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This is Childish Gambino : ses cinq leçons de punchlines This is Childish Gambino : ses cinq leçons de punchlines

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This is Childish Gambino : ses cinq leçons de punchlines

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Childish Gambino fera son Bercy ce mercredi 27 mars. L’occasion de revenir sur ces plus beaux coups de plume.

N° 5 – You See Me

“If I’m a faggot spell it right, I got way more than 2 G’s”

Childish a souvent été critiqué pour ne pas avoir l’attitude typique du rappeur, ne pas être assez viril dans ses textes. Il a alors lancé cette punchline drôle et agressive : “Si je suis un faggot épelle-le comme il faut, j’ai bien plus que 2 G’s”. Cette ligne s’appuie sur un double-sens. L’insulte “faggot” s’écrit avec la lettre G doublée, or en argot, un “G” (par abréviation de “Grand”) correspond à un millier de dollars. Gambino dit là à ses détracteurs que s’ils veulent utiliser une insulte qui le définit, il va en falloir une avec beaucoup plus de G, car il est TRÈS riche. Leçon 5  : répondre à l’agressivité par l’humour.

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N° 4 – Bonfire

“So this rap is child’s play, I do my name like Princess Di”

La traduction littérale de la phrase est : “Donc le rap est un jeu d’enfant, je fais mon nom comme Princess Di”. Pourquoi cette analogie? Un jeu d’enfant se dit en anglais “child‘s play”, or le nom du rappeur est Childish Gambino, “childish” étant l’adjectif qui correspond à “child”. Vu que le rap est un jeu d’enfant, donc fait pour les enfants, et que son nom de scène contient l’adjectif enfantin, il fait littéralement ce qu’il y a dans son nom. Or, s’il y en a une autre qui a fait ça, c’est la princesse Diana, aussi connu sous l’abréviation Lady Di’. En effet, si on prononce “di”, on obtient le verbe “die”, “mourir” en anglais. La princesse d’Angleterre étant morte dans un accident de voiture, elle a donc elle aussi fait ce qui était contenu dans son nom. Leçon 4 : comparer avec esprit pour se placer au-dessus de la compétition.

N° 3 – All The Shine

“What’s the point of rap if you can’t be yourself huh? / That’s why I come first like my cell-phone”

Comprenez : “Quel est l’intérêt du rap si tu ne peux pas être toi-même hein ?/C’est pour ça que “je” viens en premier comme mon portable”. Si la phrase n’a pas directement de sens, c’est qu’il faut saisir la référence et le jeu de mot. Il dit que (=”Je”) vient en premier comme pour son portable, en référence aux Iphones. En effet, chez Apple, la lettre I vient en premier pour tous leurs portables. Le jeu de mot ne s’arrête pas là. En anglais, “my cell-phone” se prononce comme “myself own”. “Myself” veut dire “moi-même” et “own” marque la possession à soi-même. Il dit donc qu’il vient en premier, dans le sens où il se place lui-même en priorité, en mettant en priorité ce qui lui appartient (“myself” et “own”). Le but du rap est donc d’être soi-même, d’être authentique. Leçon 3 : rappeler le but premier du rap.

 

N° 2 – Bonfire

“My dick is like an accent mark, it’s all about the over E’s”

Cette ligne est intéressante car elle s’appuie sur un “triple-entendre” (une expression avec 3 sens différents) avec un jeu de mots sur le texte et un autre à l’oral.  Le sens brut de la phrase est : “Ma bite est comme un accent, tout ce qu’elle veut c’est être au-dessus des E”. Mais en argot, E est un terme qui veut dire “femme”. Le deuxième sens du texte est donc : “Ma bite est comme un accent, tout ce qu’elle veut c’est être au-dessus des femmes”, ce qui constitue le premier jeu de mot sur le texte. Pour rajouter un peu de profondeur à cette punchline, la prononciation de “over E’s” est très proche de celle de “ovaries”, les ovaires en français. Or, si l’organe reproducteur de Childish Gambino est au-dessus des ovaires de sa partenaire, cela veut dire qu’il est en train de la pénétrer, ce qui va de pair avec le deuxième sens de la phrase. Des petits jeux de mots sexuels, ça fait partie de la marque de fabrique de notre cher rappeur. Leçon 2 : pourquoi faire un double-sens quand on est capable d’en faire un triple ?

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N° 1 – That Power

“Uncool, but lyrically I’m a stone-cold killer / So it’s 400 blows to these Truffaut niggas / Now that’s the line of the century / Niggas missed it, too busy, they lyin’ about penitentiary”

L’une des punchlines préférées de l’artiste lui-même. Si on devait donner une traduction de la phrase, ça se rapprocherait de quelque chose comme : “Je ne suis pas un mec frais, mais lyriquement je suis un tueur de sang-froid / Donc je vais mettre 400 coups à ces négros Truffaut / Ça c’était la ligne du siècle / Ils l’ont ratée, ils sont trop occupés à mentir en disant qu’ils ont fait de la prison”.

Ce passage est très complexe parce que les phrases se font référence plusieurs fois entre elles. Première chose à comprendre : François Truffaut est un réalisateur français qui a réalisé le film “Quatre cent coups”. Son nom de famille peut être décomposé en 2 parties : si on le prononce, il contient le terme anglais qui veut dire vrai (“true”) et le terme français “faux”. Truffaut est donc utilisé ici pour dire hypocrite, mais pour le comprendre il faut passer la moitié de l’anglais vers le français (en suivant la logique du titre de son film, traduit du français vers l’anglais). Cette hypocrisie fait référence à la dernière phrase : les rappeurs qui mentent en disant qu’ils ont fait du temps en prison. Or, le film “Quatre cent coups” cité dans la ligne, réalisé par Truffaut, est basé sur l’histoire d’une personne qui est en prison. Les hypocrites, auxquels Childish Gambino fait référence par rapport à la prison, n’ont pas compris cette phrase… parce qu’ils sont trop occupés, justement, à mentir sur leur temps en prison. La puissance de cette punchline est renforcée par sa position dans la chanson. Elle apparaît à la fin d’une interlude instrumentale, en transition avec le début de la vraie instrumentale, avec une pause juste après “Truffaut niggas”, comme pour laisser le temps à l’auditeur de réfléchir. Leçon 1 : Enjoy.