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Pourquoi on aime tant « 64 mesures de spleen » de Jazzy Bazz

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Pourquoi on aime tant 64 mesures de spleen de Jazzy Bazz

9 ans plus tard, « 64 mesures de spleen » de Jazzy Bazz, toujours indisponible en streaming, est toujours aussi apprécié par les fans de l’artiste. Parlons-en. 

A l’occasion de l’anniversaire de Sur la route du 3.14, le premier projet de Jazzy Bazz, on a voulu revenir sur l’un des morceaux forts du projet : « 64 Mesures de Spleen ». Sorti en 2012, ce morceau aux sonorités boom-bap sur une instru légendaire est à ce jour encore le pros gros succès de Jazzy Bazz. Premier morceau consulté du rappeur sur Genius, deuxième vidéo la plus visionnée sur sa chaîne YouTube, le titre n’est toujours pas disponible sur les plateformes streaming. Pourtant, son aura reste intacte, et on s’est demandé pourquoi.

Pour la nostalgie qu’il convoque

2012. Cela semble si loin. Cette année-là, Vald sort sa première mixtape NQNTMQMQMB, Youssoupha rencontre le succès commercial avec Noir Désir, et 1995 pond son premier album Paris Sud Minute. Le collectif parisien fait d’ailleurs sensation depuis quelques temps dans les battles des Rap Contenders. Ses membres se font remarquer pour leur technicité et leur sens de la formule. Et quelques mois auparavant, c’est l’un des proches du groupe qui a marqué les esprits : Jazzy Bazz. Le rappeur se distingue par son calme, ses punchlines et la finesse de sa plume. Jazzy enchaîne les victoires, notamment dans une battle devenue mythique avec Wojtek, aujourd’hui le rappeur le plus titré des RC.

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Le moment semble venu pour le rappeur du XIXe de se montrer au public et de sortir un premier projet. En 2012, le rap retrouve ses rythmiques boom-bap. La technique et la recherche du bon mot sont légion, et c’est ce qui séduit dans l’univers de Jazzy Bazz. Ivan Bruno-Arbiser, de son vrai nom, envoie le 16 juillet 2012, Sur la route du 3.14, son premier projet. 9 morceaux de kickage sec sur des faces B, avec notamment des samples classiques des années 90 du rap US. Incontournable.

Pour l’ambiance old-school et l’instrumentale légendaire

Si le membre de l’Entourage séduit, c’est par une mise en avant de la technique lyricale, de la punchline, dans le sillage du rap old school des années 90. Un hommage assumé dans « 64 Mesures de Spleen », où le rappeur reprend l’instru classique de Milkbone, « Keep It Real« , sorti en 1995. Le nom ne vous dit peut-être rien, écouter seulement quelques secondes du morceau. La production mélancolique entre parfaitement en accord avec la plume et l’univers empli de spleen du rappeur du XIXe. L’instru, reprise à l’époque par Big L et Jay-Z, fait office d’une des faces B les plus légendaires du rap américain.

Pour la plume emplie de spleen

Jazzy Bazz ne se revendique pas comme le technicien hors-pair, mais jouit plutôt de l’image du « rappeur-poète » de L’Entourage. Flegmatique, discret, implacable, l’artiste ne propose pas un rap d’égotrip, mais s’affirme plutôt comme l’héritier d’un rap lyrical, dans la lignée d’Oxmo Puccino ou MC Solaar. « 64 mesures de spleen » s’empare de différents thèmes sombres et offre un moment d’introspection qui détonne alors avec le style de ses compères Nekfeu, Alpha Wann ou Deen Burbigo.

Le rappeur s’amuse avec les mots, offrant un unique couplet (64 mesures) empli d’homophonies et autres figures de styles. Le jeune parisien déverse son spleen à travers une écriture poussée et introspective, avec la mélancolique nuit parisienne comme toile de fond. Un sentiment fort empreint de l’univers de Charles Baudelaire, dont on analysait l’affiliation il y a quelques années. Les vers du poète deviennent ici les mesures du rappeur, qui s’inspire des sentiments dégagés par l’auteur des Fleurs du Mal:

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« Faudrait faire tourner la roue, j’donne l’alerte. Pire je sonne l’alarme avant qu’elle ne coule sur ta joue »

« J’vois la vie en rouge car les flaques de sang sont rarement roses »

« On est comme des SDF nous il nous manque une case. »

 Un morceau devenu classique

9 ans après, le morceau ne faiblit pas : c’est toujours le plus gros succès de Jazzy Bazz. Avec 6m de vues, il est le son en solo de l’artiste le plus vu sur YouTube (derrière sa collaboration avec Nekfeu : « Éternité ») et le plus consulté sur Genius. Le problème : le morceau est toujours indisponible sur les plateformes de streaming. La raison est pour l’heure inconnue, bien qu’un problème de droits d’auteurs vis à vis de la production puisse en être le motif.

Jazzy Bazz réussira finalement à s’émanciper de cet énorme succès, avec un premier album, P-Town, salué par la critique, qui poursuit l’ambiance dégagée par « 64 mesures de spleen ». Ce son devenu « classique » pour les puristes de l’époque boom-bap, rappelle une certaine époque du rap. Un rap encore tourné vers l’ancien temps, où plume et technique étaient reines. Un rap brut et authentique tourné vers l’écriture et la recherche du bon mot. On vous cache pas un petit spleen en écrivant ces quelques lignes

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