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Musique

Orelsan : comment faut-il comprendre “Ah la France” ?

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«Je voulais faire un truc plus engagé» : Orelsan parle de ses positions sur “Civilisation”
© Alice Moitié

“À la France” d’Orelsan, que ses fans se plaisent à détester, montre la place cruciale qu’a occupé “Montre jamais ça à personne” jusqu’à la sortie de la réédition.

Ce vendredi, Orelsan aura au moins pris soin de retirer les rires moqueurs d’Ablaye et Skread, qui ont généreusement pouffé lorsqu’ils ont entendu pour la première fois “Ah la France”. Un morceau où le rappeur va puiser une nouvelle fois dans les stéréotypes français, frôlant presque l’enfoncement de portes ouvertes. Mais cette fois, exit la tirade épique façon “L’odeur de l’essence”. C’est une rythmique électronique, quasi variété des années ’80, qui accompagne ses rimes. Un couplet unique, conclu par une répétition entêtante du refrain : “Ah, la France”. 

Le destin du morceau aurait pu, peut-être dû, ne jamais aller au-delà de la simple chute de studio, une tentative bancale de mettre l’Hexagone face à ses contradictions sur un air chantant. D’ailleurs, le titre occupe en ces termes une place intéressante au sein de Montre jamais ça à personne, puisqu’il illustre les inspirations parfois manquées d’Orelsan. «C’est parti à la corbeille», souriait-il d’ailleurs lors d’une séquence sur C à vous où il revenait sur le morceau. Tout l’enjeu du passage cherchait justement à montrer que, dans l’élaboration d’un album, il faut passer par des tentatives foireuses. Et aussi, que l’artiste peut compter sur l’honnêteté de ses compères pour éviter justement ces ratés.

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Orelsan : «Je comprends pourquoi ils trouvent ça nul»

«Ce qui est bizarre, c’est qu’en fait, je fais des bonnes chansons et des chansons nulles avec la même sincérité, rigole Orelsan sur le plateau de C à vous. Au moment où je le fais, je me dis que c’est bien. Je réécoute, je me dis que c’est bien. Ils écoutent, ils trouvent ça nul. Je comprends pourquoi ils trouvent ça nul». Mais du coup, le passage en question dans Montre jamais ça à personne a provoqué la curiosité des internautes, et le morceau a été incorporé à la réédition du projet. Mais dans une version brute, quasi inachevée : il ne contient qu’un couplet et Orelsan donne presque l’impression de chanter faux par instant. Finalement, on reste au plus proche du titre détesté par Ablaye et Skread lors de leur première écoute.

En partant de ce postulat, la démarche de “Ah la France” est un brin paradoxale. D’abord, elle pourrait s’inscrire dans la continuité de Montre jamais ça à personne, avec l’objectif de faire écouter aux fans une maquette inutilisée de son album. Pour le coup, c’est original, même intéressant, puisque les auditeurs vont pouvoir se forger leur propre avis sur un titre qu’ils n’auraient jamais pu écouter. C’est à la fois une qualité comme un défaut : avec Civilisation perdue, de nombreux fans ont eu l’impression de découvrir une version alternative de Civilisation. Et pour cause, on redécouvre au fil des tracks des punchlines réutilisées dans d’autres morceaux, tandis que certains racontent d’une manière différente une histoire déjà entendue, comme “Les aventures de MiniSan”, version rap et boom-bap de “La quête”.

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Civilisation perdue, au milieu des maquettes

Mais il faut probablement prendre ces morceaux pour ce qu’ils sont : des maquettes, ni plus, ni moins, comme l’assument la typologie des morceaux façon “nom de fichier”. Civilisation perdue prend même la forme d’une fin de boucle, puisque certaines pièces viennent habilement s’ajouter au récit de Civilisation, comme “Point de rupture”, “Nous contre le monde” ou encore “On a gagné”. On pourrait même aller plus loin : sans la série-documentaire, il semblait impossible pour Orelsan de publier ces morceaux. Dans un autre contexte, la sortie de “À la France” aurait pu être ô combien casse-gueule. C’est justement parce que Montre jamais ça à personne décrédibilise elle-même le morceau que sa sortie est moins risquée aux yeux du public.

Finalement, les auditeurs ont les clés pour l’écouter, pour comprendre avec quelle approche le rappeur l’a imaginé. Sans évidemment être naïfs, en comprenant les enjeux commerciaux derrière : la série-documentaire se plie surtout au service de la promotion du projet. La conclusion appartient finalement aux fans et à leurs réactions au morceau, plus que divergentes. Gentiment détesté depuis vendredi, “Ah la France” a aussi droit à son lot de supporters, qui prouvent une énième fois que même la plus ratée des tentatives est capable de trouver son public.

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