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Interviews

On a parlé avec PA Salieu pour son premier projet “Send them to Coventry”

Warner Music Group

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Après la sortie de la mixtape Send Them to Coventry, on s’est entretenu avec le rappeur anglais PA Salieu à propos de l’importance de sa vie en Gambie, ses influences musicales multiples ou encore de sa relation avec J Hus.

Pour beaucoup, le rap anglais se veut n’être qu’une scène exclusivement londonienne, où les alentours y sont dépourvus d’artistes ; comme si l’architecture victorienne de la ville était l’unique paysage qu’un rappeur devait contempler pour espérer y trouver l’inspiration. S’il est vrai que, dans un pays aussi centralisé que l’Angleterre, la capitale offre les meilleures opportunités, certains choisissent de se dresser comme de fiers représentants de leur petites villes perdues dans les plaines verdâtres britanniques. 

Ainsi, PA Salieu, rappeur originaire de la ville de Coventry, située à une heure de Londres dans la région des Midlands, adopte cette posture avec une quasi-insolence et n’hésite pas à ériger le nom de cette dernière au point de baptiser son premier projet en son honneur. Send Them Back to Coventry fait donc office de parfaite carte de visite pour découvrir un artiste qui ne prête guère attention aux frontières géographiques mais également musicales. 

Un melting-pot d’influences

On le remarque très vite, PA Salieu semble avoir un talent inné pour débiter des vers sur n’importe quel type de production. De ce fait, ce qui le caractérise dans un premier temps est sa prestance au micro où il insuffle une énergie viscérale à ses dires. Frontline, l’un de ses premiers morceaux qui deviendra son plus gros hit, en est la preuve ultime tellement ses mots rebondissent sur les batteries du morceau, pour un flirt avec des textures industrielles sous des rythmiques afrobeat.

Ce melting pot d’influences diverses qui règne dans une partie de sa musique pourrait être réduit au terme “afroswing”. Ce genre né sous l’impulsion des diasporas africaines en Angleterre vient importer les tempos du dancehall et de l’afrobeat pour les fondre avec des percussions découlant du grime et de la trap, résultat direct de la froideur mécanique du Royaume-Uni et de ses classes prolétaires. 

PA Salieu, lui, se situe à la croisée du Royaume-Uni et du Gambie, sa terre d’origine. “Je suis né à Slough [ville anglaise] mais durant ma jeunesse j’ai pu retourner chez ma tante au Gambie, elle m’a initié à des musiques locales” déclare-t-il lorsqu’on l’interroge sur ses influences. Ce séjour est le point de bascule vers sa carrière musicale. En effet, PA débite ses premières rimes il y a à peine trois ans de cela dès son retour à Coventry dans le quartier de Hillfields, principalement lorsqu’il vagabonde devant les “council estates” qui composent le paysage.

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Là-bas, il n’y fait pas bon vivre et la pauvreté y est latente, visible à chaque coin de rue. Le rappeur va jusqu’à comparer le lieu à une “ville piégée” dans T.T.M. Alors pour ne pas plonger dans les travers que propose ce décor sinistre dépourvu de carrière future, Salieu effectue des voyages réguliers. “Je devais faire une heure de route pour me rendre à Londres et enregistrer ma musique”, répond-t-il sous un air de désolation du fait qu’il faille se rendre si loin pour espérer un jour vivre son art. 

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Une musique dépourvue de frontières

Mais force est de constater que ces trajets interminables prendront rapidement sens, lui permettant de rencontrer des grands acteurs de l’industrie musicale. Ainsi, Send Them to Coventry n’est pas une simple mixtape venue mimer un afroswing préexistant mais plutôt un concentré d’expérimentations sonores. Pour aboutir à un tel résultat, le rappeur fait appel à des producteurs tels que Kwes Darko, accoutumé au milieu de l’electronic et également collaborateur du rappeur Slowthai; ou encore Yussef Dayes, batteur de renom auprès de la nouvelle scène de jazz UK.

Lorsque je me plonge dans mon art, j’estime ne pas avoir de limites dans mes inspirations”, le message est clair et s’affirme dans la variété de styles rythmiques et instrumentaux choisis tout au long du projet. Parfois, ce sont les patterns de drill UK qui transparaissent dans Informa, pour ensuite basculer vers des rythmiques afrobeat dans Block Boy, et finalement se retrouver avec un univers minimaliste et vaporeux dans Betty

Comme fil conducteur pour guider cette mixture hétérogène, sa voix éraillée à l’accent made in Midlands. Souvent boudé par les sudistes de l’île britannique, notamment pour celui des habitants de Birmingham, l’accent charcuté réussit maintenant à se faire une place grâce à sa singularité. Sans s’incorporer totalement dans cette configuration, PA Salieu partage certains traits avec cette scène. Son raclement de gorge retranscrit sa hargne et rage de vaincre à la perfection, pour se superposer aux productions endiablées. Mais cette voix, il l’utilise également pour transmettre un message à travers des lyrics.

Pour exemple, le titre B***k, qui est une habile censure du mot “black” pour affirmer le caractère bridé qu’il s’y cache derrière, et ainsi dénoncer les inégalités raciales et les nombreuses discriminations qui règnent dans le pays. Puis dans Energy, morceau venu conclure la mixtape, PA fait retomber l’atmosphère oppressante du projet en érigeant un message motivateur à travers l’image de cette” énergie” interne que nous devons tous exploiter pour réussir. “Ne laisse personne te déstabiliser, protège-toi à tout prix, ton esprit doit rester pur et ne pas être détruit par les autres.” résume-t-il tel un mémo qu’il se ferait à lui-même. 

PA Salieu 3

PA Salieu, plus francophone qu’il n’y paraît

Si le rappeur puise déjà ses inspirations dans le grime anglais et le folklore gambien, c’est aussi une empreinte francophone qu’il exploite timidement. “Mon frère, mon frère” clame-t-il dès les premières notes d’Over There comme un point d’ancrage avec la dialecte français qu’il a pu appréhender de par le Sénégal, pays voisin du Gambie : “J’ai également de la famille au Sénégal que je vais voir de temps en temps”. Il est alors naturel pour lui de faire des connexions avec des rappeurs français comme par exemple Gazo pour le titre Bang Out. De plus, Salieu est à propos des artistes comme Niska, Kaaris ou Aya Nakamura. Lorsqu’il évoque cette dernière, cela est non sans enthousiasme, “J’adore ce qu’elle fait, il faut que je collabore avec elle !” s’exclame-t-il. 

Plus encore, il s’entoure pour ce premier essaie d’artistes tels que le Trinadien Boy Boy ou la chanteuse anglaise et jamaïcaine Mahalia pour l’accompagner, et ainsi diversifier les racines musicales. Aussi très proche du rappeur gambien J Hus, il est étonnant de ne pas retrouver cette figure incontournable du rap britannique. Pourtant, le jeune rappeur a une explication tout à fait rationnelle, “Je ne me précipite pas dans la vie, j’ai commencé la musique quand je l’ai senti. C’est pareil pour J Hus, je laisse le temps s’écouler et quand le moment sera le bon on pourra collaborer” répond-t-il avec un ton serein, sûr de son choix. 

Il faut dire que la PA Salieu cultive la patience. Si son succès est arrivé dans une grand vacarme, l’artiste a su amorcer le virage en proposant une mixtape s’éloignant de la brutalité de Frontline, regroupant ainsi une palette de couleurs musicales aussi vives que brunies. “Pour l’instant je construis quelque chose en toute tranquillité, et mon temps viendra quand il le faudra” conclut-il. Avec l’un des projets les plus extravagants de cette année parmi la scène britannique, il n’y a aucun doute que le natif de Coventry s’installe paisiblement aux côtés des têtes de gondoles du rap anglais dans les mois à venir. 

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