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Et si on revenait sur l’histoire de la hip-house ?

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Suite à la sortie de dernier album du duo électro Disclosure rempli de collaborations avec des rappeurs, on profite de cette occasion pour revenir sur le Hip-House, premier melting pop entre le hip hop et l’électro. 

Alors que le duo électro Disclosure a sorti son nouvel album rempli de collaborations avec des rappeurs, on a profité de l’occasion pour revenir sur la hip-house, premier melting-pop entre le hip-hop et l’électro. 

Pour les adorateurs de la scène électro dans ce qu’elle a de plus versatile, la sortie du troisième disque du duo Disclosure, Energy, est un pêché mignon très attendu tellement les rythmes entre house, UK garage et 2-step y sont envoûtants. Dans ce nouvel effort s’érige une tracklist qui, plus que jamais dans la discographie des deux frères, détonne : Aminé, Slowthai, Channels Tree ou encore Mick Jenkins. Des noms inhérents au hip-hop qui se retrouvent à faire la bringue sur des boucles incisives et tape à l’œil. Une démarche finalement logique qui s’inscrit dans la continuité de leur inspirations musicales durant leur tendre enfance : J Dilla, Tribe Called Quest ou l’écurie de la Motown pour élargir les horizons.

Cette conjoncture si particulière est une excentricité qui ne date pourtant pas d’hier. Car dès ses prémices, le hip-hop est conçu sous des instruments numériques, procédant à un détachement avec le jazz et la soul des années 70 où l’instrument analogique et la pureté qui s’en dégage y étaient le fer de lance. Alors lorsque s’infuse des encens à l’odeur électrique sous les rimes dynamitées du rap dans la fin des années 80, cela n’a rien de disproportionné. Cette fusion se nommera Hip-House suite au nom éponyme qu’avait attribué Fast Eddie au premier titre du genre en 1988. Ici, il est question de diluer le hip hop et la house music pour un flow propulsé par des drums machines et des synthétiseurs. Mais avant toute excursion dans les souvenirs brouillés des acteurs de cette scène, il est bon de dresser un esquisse quant à l’avènement de la house lors des folles années 80. 

“Disco Sucks!”

Pour créer le point d’ancrage vers cette nouvelle ère musicale, il faut se pencher sur un événement peu orthodoxe s’étant déroulé le 12 juillet 1979 dans la ville de Chicago, berceau de la house music. Ce jour-ci, dans le stade de Comiskey Park en zone extra-muros s’affrontent l’équipe de baseball locale des White Sox contre les Tigers de Détroit. À cette époque, le courant musical dominant était le disco, grimpant dans les Hit-parade pour terrasser le rock, encore si prospère quelques mois auparavant. Dans le cadre de la promotion du match, le disk jockey à l’allure dépravée Steve Dahl se fait embaucher par les organisateurs pour redonner de l’impulsion à la saison mitigée de l’équipe locale. Aussi résident à la station radio WLUP-FM, Steve est un “anti-disco” averti qui aura d’ailleurs donné naissance à la citation “disco sucks”, érigée sur les t-shirt de nombreux fans de rock. Ainsi, à l’approche de l’événement, il demande à ses auditeurs de venir pour le match et ramener avec eux des vinyles de disco pour les détruire lors de la pause entre deux parties. Dépassant largement leur capacité d’accueil, le stade se retrouve avec près de 50 000 spectateurs, dont beaucoup qui n’ont que faire de visualiser le match. Ainsi, une pluie de vinyles vient s’abattre sur la pelouse au bout de quelques minutes de jeu, suivie par la ruée des spectateurs invités par Steve au milieu du stade. 

Suite à la sortie de dernier album du duo électro Disclosure rempli de collaborations avec des rappeurs, on profite de cette occasion pour revenir sur le Hip-House, premier melting pop entre le hip hop et l’électro. 

Drôle de hasard ou mise en oeuvre réellement efficace, le “Disco Demolition Night” sera accompagné par le déclin du disco pour une chute brutale dans le Billboard. Pourtant, un courant viendra défricher cette musique aseptisée pour la défigurer dans une bataille de percussions numériques. Nées dans le club “The Warehouse” à Chicago, ce sont les aptitudes du disk jockey Frankie Knuckles qui permettent d’aboutir à la house music. Le genre prend alors son envol pour proposer une antithèse de la disco lors de longs sets qui, par des maillons, joint des titres pour un défilé musical. On y casse le glamour instauré par Donna Summer pour laisser place à une barbarie rythmée par un bpm entre 115 et 130, accompagné par une basse en quatre-temps. Depuis l’aube des années 80, la house music est un genre toujours aussi prospère qui a su se renouveler et se travestir sous d’autres mouvement musicaux. Cela n’a d’ailleurs pas échappé au hip-hop qui, dès 1988, s’invite dans cette sphère dictée par les superpositions d’effets électroniques pulpeux. 

Genèse du hip-house

Fast Eddie a inventé la hip-house sans aucun doute”, affirme Tyree Cooper, acteur de la scène hip-house. Le personnage qu’évoque Tyree est originaire de Chicago, tout aussi fanatique de James Brown que de KRS-One qui se se spécialise dans les productions de hip-hop. Mais au cours de sa carrière, Eddie est confronté à un dilemme : ayant signé sous le label Dj International, il n’a pas le choix que de se plier au exigence de ces derniers, alors spécialisés dans la house. Par dépit, le jeune chimiste trouve un compromis et s’improvise concepteur, entrecroisant hip hop et house sous une même piste. Germent alors les fameux titres “Hip-House” et “Yo Yo Get Funky”, proposant tous deux un spoken-word entraîné par des patterns acidulés. Ils deviennent les détonateurs d’une nouvelle genèse mais auront enjambé quelques complications pour se concevoir. En effet, après avoir demandé à une trentaine de rappeurs de poser sur sa production marginale, Eddie n’en déduit qu’un échec cuisant, résolu à sampler des voix du hip hop et de la funk pour un collage addictif. De ce fait, l’idée fonctionne et touche des groupes d’initiés doués d’un bouche à oreille averti. 

Par conséquent, la hip-house prend forme mais ne dépasse pas la circonférence de Chicago. Du moins pas tant que Tyree Cooper s’en mêle pour pondre le hit “Turn Up The Bass”.  Avec l’aide du MC Kool Rock Steady, Tyree insère son morceau dans le top 20 du Billboard, donnant à la Hip-house une portée nationale. “La ligne de piano m’a foudroyé, ce simple riff qui s’accorde si bien avec le beat. Peu de chose m’attrapent instantanément”, s’exclame Doug Lazy, autre acteur de la scène hip-house. La distillation de synthétiseurs aigus, d’une rythmique house, emportée par des scratchs criards et le flow fluide de Kool Rock Steady résulte à un remède unificateur le temps d’un été pour flotter dans le climat continental des avenues de Chicago. 

Montée d’adrénaline

Malgré ce succès, force est de constater l’éphémérité de la situation. Avec un hit passager, certes énergique, le genre se risque à une mode déjà prête à offrir une place vacante. Si le mouvement veut perdurer et attaquer la décennie 90 en toute tranquillité, il va falloir qu’elle gonfle ses poumons d’un air rafraîchissant. Ainsi, “Turn Up The Bass” va provoquer un attrait en afflux chez de nombreuses personnes. New York, la ville de tous les possibles a eu vent du genre et compte bien le diffuser dans ses clubs. Lorsque Afrika Baby Bam, membre du trio Jungle Brothers tout aussi important dans la scène hip-house, se rend dans la métropole, il côtoie les clubs les plus en vogue diffuseurs des dernières nouveautés, se traduisant par une hypnose commune pour la house de Chicago. “J’entendais “Jack Your Body” de Steve Slik Hurley. […] La plupart des morceaux que j’entendais venait de Chicago” rapporte-t-il alors qu’il est au premières loges d’un mouvement qui s’étend au sein des soirées chics de Manhattan. La douce arrivée de la hip-house se concrétise au fur et à mesure que les mois défilés.  

Le processus de prosélytisme est enclenché, prêt à conquérir les terres encore fertiles de la Grande-Bretagne. Le rappeur et producteur Doug Lazy, qui se glissera dans le pressoir temporaire de la hip-house avec son titre “Let It Roll” en 89, s’exporte dans les contrées européennes, devenant témoin de l’engouement qui dicte les clubs britanniques. “Il y a eu une réaction si rapide, même de l’autre côté de l’océan Atlantique car des disques avaient été transporté jusqu’en Angleterre !”. Lorsque des labels à la main lourde comme Atlantic Records se sont saisis du phénomène, le procédé s’est accéléré grâce aux moyens financiers plus ventrus dont ils pouvaient faire preuve. 

Un tel enthousiasme envers le hip-house, à la lisière du hip hop, a évidemment ramené certains rappeurs qui n’avaient pourtant rien à voir de près ou de loin avec le genre. La passerelle que met en place le trio Jungle Brothers ayant décidé de vaciller entre boom bap et house, incite implicitement d’autres rappeurs à les suivre sans “honte”. Ainsi, Queen Latifah se positionne en tête du peloton avec son titre radiophonique “Come Into My House”,devenant l’un de ses plus gros succès. Après de multiples hits par des artistes en pleine concurrence pour grappiller la plus haute place des charts, le titre “Pump Up The Jam” du groupe au nom formel Technotronic viendra rendre le genre universel en propulsant les compteurs des Billboard pour des places de prestiges allant de un à dix dans une vingtaine de pays et se vendant à 4 millions d’exemplaires. Initialement pensé par le producteur belge Joe Bogae, il y est proposé une production combinant les lignes de bass d'”Acid Life” par Farley Jackmaster Funk et les synthétiseurs de “Move Your Body” de Marshall Jefferson, le tout en deça de la voix de la chanteuse Ya Kid K. Si les chiffres sont élevés, “Pump Up The Jam” dépeint également la limite que propose le genre. Ainsi, le titre au visuel épileptique, devenu une parodie à ce jour, représente aussi bien la gloire que la chute de la hip-house. 

Éclat de possibilités pour la hip house

Les orchestrateurs de cette scène enchaînent les hypothèses quant au raisons plus latentes qui aurait provoqué l’affaissement si soudain de la structure. On stipule à propos d’un manque d’argent investi dans le milieu et d’une aide des médias limitée comme les radios ou l’émission Yo ! MTV Raps qui n’avait que faire de cette tendance. Sous un œil plus tempéré, certains déclare un manque de diversité, où une suite évolutive au genre n’a pas été proposée à temps. Tyree, lui, blâme la démocratisation du Gangsta Rap avec N. W.A. ou Public Enemy, loin de la mouvance hip-house aux particularités inductifs. Tantôt trop ancré dans la sous-culture, tantôt trop commercial ; ni reconnu par les fan de hip hop, ni apprécié par ceux de house ; il en devient le vilain petit canard indésirable. De ce fait, les années 90 laisse place à la dance music, consciente d’être l’héritière d’une esthétique kitsch et plastifiée déjà instaurée par la hip-house. Malgré un destin tragi-comique, l’effondrement de la hip-house n’est pourtant pas aussi binaire que cela, entrouvrant des portes vers de nouveaux horizons qui résonne encore à ce jour. 

Si personne ne vient se réclamer directement d’emprunter au genre, il serait faux de ne pas reconnaître les influences qui en ont été tirées par certains artistes. Tout d’abord, il faut souligner le fait qu’il est le premier genre à avoir donné lieu à un melting pot entre les deux courants musicaux que sont la house et du hip hop, autant opposés dans leur audience que dans la manière dont ils disposaient les patterns. Ainsi, Drake et ses inspirations house dans “More Life” ou les tournures électroniques de Kanye West n’auraient pu exister sans ce premier effort de mixture. Plus encore, le grime, genre dominant dans le rap britannique, poursuit ce chemin de croix vers un rap à la frontière des deux univers. On pourrait également inclure les rappeurs qui embrassent la dance music, mais dont des traces de hip house y sont apparentes, comme avec Will.i.am, leader des Black Eyed Peas, qui nourrit une relation masochiste avec l’électro depuis 2009 dès l’album The E.N.D., ainsi que toute la tripotée de rappeurs aux goûts ambivalents qui en découlent comme Flo Rida ou Pitbull. Mais l’exemple le plus probant et réussi d’une reviviscence directe du hip-house reste le titre “212” de Azealia Banks, reprenant le même flow rythmé par les lourds basses acerbes. Si sa carrière s’est quelque peu effritée avec le temps en raison des positions et propos délicats, elle montre bel et bien cette envie constante de fusionner le hip-hop avec un panel de sonorités électroniques. Un exemple parmi tant d’autres qui démontre que le milieu du rap est probablement le plus progressif qu’il soit. 

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