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Musique

« Private Club » : on a rencontré Jazzy Bazz, EDGE et Esso Luxueux

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À l’occasion de la sortie de leur projet en commun, Jazzy Bazz, EDGE et Esso Luxueux nous ont ouvert les portes de leur Private club. 

C’est dans cette ambiance sombre, légèrement illuminée par quelques néons austères, que Jazzy Bazz, EDGE et Esso Luxueux ont choisi de se donner rendez-vous. Les trois rappeurs, maître des mots et pourvoyeurs d’un rap incisif, se sont retrouvés pour un projet commun voluptueux et admirable. Private club, qui réveille une atmosphère qu’on aurait presque oublié en ces temps lugubres, propose un voyage rapologistique pointu, où s’entremêlent les flows de trois serial-kickeurs, aux approches différentes mais complémentaires. Un tableau de onze morceaux, qu’ils nous ont décrit au détour d’un entretien fleuve.

Comment vous sentez-vous avant de la sortie de Private Club ?

EDGE : Tout doux. C’est la concrétisation d’un petit projet sympa entre amis.

Jazzy Bazz : C’est la semaine de mon anniversaire aussi. Du coup très bonne semaine à venir.

Vous avez hâte que le projet sorte ?

JB : C’est toujours particulier. J’ai jamais vraiment hâte de la sortie. Limite, c’est plus la fin de quelque chose que le début. Une fois que ça sera sorti il n’y aura plus rien à faire. Mais du coup, on va célébrer tranquille.

Selon vous, qui est le plus bosseur des trois ?

JB : Esso ! Clairement Esso ! (rires).

Esso Luxueux : Je suis le moins bosseur si je peux répondre à ta question.

JB : En ce moment je dirais EDGE.

E : Je dirais plutôt qu’il n’y a pas forcément de plus bosseur. Sur ce projet là en tout cas on a tous bossé à la même échelle. On était tous dans le même juice.

Vous l’avez bossé comment ce projet à trois ?

JB : La routine de travail c’était qu’on se donnait rendez-vous pour une session une semaine à l’avance. Le temps que ce jour arrive, nos amis producteurs qui sont toute l’équipe Goldstein, producteurs du projet, commençait à préparer des prods. Le jour de la session on sélectionnait la prod et après, très généralement, EDGE lance une première piste. Et au lieu d’écrire de longs couplets, on écrivait souvent quatre mesures et dès que quelqu’un avait un truc il allait le poser. On essayait de chacun poser un petit truc pour se projeter très vite dans ce qu’on pouvait faire sur le son.

Donc tout le monde a su être moteur sur chaque morceau ?

E : Ouais. Dès qu’une prod parlait plus à l’un de nous, c’était lui la locomotive. Et on suivait le mouvement

JB : Ouais dès qu’un gars trouvait un truc, un mot qui donnerait une signification, une impulsion. Mais on essayait vraiment d’aller vite derrière le micro pour lancer le truc et pas le perdre.

Selon vous, qui le plus exigeant des trois en studio ?

JB : Je pense que je suis relou de ouf. Mais sur ce projet non, pas tant que ça. Forcément si il y a un bail on se le dit. Mais on est tous exigeants.

EL : Je dirais qu’on a réussi, sur ce projet, à être fier des 10 sons, et qu’on les a fait avec exigence et efficacité.

JB : Après c’est ton exigence avec toi-même aussi. Mais on sait qu’on est tous assez exigeants avec nous même pour revenir au studio, corriger des petites choses quand on est pas fiers de ce qu’on a fait. Donc chacun est exigeant avec son truc.

Après ça se sent aussi qu’il y a eu de l’amusement qui a été pris à le faire ce projet. Mais comment on fait pour que cet amusement ne prenne pas trop le pas sur la musique à certains moments ?

E : C’est un peu compliqué. On fait ce qu’on aime donc forcément il y a de l’amusement dans ce qu’on va faire. Faut qu’on se prenne la tête pour qu’on soit fiers et satisfaits quand on sort du studio. Mais faut pas non plus qu’on se mette une enclume au dessus de la tête.

EL : Sinon tu fais rien oui.

Donc ce juste milieu il a été trouvé facilement ?

E : Ouais parce que c’était naturel. On se connait depuis longtemps, on est amis donc ça va de paire de se dire que c’est naturel et qu’on prend du plaisir. Peut-être qu’amusement c’est un trop gros mot, mais on prend du plaisir à le faire donc il n’y a pas de contraintes.

JB : C’est aussi les conditions d’une session. Biggie par exemple, il fallait tout le temps qu’il y ait la fête autour de lui. Et pourquoi ? Parce que des fois si tu te mets trop sérieusement à écrire sur ton cahier, il n’y a pas de vibe, pas d’énergie. Et capter une énergie c’est important, donc je vais souvent écrire dans des endroits où il y a des potes ou d’autres sur la play. Pour pas que ça devienne chiant, comme un boulot normal. On a de la chance de faire de la musique donc autant aller jusqu’au bout et que ce soit tout le temps un peu la fête. Là on pouvait pousser le truc au max parce qu’en plus on est trois, c’est des sessions encore plus amusantes et quand un pote pose un truc et que c’est chaud, ça met l’ambiance.

Dans la construction du morceau, on retrouve souvent EDGE au refrain, dans la mélodie. Est-ce que c’était une réelle volonté, ou quelque chose qui s’est aussi fait naturellement ?

E : C’est naturel dans le sens où je pense que l’idée, c’était qu’on soit tous dans ce qu’on maitrise le mieux, pour qu’on prenne le plus de plaisir à le faire et pour entremêler ces énergies. Je kiffe vite trouver des mélodies, des trucs à l’instinct, si ça leur parlait c’était parfait. De temps en temps c’était le cas donc c’était lourd.

Donc il y avait aussi ce truc de capitaliser sur les forces de chacun ?

E : Je pense que c’est ce que tu dois faire quand tu fais un projet dans cet esprit. Capitaliser sur les qualités de chacun.

JB : On voulait que ce soit une cour de récré et on se l’est dit clairement. Sur les projets de chacun, on se prend tous forcément la tête à essayer de prendre des risques, progresser et refaire ses morceaux des millions de fois. Mais là on s’est dit franchement c’est la cour de récré. Je savais que j’allais faire que des couplets un peu kickage. Vu que je savais que EDGE et Esso étaient là, et que leur style est différent du mien, j’ai compris que c’était l’occasion de bien s’exprimer pour chacun. Dans ton projet solo t’es obligé de diversifier sinon ça devient relou. Vu que d’un coup t’as plus ce problème et qu’en plus c’est complémentaire, chacun peut faire son truc.

Peut-être que ça devient aussi plus facile que de faire un morceau solo ?

EL : C’est clair ! On adore de ouf, c’est le confort.

E : C’est là où rentre justement en compte ce principe de cour de récré. Parce que t’es pas dans une dynamique de travail, c’est plus détente. On rigole parce qu’on est ensemble et au delà de ça, le travail est moins fourni, moins chargé.

JB : En fait il n’y a même pas de travail. Parce que souvent le travail il commence quand t’as plus d’inspi. Quand t’as de l’inspi tu travailles pas et là le temps d’un refrain, d’un petit couplet, t’as pas le temps de ne plus avoir d’inspi. Donc c’est de la frappe, il n’y aura plus jamais de projet solo du coup, on va faire que du kif. (rires)

Qui fait le plus attention à l’esthétique ?

JB : Si on prend ce projet je dirais Esso. C’est lui qui a trouvé la DA, l’esthétique Private Club, et qui est souvent le plus pointilleux pour la respecter. Et pas faire de trucs qui iraient mettre une tâche au milieu.

EL : Ouais c’est vrai que j’avais pris un peu les rênes de la direction artistique au début. Et à la fin on s’est tous retrouvés sur les choix. Mais au début j’étais plus drastique sur le choix des prods, où je voulais pas de prods trop classiques. Surtout pour Jazzy Bazz, je voulais emmener sur un terrain peut-être plus « moderne ».

Du coup cette esthétique développée dans les clips, elle a été dictée par ces prods ? Ou vous aviez déjà choisi cette idée Private Club ?

JB : On a vraiment fait en premier la musique, donc on savait qu’on voulait faire des sons assez drip, pas trop déprimants. Quand quelqu’un était trop déprimant sur le son, on disait le mot « bourdon ».

E : En vrai, ça part aussi de après qu’on ait fait « Hier encore ». Une fois qu’on a fait ce son on s’est dit qu’on pouvait pas proposer un projet comme ça.

JB : Parce que c’est le premier son qu’on a fait. On a très vite basculé sur cette idée un peu drip, avant de revenir un peu à ça parce que c’est un truc qu’on kiffe aussi. Au bout d’un moment, quand ça prenait forme, Esso a eu cette idée de néons, de strip clubs qui est apparue comme une évidence. Parfois faut vraiment mettre le doigt sur une évidence pour que ça devienne clair. Et c’est par la suite que l’exigence de Esso de rester dans cette esthétique à été garante de ça.

Lequel de vous 3 est le plus compliqué en choix de prods ?

EL : Les réponses d’avant y répondent un peu. En fait, au début Jazzy Bazz a trouvé énormément de beats. Il allait vraiment récolter les épices à gauche à droite et il nous les amenaient dans un bel écrin et on devait choisir. Donc c’était pas une question d’être difficile mais surtout de rester cohérent.

C’est vraiment une nuit festive qui est dépeinte dans le projet. Mais on a quand même ce morceau mélancolique en outro avec « Hier encore ». Est-ce que vous pouvez m’en parler ?

JB : Esso sera mal placé pour t’en parler. (rires)

EL : Allez-y, je préfère vous laisser !

E : C’est très personnel et peut-être que je suis parano, mais je l’explique très simplement par le contexte de l’enregistrement. C’est le seul morceau qu’on a pas fait au Goldstein Studio. On était plus dans la configuration qu’on connait, celle du Grand Ville Studio. Donc c’est un peu comme si c’était une continuité de Nuit, dans le sens où on l’enregistre au même endroit. Donc inconsciemment on était peut-être dans cet esprit là. Il représente 10 ans d’amitié, 10 ans de ride, 10 ans de galère entre nous, et c’est comme ça que je l’interprète. Et je suis sûr que ce son là, on l’aurait pas fait au Goldstein.

JB : Peut-être que pour toi ça a joué, mais je pense que j’aurais fait le même chose au Goldstein. Je pense que c’est plus la prod et le fait que ce soit le premier son qu’on fasse tous les trois. Sur cette prod là, vu qu’elle est plus mélancolique, ça a donné ça. Et c’était bien de commencer par ça.

EL : De ouf. C’était l’échauffement

JB : Surtout pour moi, je savais que là on pliait le son qu’on aurait eu du mal à faire. Et je l’ai dit dès le départ.

EL : Ah ouais ? Mais non tu mens. T’as dit « là c’est l’outro », c’est bon ?

E : Non, pas l’outro. Mais il a dit que c’était le morceau qu’on aurait voulu faire à la fin mais qu’on aurait jamais fait.

JB : Parce que c’est le morceau où tu mets le plus les tripes en vérité. Donc on l’a fait direct, on a donné le truc et ensuite on a pu se concentrer à dripper tranquille.

 Vous parlez beaucoup du studio Goldstein. Quel apport ont eu les différents producteurs sur la globalité du projet ?

E : La fougue. Dans la proposition des prods, la direction artistique aussi un peu. Dans le sens où on a fixé notre direction artistique mais ils faisaient en sorte de nous pousser à aller au bout de ce qu’on voulait faire.

JB : On s’est tout de suite dit que ça serait un projet Goldstein. C’est le studio auquel on est tous les jours, et l’équipe de producteurs avec qui on travaille tout le temps. Ils sont nombreux, peut-être 8 producteurs. Donc il y a vraiment du monde, c’est pas un studio trop sérieux, c’est un studio où on se capte aussi pour le chill. Donc tout le monde est très à l’aise. Et c’était juste évident que le projet allait être en mode Goldstein. Et en mode Goldstein c’est forcement une sonorité aussi. Parce qu’ils ont leur son et du coup c’était l’occasion d’aller trouver le truc qui nous correspondait dans leur son. On pouvait ramener cinquante prods, il y en avait toujours une sur laquelle ça devenait évident. Des fois les projets, tu les réfléchis pas et c’est ça qui est bien.

Parce que c’est plus spontané ?

JB : Ouais, et puis tout est déjà dans ta tête, ça se construit un peu différemment mais tu sais où tu veux aller. Il n’y a pas de grands débats, de grandes prises de tête, tu fais ton truc et basta.

Qui aurait le plus envie de défendre ce projet sur scène ?

E : Nous trois ! Je pense pas qu’il y en ait un de nous qui ait plus envie qu’un autre.

EL : Si, c’est mort, c’est moi. J’aime plus les concerts. (rires)

JB : Franchement, là ce serait dur de te répondre. Peut-être que certains aiment plus un truc au fond d’eux.

EL : Oui, c’est vrai qu’il y a des mecs qui sont plus studio que scène…

JB : Ouais, mais là en fait on est tellement privés de concerts…

EL : Ah c’est clair ! Là tu me mets l’AbracadaBar… (rires)

JB : Let’s go, on y va hein !

Cette année a été spéciale quand même. Comment vous l’avez vécue, que ce soit niveau inspi, motivation etc ?

JB : Personnellement, très très bien parce que j’avais pas de diversions, donc j’ai fait beaucoup de son. Par contre, là, ça  commence a être très long. Je commence à ne plus avoir d’inspi, je commence à avoir vraiment besoin de voir autre chose. Mais au début non, au contraire, moi j’avais besoin qu’il n’y ait rien d’autre à faire, parce que sinon je peux m’éparpiller. Donc c’était vraiment cool, on a été pas mal au studio, parce qu’on a la chance de pouvoir aussi continuer notre activité. Mais là, ça commence à être très long, le manque de voyages, de soirées, de rencontres, de libertés aussi, fait que je commence à être vraiment restreint, tout le temps la même chose, la même routine.

E : T’as besoin d’une autre énergie en fait. Et pour revenir à la scène, c’est énervé de défendre un projet sur scène. Moi j’ai jamais eu l’occasion de le faire amis dans cette configuration, si ont tous les trois sur scène, ça peut être que du kif. Et on a besoin de ça parce que c’est un moteur aussi pour créer, et pour vivre aussi. Ces histoires de couvre-feu, 18h 19h, c’est bon frère.

JB : On a préféré ne pas se frustrer, on s’est pas trop dit qu’on aurait kiffé le faire sur scène. Par contre on s’est projeté plus à long terme, en se disant que quand les concerts reprendront et qu’il y aura les tournées d’un tel ou untel, faut que l’entité reste. Ce projet c’est aussi un moyen, à long terme, d’emmener plus de cohérences entre nous, même si c’est déjà le cas sur scène. Mais avec ce projet, il y a déjà beaucoup plus de sons qu’on a en commun et le public identifiera beaucoup plus tel et tel membre. Donc la cohésion n’en sera qu’agrandie. Et dans cette optique là, on a trouvé ça cool qu’il y ait un projet entre nous trois parce qu’on est tout le temps ensemble, même si les gens ne le savent pas forcément.

Est-ce qu’il y a des projets communs qui vous ont inspiré pour faire celui là ?

JB : Bah franchement on s’est jamais dit, même pas une fois sur ce projet, qu’on allait faire un son dans tel délire ou comme untel. Après dans l’énergie globale, et un peu pour la blague, on était en mode trio cainri, Migos. (rires) En mode le big drip, mais sans que ce soit une direction artistique et tout.

C’était plus une figure en fait ?

JB : Ouais chacun à ses influences, donc dans un projet en trio comme ça tu peux pas forcément partir sur un délire à proprement parler. Parce que même si on est proches, on aime pas forcément les mêmes sons.

Qui appréhende le plus la sortie du projet ?

E : Ce que j’appréhende moi c’est la fin. C’est pas le projet en lui-même mais tout ce qui est autour, le fait de se dire qu’il n’y a plus rien à faire. Plus d’interviews, plus de clips.

JB : J’appréhende rien, je me dis vraiment que c’était un projet pour kiffer, profiter des journées promo, clips, bien se marrer etc. Et une fois que ce sera fini, on pourra se dire que c’était cool et qu’on a vécu des bons moments. Depuis longtemps je me dis que c’est le process le plus important, et que c’est ça que tu dois kiffer. Sans faire de philosophie de comptoir (rires), je kiffe et quand ça sort ça va être une bonne journée.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour le futur ?

EL : Pleins de streams, hein !

Private Club (Jazzy Bazz, Edge & Esso Luxueux), dispo vendredi 23 avril ! 

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