop de questions. Je me dit surtout que ça va être une nouvelle expérience. Donc j’y vais. Et il m’a appris beaucoup de trucs et je pense que je lui ai appris beaucoup de trucs aussi. C’était un bon échange.

Est-ce que du coup t’as un peu touché aux prods sur ce projet ?

Toucher aux prods ouais. Après je m’y suis pas mis en mode beatmaking mais j’étais à côté de lui et je mimais (rires). « Fais tel truc comme ça. Ça, décale le là« . Il y a beaucoup de sons où j’ai mis ma patte parce qu’on composait sur place. Donc je suis là, j’écoute et si j’aime pas ceci ou cela je le dis. Il propose des trucs, moi aussi.

Lorsqu’on écouté le projet, et plus globalement lorsqu’on t’écoute parler, on a l’impression que ta plus grosse source d’inspiration pour faire de la musique, c’est la musique. Tu passes plus de temps à en faire ou à en écouter ?

C’est réel (rires). J’écoute tout le temps du son. Mais je suis un malade en vrai. J’écoute tout le temps, tout le temps, tout le temps, du son. Même avant de m’endormir je mets du son et je coupe quand je m’endors. Donc c’est ce qui m’inspire principalement. Enfin… En vrai, c’est la vie mais vu que ma vie tourne autour de la musique, on y revient toujours. Même quand je suis chez ma mère, elle écoute beaucoup de musique donc c’est pareil : tout le temps musique. Ça a toujours été.

INT8TION est le premier projet de ta carrière qui a un nom en français. Qu’est-ce que ça veut dire de cet album selon toi ?

Carrément, c’est seulement maintenant que tu me le dis que je m’en rends compte. Peut-être que ça veut dire quelque chose. Là, je le prends comme un signe. Je me dis que j’ai jamais bossé un projet aussi sérieusement et il est en français. Tout est réuni pour que ça marche (rires).

Comment t’as écrit INT8TION ? Est-ce que c’était derrière le micro, phrase par phrase ? Est-ce que t’écrivais en studio ou plus globalement un peu partout ?

Il y a un peu de tout. Mais beaucoup de toplines. Et c’est Binks Beatz justement qui m’a un peu débridé sur le truc des toplines. Avant “Spam mon phone” dans Drip Music 2, j’avais jamais vraiment fait de toplines. C’est lui qui m’a poussé à en faire. Il m’a appris comment bosser ça, faire plein de toplines, les découper, poser les couplets en yaourt puis écrire dessus. Je l’avais jamais vraiment fait. Dans INT8TION, il y a beaucoup de sons comme ça. Même des sons rappés, c’est des toplines en yaourt juste pour trouver le flow. C’est encore plus facile parce qu’il n’y a pas de mots. Tu te concentres seulement sur les flows. Et je suis tellement un bousillé de musique que je retiens presque tous les flows que j’écoute. Quand je fais un yaourt, j’ai l’impression que c’est un mélange de tous les flows que je connais. Mais là ou je me sens le plus à l’aise pour écrire, c’est au studio. Vu que j’aime bien faire du phrase par phrase, et qu’il y en a eu pas mal sur ce projet encore, j’ai limite arrêté d’écrire.

8ruki

Il y a deux morceaux qui nous ont surpris et qui représentent assez bien l’énergie de ce premier album : “POTS CASSÉS” et “ÉLÉMENT” dans lequel tu répètes au refrain « Aujourd’hui, j’fais c’que j’ai envie« .

Aujourd’hui j’fais c’que j’ai envie et j’essaie d’éviter les pots cassés. Si on fait un mix des deux morceaux c’est vrai que ça me représente bien. Je fais ce que je veux, tout en essayant de le faire le mieux possible. Et c’est clairement le mood du projet. Tout est différent dans ce projet. Je fais juste ce que je veux et j’ai toujours fait ce que je voulais. J’ai jamais essayé de faire de la musique pour le public. Je la fais pour moi. Avec INT8TION, je sais que je vais perdre des gens. Mais il y en aura aussi des nouveaux. Tant que tu fais ce que tu veux honnêtement et que tu le fais bien, on s’en fout du reste. De toute façon les gens qui viennent et ceux qui s’en vont, c’est quelque chose que tu ne peux pas diriger. Tu peux avoir l’impression que tu le diriges en réfléchissant aux stratégies et aux trucs à côté. Mais en vrai tu contrôles rien.

Il y a le fond donc, mais il y a aussi la forme. C’est des terrains musicaux sur lesquels on n’a pas l’habitude de t’entendre. Est-ce que ça a glissé de suite ?

Ça a glissé, en plus je suis Antillais donc c’est des sonorités que je connais. C’est Binks qui me pousse à le faire. J’avais déjà fait un son un peu comme ça, c’était “Babbie”. Il y avait un peu un concept afro-plugg. C’est des rythmiques que je connais et des sons que j’ai déjà entendu. Donc pareil, j’ai bossé en toplines. J’ai fait les toplines les plus afro que je connaisse. “ÉLÉMENT” j’ai du le poser en vingt minutes.

Sur Twitter t’as précisé que le son avec Jäde, “LET IT GO” était un des morceaux dont t’étais le plus fier. Pourquoi ?

Déjà c’est seulement la deuxième fois que je fais un son avec une femme, donc en vrai c’est cool. Jäde ça fait depuis 2018 que je la croise dans des studios à Lyon, mais on n’avait jamais connecté. On n’avait même jamais vraiment parlé. C’est cool pour tout ça de faire ce morceau. D’autant plus que j’ai toujours kiffé le R’n’B et en France, pour moi, c’est la plus chaude dans ça. On a réussi à créer une vraie ambiance, un petit story-telling. Alors que c’était vraiment la première fois qu’on se voyait sérieusement et qu’on échangeait. Première rencontre on fait un son comme ça, ça tue ! J’en suis grave content.


Aujourd’hui il y a une véritable effervescence dans le rap francophone, avec de plus en plus de niches qui explosent et d’artistes qui paraissent prêt à embrasser un succès commercial et devenir de futures têtes d’affiches. Comment tu te vois évoluer au milieu de tout ça ?

J’ai envie de me diversifier. Mon but c’est pas du tout d’être une tête du rap français, d’être une star. Quelqu’un qui m’inspire énormément dans sa façon de faire les choses et dans ce qu’il représente, c’est un mec comme Brodinsky. Il fait son business, il voyage, il se diversifie dans pleins de trucs et c’est comme ça que je le vois. Laisser mon empreinte quand même, laisser l’empreinte de 33R pour inspirer des générations futures aussi. C’est un challenge pour nous. Et avoir plein de business à côté, même hors de la musique, développer d’autres choses et voyager.

Est-ce qu’il y a une envie de capitaliser assez sur la musique pour ne plus en avoir besoin à un moment ? Ou elle sera toujours là, quoi qu’il arrive ?

Je sais pas… Je pense que je voudrais toujours faire de la musique et ce toute ma vie. Peut-être que ce ne sera plus la même chose et que ce sera de la musique de personne de mon âge. Mais je veux avoir cette sureté qui me permette de la musique tant que j’ai envie d’en faire et sortir mes trucs dans de bonnes conditions. Mais, je ne le fais pas que pour ça. Je le fais parce que j’aime le business aussi. J’aime grave avoir une idée, la mettre en place avec Ugo, mon manager et associé chez 33 Recordz, la transposer dans la réalité et que ça roule. C’est une vraie satisfaction. J’ai envie de toucher le plus de milieux possibles, pas seulement celui de la musique, mais vraiment entreprendre partout. Me prouver que je suis capable d’entreprendre partout et me challenger.

8ruki

Pour défendre ce projet t’as aussi annoncé ta toute première tournée. Qu’est ce que ça te procure comme sensation ?

En vrai, c’est des petites scène de 400, 500 personnes, donc ça change pas beaucoup de ce que j’ai déjà fait. Je m’entraîne quand même, j’ai des sessions avec un coach scénique et j’essaie de travailler un meilleur show. Mais en soit, ça va rester les mêmes ambiances que dans mes autres concerts. La plupart des villes dans lesquelles on joue, j’y ai déjà joué, donc je vais être à l’aise. J’ai hâte de les voir.

Le step du premier album passé, t’as envie d’enchaîner rapidement en musique ou prendre un peu plus de temps pour toi ?

Par la force des choses j’ai quasiment déjà un projet de prêt et d’autres trucs que je bosse. Donc je sais déjà ce que je vais faire musicalement. Je suis prêt pour les deux prochaines années, je sais ce que je vais faire. Mais là, après INT8TION, je vais justement prendre plus de temps pour faire plus de business, essayer de me concentrer sur les artistes du label qu’on manage, les autres business à côté comme le textile et la mode à laquelle je suis très attaché. Ça va être un temps pour développer ces projets là, qui me permettront de prendre mon temps pour enchaîner.

Commentaires

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *