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Qui est Hit-Boy, le producteur derrière le (très bon) album de Nas ?

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© Isaiah Martinez/Tce Creative, Llc

Aujourd’hui, Nas revient avec son treizième album, King’s Disease, entièrement produit par Hit-Boy. L’occasion de revenir sur la carrière du producteur iconique. 

Si, lors de la sortie de son premier album Illmatic, Nas avait popularisé le concept de ‘multi-producteur’ au sein d’un même album, il revient dans un contre-pied pour King’s Disease avec pour unique producteur Hit-Boy. Un nom encore trop méconnu qui, pourtant, se dissimule derrière les plus grands hits tels que “N***** In Paris” de Kanye West et Jay-Z en passant par “Sicki Mode” de Travis Scott et Drake. Désormais bras droit du New-yorkais, il méritait bien un coup d’oeil approfondi. 

Lorsque l’on tape son nom dans la barre de recherche, une citation revient sans cesse : «Il est celui qui a remporté des Grammys pour avoir produit certaines des plus grandes hymnes du rap américain de ses dernières années». Et, vu son palmarès, difficile de dire le contraire. Pourtant, le Californien, né dans à Fontana sous l’identité de Chauncey Alexander Hollis ne peut se résumer qu’à ses récompenses, bien plus versatile qu’il n’y paraît – aussi bien producteur pour la côte ouest qu’est – mais également rappeur à ses heures perdues. Il explose au début des années 2010 et façonne son style depuis 2003, utilisant le canal de communication qu’est Internet tel un visionnaire, déjà conscient de l’impact de la plateforme Myspace, alors premier lieu pour communiquer sa musique en indépendant.

La rencontre qui va tout changer dans la carrière du jeune artiste est celle avec Pollow Da Don, lui aussi producteur de hit tels que “Baby By Me” de 50 Cent ou plus récemment “Anaconda” de Nicki Minaj. Sous son label Zone 4, sous branche d’Interscope Records, Don signe Hit-Boy et lui permet de travailler avec Lil Wayne, Snoop Dogg ou encore Chris Brown. 

De “Goldie” à “Backsteat freestyle”

Le point d’élévation pour sa carrière coïncide avec son travail pour Kanye West et les membres de son label G.O.O.D. Music, alors en position de dominant sur le marché. Ainsi, en plus d’avoir concocté la partition pour “Goldie” et “1train” de Asap Rocky, il prend part à la conception des plus gros titres du label. “Clique”, “Cold”, “Higheren sont les quelques résultats suite à sa signature sous la structure. La listes des morceaux qu’il produira en cette période seront couronnés de succès et viendront démontrer toute la polyvalence dont il fait preuve. Ainsi, il est tout autant à son aise sur des grosses caisses espacées comme lorsqu’il s’associe avec Kendrick Lamar dans le survitaminé “Backsteat freestyle” que pour épouser des accords de piano délicats dans “The Beginning” de John Legend. 

Fort de ce succès, Hit-Boy en profite pour dévoiler au public l’une de ses aptitudes cachées : poser une lignée de mots sur un beat. À l’heure où l’hébergeur Datpiff explose les compteurs à l’aube de la décennie 2010, il décide de mettre en ligne Hitstory en 2012, un dix-titres bénéficiant de l’appui d’artiste made in G.O.O.D. Music tels que Kid Cudi, John Legend ou Big Sean. Guidé par une touche “épique” empruntée à l’esthétique romanesque qu’à insurgé Kanye West dans son label après la sortie de l’album My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Hit-Boy donne naissance à un projet abouti et cohérent. Pourtant, l’année suivante, le natif de Fontana délaisse l’univers grandiloquent de G.O.O.D. Music pour former sa propre structure, HS87 (Hits Since ‘87) dès janvier 2013. 

Sous cet acronyme se dissimule une plâtrée de rappeurs qui, encore à ce jour, n’ont pas ou peu perçu la lueur du succès dit “commercial”. Parmi eux, Audio Push, K. Roosevelt, B-Mac The Queen mais encore Big Hit, le père de Hit-Boy qui, suite à sa libération de derrière les barreaux, accompagne son fils notamment lors d’apparitions sur les plateaux de télévision. Dans ce brouillard épais se dégage une compilation : We The Plug. Hit-Boy se rapproche du patrimoine californien avec lequel il a grandi pour fournir un disque s’immiscent dans une ambiance conforme à l’asphalte brûlé des quartiers de la côte étasunienne. Dans la longue playlist mise bout à bout s’extrait un single : Grindin’ My Whole Life. Contenant un sample cramé de John Surman notamment usé pour Le Silence n’est pas un Oublie de Lunatic, le production de Hit-Boy se veut aussi sémillant que ses aînées lui permettant d’être nominé au BET Awards en tant que meilleur producteur de 2014. Si il aura dû laisser sa place à Dj Mustard pour le trophée, cela n’empêche pas au producteur et son crew de marquer encore une fois le milieu du rap. 

 

Malgré ce franc-succès, aucun des artistes du label ne perce la toile qui les cache de la lumière et Hit-Boy positionne HS87 entre parenthèses pour se consacrer à la nouvelle vague musicale qui s’annonce. De ce fait, on le retrouve sur le dernier album de Rihanna, Anti, mais aussi sur Still Brazy, la bande-originale ensoleillée et paranoïaque de YG. Cela ne l’empêche pas de se concentrer également sur de plus petits acteurs tout aussi respectables originaires de la Californie. Ainsi, on retrouve Casey Veggies, SOB X RBE et surtout Dom Kennedy, avec qui il forme le duo Half-Mil pour proposer des morceaux composés de synthétiseurs estivaux aux antipodes de ce que Hit-Boy a pu faire dans le passé. Son parcours en soliste, lui, se perpétue en douceur sans, il faut le dire, faire grand bruit. Tony Fontana et The Chauncey Hollis Project sont des albums qui laissent parler l’hétérogénéité du l’univers du rappeur mais n’apportent que peu de nouveauté sur le plan musical. Ainsi, il aura passé les mois suivants à peaufiner ses textures musicales. «J’ai développé tellement des techniques et acquis de nouvelles compétences pour découper les beats et amener des idées plus rapidement», avoue-t-il récemment à Hypebeast

Prospère sur le plan financier par ses nombreux hits en tant que producteur, Hit-Boy vogue parmi ses plaisirs personnels. Ainsi on remarque dans cette carrière fournie, les directions transversales dans lesquelles Hit-Boy s’est égaré, résultant jusqu’à atterrir finalement au cœur du processus de création de denier album de Nas, King’s Disease. Un disque qui, après un NASIR en 2018 accueilli avec hermétisme, redonne une bouffée d’air à sa discographie. Comme à son habitude, Nas dépeint le monde sous un regard exogène, hors de la trame narrative pour commenter l’état d’un monde déchu. 

Pour l’accompagner dans son travail de reconstitution, ce sont des collaborations toutes plus étonnantes les unes que les autres. Ainsi, on vacille entre le rookie du label Cactus Jack Don Toliver, mais également vers l’investigateur de la drill Lil Durk puis les résidents de New-York, Asap Ferg et Fivio Foreign. Il faut dire que Hit-Boy propose un panel de productions instables qui offre un boom-bap nuancé qui surprend, surplombé d’un aspect romanesque. La pari de fournir un album consistant et dynamique du début jusqu’à la fin est une réussite qui ouvre de nouvelles perspectives ) la carrière de Nas, mais également celle de Hit-Boy. Un duo efficace donc qui redore le blason de notre cher rappeur new-yorkais, tout en redonnant de l’adrénaline à Hit-Boy, prouvant qu’il peut tenir les manettes d’un album entier. 

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