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Musique

Oboy : « No Crari », efficace mais frustrant

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Le 10 septembre dernier, Oboy dévoilait son deuxième album studio, No Crari. Retour sur un projet à double tranchant. Réussi, mais frustrant.

Le 16 mars de cette année 2018, Oboy publie son deuxième EP. Premier projet de l’artiste enfin disponible sur les sacro-saintes plateformes de streaming : Southside. Et le rap découvre alors un OVNI : toplines enivrantes, productions à mi-chemin entre cloud et trap et surtout un univers sombre et complexe. Le potentiel entrevu paraît immense. Un projet propulsant Oboy parmi les futurs noms qui feront l’avenir de la scène francophone… Et le public ne s’y trompe pas : trois ans plus tard, le rappeur parisien est bien au sommet des top singles, devenu un phénomène implacable. Son cinquième projet et deuxième album, No Crari, se dévoile ainsi dans un contexte de superstar, presque hégémonique depuis la rentrée. Un projet taillé sur mesure. Peut-être même trop.

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Une capacité exceptionnelle à faire des hits

Entre 2018 et 2021, Oboy développe une capacité spéciale. Une espèce de cheat-code d’exceptionnel hitmaker. Collaborations avec Aya Nakamura, mélodies toujours plus efficaces et succès effarant avec « Cabeza », l’un des tubes de l’été 2020. Le rappeur prend pleine conscience de sa facilité à rassembler avec sa musique. Et No Crari prend naturellement cette direction, surfant sur le raz de marée « TDB ». Le morceau, sorti pendant l’été est un carton, tant et si bien qu’il offre à l’artiste son premier single numéro 1 des ventes. Détrônant « La kiffance », il ne laisse pas la moindre miette du mois de septembre. La tracklist du projet prend alors la forme d’un catalogue de potentiels tubes. Les armes d’Oboy sont aiguisées, et ses mélodies, uniques et indescriptibles, font constamment mouche. Ses refrains sont tranchants et l’écriture est directe, efficace. Malgré tout, ses plus grandes forces semblent être aussi devenues ses inévitables faiblesses. Comme s’il s’était enfermé dans une case qui n’exploite pas tout le talent qu’on lui trouvait quelques projets plus tôt.

Oui, Oboy sait faire des hits. Il le montre tout au long de No Crari. Peut-être même trop, tant l’album frappe par son uniformité. On a parfois l’impression qu’Oboy tourne en rond, déclamant un vocabulaire qui semble très limité. Alors qu’on pouvait peut-être le ressentir sans que ce soit gênant sur un EP comme Mafana, on le perçoit d’autant plus sur un long-format. Les thème tournent en rond, en témoigne le très bon travail de RapMinerz, qui relève une forte densité de champs lexicaux autour de la triforce : luxe, défonce et sexe. Même si son vocabulaire est riche, l’artiste l’épuise autour de constantes similaires. La nostalgie nocturne qui caractérisait tant sa musique s’efface au profit d’une couleur estivale trop linéaire.

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Oboy, en manque d’équilibre

L’uniformité se ressent également dans le choix des productions, presque recalées à un second tableau. Les éventuelles prises de risque d’Oboy sont supplantées par une harmonie trop globale. Certes, on retrouve des influences drill, comme sur « Cruel » ou « Cosmos », mais là encore, leur musicalité peine à se différencier. On a parfois l’impression d’entendre plusieurs fois la même prod sur différents morceaux. Uniques oui, car parfaitement en accord avec le style Oboy, orchestré par le travail impeccable de Machynist et Le Side, mais parfois ennuyantes, car trop ressemblantes. Et l’absence totale de featuring n’enlève rien à cette linéarité palpable au fil des 14 morceaux. Si No Crari était un carcan, chaque prod en serait une flèche. Des flèches parfaitement taillées, mais toutes de la même façon. Produisant des dégâts identiques à leur impact sur les cibles.

Si l’on se montre sévère avec Oboy, c’est bien parce qu’il est un artiste à part. Un artiste unique par son empreinte vocale, sa créativité et son univers développé sur ses premiers projets. Si No Crari offre une direction à la hauteur du nouveau statut acquis par le rappeur, on y perd un peu en singularité. C’est indéniable, Oboy a trouvé sa recette et embrasse enfin son plein potentiel commercial, et c’est agréable de contempler un artiste atteindre ses hauteurs inespérées. Mais un tel long-format aurait mérité plus d’équilibre entre ses diverses forces, plus d’identité dans le calibrage. Et c’est pourquoi No Crari laisse un goût d’inachevé : là où il apporte à son auteur une confirmation commerciale, il semble tout autant enfermer Oboy dans un modèle efficace mais frustrant.

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Mais on ne peut s’empêcher de penser que le rappeur a des choses à raconter et le potentiel pour s’en extirper. En témoigne l’excellente outro « Bétoile », un véritable coup de coeur. Une outro planante, où l’on retrouve certaines thématiques propre à cette nostalgie nocturne des débuts, abordant des thèmes différents que ce que l’on peut trouver tout au long de l’album. C’est ces promesses que nous laissaient entrevoir le Oboy de Southside, trois années en arrière. Une outro peut-être symbolique, pour mener Oboy vers un univers peut-être plus équilibré.

Dans le reste de l’actualité, dix ans après, Le chants des sirènes d’Orelsan, a vieilli mais reste un monument.

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