Le 9.3 ne renaît pas, car le 9.3 n'est jamais mort Le 9.3 ne renaît pas, car le 9.3 n'est jamais mort

Dossiers

Le 9.3 ne renaît pas, car le 9.3 n’est jamais mort

Publié

le

Revendiquer. Clamer son appartenance encore et toujours. De génération en génération, les rappeurs de la Seine-Saint-Denis ont porté haut l’étendard de leur département. Le Suprême NTM, Tandem, et plus récemment Sofiane, ont fait du 9.3. le cœur battant du hip-hop français. Parfois concurrencé par le Val-de-Marne, Paris ou Marseille, le hip-hop de Saint-Denis, d’Aubervilliers, de Bobigny ou de Sevran, vit actuellement un nouvel âge d’or.

Dans les années 1990, le hip-hop de la Seine-Saint-Denis est porté par le Suprême NTM, groupe originaire de la ville de Saint-Denis. Après avoir fait leurs classes au sein de l’indispensable émission Deenastyle sur Radio Nova, Joey Starr et Kool Shen apparaissent sur la première compilation de rap français Rapattitude. Les quatre albums du Suprême NTM sortis entre 1991 et 1998 sont des pièces maitresses de l’histoire du hip-hop tricolore. Au sein de cette riche discographie se trouve l’hymne du département numéro 93 : “Seine-Saint-Denis Style”. Les deux rappeurs clament leur amour pour cette terre particulière située à quelques minutes de Paris.

À travers les membres du Suprême NTM, le 9.3. a pu exister médiatiquement, ses rappeurs sont devenus les porte-paroles de la jeunesse du département. La presse a alors très vite assimilé le rap à la banlieue parisienne, et cette image colle encore aujourd’hui malgré l’émergence d’une scène hip-hop partout en France. Depuis le Suprême NTM, les rappeurs de la Seine-Saint-Denis cultivent cette unicité. Le rap de la Seine-Saint-Denis s’inscrit dans la lignée des morceaux du Suprême : énergique, politique, et hargneux.

La terre de Seine-Saint-Denis est fertile au hip-hop pour de nombreuses raisons sociologiques et culturelles. Dans un premier temps, l’immense succès du Suprême NTM a suscité des vocations, et les mairies du département ont investi dans les équipements hip-hop afin de détourner la jeunesse de la délinquance via le rap. Et puis le quotidien difficile de ses habitants est une source d’inspiration pour les artistes. La parution du morceau “Seine-Saint-Denis Style” date de 1998, une période bénie pour le rap tricolore. Les maisons de disque signent de nombreux artistes estampillés hip-hop. Vingt ans après, Joey Starr et Kool Shen ont toujours la même folle énergie et la scène du 93 s’est rarement aussi bien portée.

Les deux légendes du 9.3. seront présentes sur la compilation “93 Empire” de Sofiane avec le morceau “Sur le drapeau”. Le rappeur du Blanc-Mesnil a fait la première partie du groupe à Bercy les 8, 9 et 10 mars dernier. Fianso a réussi à faire rechausser au Suprême les crampons, au moins le temps d’un titre toujours aussi porte-parole du département. Joey Starr et Kool Shen ne seront pas les seuls historiques présents dans ce projet fou : l’omniprésent et inépuisable Sofiane a également convié Mac Tyer. L’ancien membre de Tandem a posé un couplet sur le morceau “Woah”premier extrait de la compilation. Si le Suprême NTM est l’incarnation de la Seine-Saint-Denis des années 1990, Tandem prend le relai pour la décennie suivante.

93 Hardcore

Quelques années après les derniers albums du Suprême NTM, un autre duo impose le 9.3. comme groupe leader du rap français. Originaire d’Aubervilliers, Tandem devient le porte drapeau du département du nord de Paris. Ils représentent d’ailleurs le 93 dans le morceau “Panam Hall Starz” de Sniper. Présent sur l’unique album du groupe, le morceau “93 Hardcore” devient le nouvel hymne du département, avec pour slogan : “J’baiserai la France jusqu’à c’qu’elle m’aime”. Le morceau dépasse largement les frontières du département, et l’hymne départemental devient national. Les émeutes de 2005 ont débuté dans la ville de Clichy-sous-Bois à la suite de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré. L’album de Tandem, sorti quelques mois plus tôt, prend encore plus d’ampleur dans cette période trouble. Le rappeur Mac Tyer, ancien membre de Tandem, est toujours actif dans le rap. Il a passé le flambeau au jeune Rémy également originaire d’Aubervilliers. Ce dernier accorde également une place primordiale à sa ville au sein de ses textes.

Généalogie départementale

L’arbre généalogique des rappeurs de la Seine-Saint-Denis a de nombreuses ramifications partout dans le département. La ville d’Epinay-sur-Seine, par exemple, a vu éclore l’un des artistes les plus talentueux des années 1990 en la personne de Busta Flex. Le roi de l’improvisation proclame fièrement dans ses morceaux le nom de sa ville ainsi que celui de sa cité. Dans les années 1990, les compilations de rap sont très fréquentes. Elles réunissent des artistes en devenir et plus confirmés. Parmi les grandes compilations, Hostile, sortie en 1996, accueille également un rappeur d’Epinay-sur-Seine : Polo, avec son morceau “Panne Sèche”.

Une autre légende du hip-hop français a également marqué l’histoire de la Seine-Saint-Denis : Alpha 5.20. Le guide du label Ghetto Fabulous Gang vient également d’Epinay-sur-Seine. Artiste indépendant assumé, il a fortement concurrencé les revendeurs traditionnels de disques avec son mythique stand des Puces de Clignancourt. Aujourd’hui, le hip-hop d’Epinay-sur-Seine est fièrement représenté par Hornet la Frappe.

Il est aujourd’hui quasi-impossible de réaliser une liste complète des artistes hip-hop originaires du 93. Si des rappeurs ont fait de cette provenance une marque de fabrique, d’autres sont restés plus discrets comme Menelik, originaire de Bobigny. L’auteur du titre “Bye Bye” a d’ailleurs rencontré MC Solaar sur les bancs de l’université Paris VIII, située à Saint-Denis. La ville de La Courneuve a vu éclore le grand Alibi Montana et peut se vanter que Dinos soit également de chez elle. En 2014, Kaaris avait convié Escobar Macson, Despo Rutti, Joeystarr, Mac Tyer, Shone et Nakk dans son clip “80 Zetrei”. Le rappeur a redonné du souffle au rap du 93, voire à tout le rap francophone, avec la sortie de son premier album “Or Noir” en 2013. Ses trois autres albums ont tous été certifiés au minimum disque d’or. Originaire de Sevran, il maintient la tradition de la revendication de l’appartenance géographique comme ses glorieux et fiers aînés.

93 Empire

Après avoir invité la crème des artistes du 9.3. dans le clip du sixième épisode de sa série #Jesuispasséchezchezso, Sofiane réédite la réunion familiale dans le morceau “Woah”. Au casting de ce blockbuster hollywoodien : Heuss L’enfoiré, Sadek, Soolking, Mac Tyer, Kalash Criminel et Vald. Ces sept artistes confirmés ou en devenir ne représentent qu’une partie de ce que peut produire la Seine-Saint-Denis. Ce morceau annonce la sortie d’une compilation 93 Empire comme dans les grandes heures du rap tricolore. La présence du Suprême NTM sur le projet, annoncée récemment, ajoute du piment à un cocktail déjà très épicé. Dinos, Naak et Kaaris sont également annoncés sur le projet. Cette compilation ne sonne pas la renaissance du rap du 9.3. Il n’est jamais mort.