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Demi Portion : « Mon but c’est de durer, plus que de monter » Demi Portion : « Mon but c’est de durer, plus que de monter »

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Demi Portion : « Mon but c’est de durer, plus que de monter »

Photo : Valentin Mehn / Interlude

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Rendez-vous au Point Éphémère dans le 10ème arrondissement de Paris avec Demi Portion. Présent dans la capitale pour quelques jours, Rachid nous accorde du temps pour parler de son nouvel album La bonne école disponible depuis le 17 janvier.

Avec le sourire et son habituelle bonne humeur, l’entretien commence par des petites anecdotes autour de la relation de l’artiste avec Interlude qui le suit depuis des années. Demi Portion est un artiste entier qui n’oubliera jamais ses origines et les gens qui l’ont toujours soutenu.

Interlude: Tu as organisé plusieurs sessions d’écoutes avant la sortie du projet avec tes fans. C’est important pour toi de prendre la température directement avec les gens avant que l’album sorte ?

Demi Portion: C’est important pour moi d’avoir le retour direct car quand tu fais un projet, tu es dans ta bulle. J’ai attendu 2 ans pour sortir cet album car on a fait beaucoup de scènes, je n’ai pas ce besoin de toujours sortir des nouveaux projets.

Je ne veux pas trop jouer sur la vague actuelle

Ce projet est très différent du précédent, tu as volontairement souhaité t’en éloigner ?

Demi Portion : Je voulais pas faire un copier-coller de mon ancien album. Car c’était peut-être pas l’album que mon public voulait mais moi c’était ce que je voulais faire car j’avais besoin de chanter et de montrer autre chose. Puis c’est aussi peut-être l’âge, je n’ai pas envie de rentrer toujours dans le même moule et de faire un copier-coller de ce qui marche. Je voulais revenir à ce que je faisais à l’époque. Ça va paraitre extra-terrestre pour certain, mais c’est ma prise de risque, je ne veux pas trop jouer sur la vague actuelle. Je voulais des scratch, des petites paroles entre les morceaux, des transitions un peu à la Kendrick, je cherchais des sonneries d’écoles, des bruits d’enfants…

Dans le morceau “La bonne école”, tu dis «Aux anciens qui représentent notre époque, à la jeunesse qui ressortent de la bonne école». Tu te situes où du coup ?

DP: J’essaye de faire le trait d’union, je suis ni ancien, ni nouveau. Je peux pas dire ancien car il y a Zoxea et je peux pas dire nouveau car je ne le suis pas.

Un morceau de Némir passe à la radio du café dans le quel nous sommes, il sourit.

Tu vois, j’ai commencé en même temps que Nemir. On a commencé ensemble dans les mêmes ateliers, avec la même force. On montait sur scène avec des morceaux de 1 minute et aujourd’hui on se retrouve à faire des albums, je suis sincèrement très content de faire ma musique tous les jours, chez moi, à mon échelle.

D’ailleurs, tu t’es entouré de toutes les générations de rappeurs pour cet album avec Bigflo & Oli, Sofiane Pamart, Davodka, Grand Corps Malade, Furax.

DP: Pour Sofiane Pamart, nous avions déjà fait un morceau qui s’appelle “Juste avec un piano”. C’était il y a longtemps sur une face b. Donc je lui ai écrit et je lui ai demandé s’il était chaud de collaborer. Il m’a envoyé une prod le soir même et j’ai écrit le morceau. Ça se fait vraiment à l’instinct avec beaucoup de kiffe, j’adore son travail, il adore le mien, c’est parfait.

Bigflo & Oli, je les connaissais de l’époque où je faisais mes concerts à Toulouse, deux passionnés. Oli venait avec sa bande de copain dans la salle de concert dans une petite salle à Toulouse. Il achetait les t-shirt, les albums, il est toujours présent aujourd’hui, il n’a pas changé, toujours le même malgré sa côte de popularité de dingue. C’est beau ce qu’il leur arrive à tous les deux, ils poussent pas les jeunes vers le bas, ce n’est pas malsain, c’est bien fait, belle écriture, c’est hip-hop. Les mêmes valeurs que je défends, donc c’est super honorable de les avoir sur mon album, merci à eux. Et pour tous ces featurings, on a jamais parlé d’argent. C’est que de la passion, on parle que musique. Je dois avant tout, aimer la personne humainement avant de faire un feat.

Un autre morceau exceptionnel, c’est celui avec Grand Corps Malade, je pourrais te demander comment s’est faite la connexion mais vous racontez tout dans le morceau. L’histoire est vraie ?

DP: Oui, c’était la première fois qu’on se voyait. Je connaissais Jean-Rachid, qui est le producteur de Grand Corps Malade, qui m’a dit qu’il jouait dans un village près de Sète. Je les ai invité à Sète, on a mangé dans un petit restaurant que je connaissais près d’une criée, un petit restau qui ne paye pas de mine mais avec un poisson délicieux, c’était pas cher et bon, et qu’est-ce qu’on s’est mis bien… Je me rappelle, qu’on paye l’addition et là il me dit qu’on fera un titre sur ce qu’il vient de se passer, sur ce moment. On a écrit et je lui ai envoyé une instru, on a enregistré deux/ trois mois plus tard, c’est lui qui s’est lancé en premier. Et franchement, il a tout dit. En 16 mesures il a essayé de tout mettre dedans, il a fait un beau condensé de ce qu’il se passe à Sète, de la gentillesse, de la ville, de la mer, du calme. Il a réussi à tout mettre dans le morceau. C’est une belle histoire et c’est exactement ce qu’il s’est passé avec Fabien.

Il y a un morceau qui revient sur tous les albums c’est “Mon Dico”, tu es au volume 5, tu en fais un à chaque album ?

DP: J’ai un seul album dans lequel je n’ai pas de morceau “Mon Dico”, c’est dans Super héros. Sinon en 6 albums, il y a 5 volumes de “Mon Dico”. C’est mes morceaux phares, c’est avec ceux là que je me suis fait le plus connaitre à l’époque de Myspace, où je faisais mes propres prods, c’était vraiment le début de ma musique, et ça m’a suivi. C’est grâce aux mots que j’arrive à vivre, à être épanoui, à pleurer, à rigoler.

Sur le morceau “7 sur Sète”, tu reprends du Georges Brassens, ce n’est pas la première fois que tu fais ça. Brassens est né à Sète, c’est important de lui rendre hommage ? Quel est ton rapport avec lui et sa musique ?

Demi Portion: Oui, ce n’est pas la première fois que je fais référence à lui dans un morceau, là c’était avec la phrase «Non les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux» et j’ai terminé avec un extrait d’une autre interview de lui. Je trouve ça important de représenter encore une fois ma ville. C’est une certaine fierté que j’ai gardé. Et Brassens est beaucoup présent à Sète. Il y a son musée, sa tombe, son ancien appartement, son ancienne baraque… Une vraie histoire autour de lui dans la ville mais dans mon foyer il n’y avait pas du tout de Brassens, j’ai pas grandi avec ça. Ma mère écoutait plus de la musique traditionnelle du bled, et mon père c’était plus du type Georges Moustaki, des vieux vinyles que j’ai retrouvé d’ailleurs. Mais pour en revenir à Brassens, on m’a demandé de faire un représentation à Sète qui était un hommage pour lui, on m’a donné une centaine de textes et on m’a dit de le refaire en rap. Suite à ça, je les ai relu et j’ai pris une gifle, j’ai vraiment appris une nouvelle façon d’écrire. Je lui fais des clins d’oeil sans faire de reprises.

On est en janvier, le Demi Fest’ se prépare ? C’est la 5ème édition cette année. Ça se fête.

5 ans déjà… Ça passe super vite, on se fait vieux. Il va falloir tout donner cette année. Je vais mettre le paquet dans toute la ville. Le public kiffe venir, tant qu’il y a cette magie là, on continuera à faire venir des artistes qui veulent aussi profiter d’être dans cet engouement. Toujours dans la même démarche même si je t’avoue qu’aujourd’hui c’est dur de dire qu’on est tous potes, tous ensemble.

Toi tu es indépendant, tu vois d’autre rappeurs qui ont signés battre un peu de l’aile ?

DP: Oui carrément, tu peux le sentir que c’est une pression pour eux. Que ce soit au niveau de leur proches, de leur style, des réseaux sociaux, l’image, etc… Tout peut arriver vite et tomber encore plus vite. Moi, mon but c’est plus de durer que de monter. Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction. Tout en respectant les codes d’aujourd’hui, je peux comprendre la pression et l’égo de certains rappeurs même si je n’ai pas grandi là-dedans. Moi il m’a fallu plusieurs ateliers d’écriture avant de sortir un morceau. C’est cet acharnement qui m’a permis de faire du rap.

Le nouvel album de Demi Portion La bonne école est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

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