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Culture

Validé : tout y est, peut-être même trop

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La première série sur le rap français vient de sortir, et il est bon de saluer le travail de Franck Gastambide. En 10 épisodes, ponctués de guests et d’une BO de qualité, “Validé” fait le pari d’en dire le maximum sur les coulisses du rap actuel. Un pari osé, mais partiellement réussi. 

C’est un conte déjà raconté mille fois : épaulé par ses fidèles compagnons, un jeune héros va braver vents et marées pour espérer s’asseoir sur le trône que le monarque en place défend pourtant férocement. Pour arriver au bout de sa quête, il va lui falloir faire preuve d’une bonne dose d’ingéniosité et d’audace pour surmonter la myriade de coups bas et autres sournoiseries que ce dernier lui réserve. Rien d’original dans l’histoire.

Sauf peut-être que cette fois, notre jeune héros Clément (ou plutôt “Apash”) tente à tout prix de se faire un nom dans un univers abrupt, encore (trop) peu prisé par le petit écran : le rap game. En quelques mots, tel est le synopsis de la première série de Franck Gastambide : “Validé”. Une série nécessaire et intéressante, qui, à l’image d’une frange du rap actuel, en fait parfois trop.

Hatik. © @cestpasunfilm_

Validé, première série sur l’univers du rap en France : il était temps

Le potentiel cinématographique du rap est indéniable. Son histoire, ses représentants, ses références… L’univers du hip-hop et ses ambassadeurs ont su se frayer un chemin sur le grand écran depuis un bon moment maintenant, et même sur le petit écran depuis quelques années. The Get Down, Atlanta, Empire… Il suffit de traverser l’Atlantique pour trouver des saisons entières de séries de qualité, dédiées aux rappeurs et à tout ce qui les entoure. Deuxième terre du rap, il était donc grand temps pour l’hexagone de se doter de son propre programme sur le sujet.

Alors, quand Frank Gastambide a annoncé le projet de “Validé” sur Canal+, les remerciements étaient de circonstance, mais les attentes presque inatteignables. Disponible depuis le 20 mars sur MyCanal, le pitch de la série est classique : l’ascension éclaire, mais pas sans embûches, d’un jeune aspirant rappeur de nos jours. Clément aka Apash (interprété par Hatik), livreur pour un grossiste du quartier, qui va passer du four au Zénith en 10 épisodes grâce à son talent pour la musique et sa persévérance, et cela malgré les nombreux obstacles que va mettre sur sa route le “boss final” du game : le rappeur Mastar (interprété par Sam’s), accessoirement son idole depuis l’enfance.

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Le “Dix pour cent” du rap ?

La comparaison avec la série de France 2, focalisée sur une agence artistique d’acteurs, peut paraître farfelue. Mais elle tient dans le choix qu’ont fait les réalisateurs de jouer tout deux sur les frontières entre fiction et réalité. Dans “Dix pour cent”, chaque épisode est construit autour d’un acteur renommé qui va jouer son propre rôle pour une petite heure. Un dispositif qui va accentuer le réalisme de la série, tout en lui donnant une valeur ajoutée, piquant au vif la curiosité du spectateur. Dans “Validé”, Franck Gastambide use donc du même procédé en le calquant au monde du rap, et en le poussant encore un peu plus loin.

Tout au long de la saison, Apash a l’occasion de serrer la main et même parfois d’échanger avec une dizaine de grands noms du rap qui viennent jouer leurs propres rôles. Kool Shen qui offre son appartement comme refuge, Lacrim qui lui sert presque de garde du corps lors d’un showcase en terrain miné, Rim’K et S.Pri Noir qu’il croise en after-party ou Ninho à la maison de disque, Soprano qui l’appelle avant son Vélodrome… Nombre de grands noms du rap ont répondu présent, ce qui ne peut que ravir les amateurs. Mais ils ne sont pas les seuls.

Même les grands médias rap ont joué le jeu, ajoutant au réalisme du parcours d’Apash, et à Validé dans son ensemble . Fif” de Booska-P, Pascal Cefran et Yérim Sar de Mouv’, Laurent Bouneau et Fred Musa de Skyrock, Rachid Majdoub de Konbini… Même Cyril Hanouna, qui interprète son rôle à la perfection. Chacun leur tour, tous vont jouer le jeu de l’interview avec Apash (ou Mastar), fournissant les décors et logos de leurs radios/plateaux dans le même temps, et offrant au spectateur un Planète Rap ou After Rap totalement exclusif. Ainsi en suivant le personnage d’Hatik au travers des lieux et des invités, un spectateur non-initié pourra découvrir certaines des coulisses actuelles du parcours d’un rappeur et de l’industrie du rap. Tandis qu’un aficionado y retrouvera avec plaisir des décors et visages connus. Même chose pour les nombreuses références et name-dropping distillées tout au long des épisodes par les personnages de la série, ainsi que la bande-originale de grande qualité.

Franck Gastambide. © @cestpasunfilm_

Franck Gastambide aurait-il voulu faire trop bien, trop vite ?

Le temps est passé depuis ses jeunes années, dresseur offrant la niaque de ses pitbulls à l’objectif du collectif Kourtrajmé (Romain Gavras, Kim Chapirion, Ladj Ly…) pour le clip d’anthologie de la Mafia K’1 Fry : “Pour ceux“. Mais le rap continue de prendre une place non négligeable dans le travail de Franck Gastambide, invitant par exemple Seth Gueko et Rim’k pour son premier film Pattaya, avec une bande originale mêlant les têtes d’affiche (SCH, Lacrim, MacTyer…). L’ancienne “Kaïra” aime et connaît ce milieu relativement bien, comme le démontre le choix pertinent de Sams et Hatik en premiers rôles, autant acteurs que rappeurs.

Alors dans “Validé”, un certain nombre de passages obligés et lieux communs du rap sont respectés. Maison de disques, showcases dans des chichas, studio, passage par la case prison… Même les nombreuses péripéties d’Apash vont trouver un écho dans la vraie histoire du rap de ces dernières années : une rivalité Apash/Mastar construite en clin d’œil à la relation plus que tumultueuse Kaaris/Booba, avec un passage à “Touche pas à mon poste” presque copié-collé ; les streams acheté ; le leak d’un clip… Même le vrai-faux kidnapping a déjà été réalisé outre-Atlantique par 6ix9ine.

Mais au fur et à mesure que les malheurs s’accumulent pour le personnage d’Hatik, en quelques petits mois seulement, le réalisme et la crédibilité nécessaires à la série commencent à s’effriter, pour dériver parfois vers le cliché. Comme si le réalisateur, voulant trop bien faire, avait essayé de caser le maximum d’anecdotes et de références possibles, sans avoir malheureusement le temps de toutes les développer. C’est là qu’émerge une modeste faille pour “Validé” : plus que la démesure, le manque de temps.

L’idée de la bavure policière qui a poussé Apash à écrire “Nique la France” est plus que pertinente, mais donne au spectateur envie d’en savoir plus. Même chose pour les relations avec Mounir ou avec les gratteurs du quartier qui sont résumés à quelques interactions, le personnage de Karnage qui veut à tout pris en découdre avec Apash sans réelle motivation apparente autre que le buzz… Et des femmes qui restent peut-être trop en second plan alors qu’elles sont indissociables de l’industrie du rap.

En ne prenant pas toujours le temps de rendre intelligible les motivations ou histoires personnelles des personnages pour avoir le temps d’intégrer tout ce qui a fait le rap ces dernières années, l’histoire s’en retrouve partiellement viciée et pourrait sembler sombrer par moment dans la caricature et le sensationnalisme. Des raccourcis nécessaires, mais potentiellement problématiques pour le public de non-initiés, qui pourraient être confortés dans ces clichés qu’ils affectionnent sur le rap. Mais le rap lui-même n’aurait-il pas une part de responsabilité dans cette impression de déjà-vu ?

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La faute au rap game ?

“On ne change pas une équipe qui gagne”. De la même manière, on ne change pas une formule qui marche. Tel est le raisonnement qui ressort des réflexions des équipes de Mastar et d’Apash quand vient le moment de tourner chacun leur partie du clip pour leur featuring. Mastar refuse peut-être de tourner à la Scampia, comme ça a déjà été trop fait (ici ou ), mais ne quitte pas le registre du grand banditisme en tentant d’inviter l’acteur principal de Gomorra. Même chose pour Apash, qui refuse le puma à son ami Brahim, mais propose une variante du clip qui a valu à Sofiane quelques démêlés avec la justice. Deux exemples inspirés de faits réels, qui disent quelque chose sur une frange du rap actuel.

Le tiercé cité/femme/bling-bling a fait son trou dans l’imagerie du rap. Depuis de longues années maintenant, c’est ce même poncif, devenu presque cliché, qui s’est trouvé au centre d’une tendance pour une partie du rap. Une formule sans risque qui fonctionne, correctement imagée, et qui a fait ses preuves en terme d’audimat. Alors dans une quête du chiffre toujours plus féroce, beaucoup d’artistes vont jouer la sécurité, et s’inscrire dans cette tendance, tout comme Apash et Mastar dans la fiction. Franck Gastambide ne serait-il alors pas simplement en train d’offrir une représentation relativement fidèle d’une partie du rap jeu, qui est en train d’assécher les codes qui ont fait leur succès ? Un rap avec ses qualités, mais ses défauts, tels que des clashs à répétition qui occulte la finalité musicale et focalisent l’attention médiatique, et une lutte presque “géopolitique, à la House of Cards” entre les artistes comme a si bien décrit Sam’s à Libération ?

Quoiqu’il en soit, il est bon de saluer le travail de Franck Gastambide. Enfin, une série française sur le rap français, portée par des rappeurs/acteurs qui tiennent la route, et sublimée par des guest-stars par dizaines. L’intention y est, et même plus. Alors maintenant que la voie est ouverte, la deuxième saison saura éclaircir les quelques points négatifs de la première création du genre.

Brahim Bouhlel. © @cestpasunfilm_

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