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Gambi, qu’on ne lui parle pas de rap

@misterfifou

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Avec son premier album La vie est belle, Gambi livre une fresque colorée aux influences rap et pop bien digérées, qui composent un genre hybride que seuls les balancements de tête parviennent à définir. 

«J’t’envoie un son pop, ne m’parle pas d’ton rap», avoue Gambi dans “J’deviens fou”. Et on pourrait s’arrêter là. Depuis la sortie de La vie est belle, Gambi souffre du rattachement à un rap auquel il n’a jamais prétendu appartenir. Accusé de diluer flow et rimes dans une soupe radiophonique qui lui a déjà porté deux singles de diamant, le jeune artiste personnifie tout ce que le rap déteste : un phénomène imperceptible qui, en une petite année de carrière, a déjoué tous les rouages du milieu. Pourtant, sa musique humble et sincère, reflet de sa personnalité, a beaucoup à apprendre à un rap qui cherche inexorablement à s’imposer des barrières, affranchies depuis longtemps.

La vie est belle est une profonde balade au milieu de l’univers de Gambi, beaucoup plus vaste et complexe que prévue. En vagabondant à travers ces quinze morceaux, on découvre la personnalité de l’artiste derrière son communicatif sourire figé sur le visage. À chaque trait de caractère, sa tangente musicale. La folie, puisée dans l’ambiance enfantine de “J’deviens fou” ; la réussite, qui reprend des allures funk sur “Merci la Hess” ; la routine, plongée dans l’ambiance club de “Ouh” ou encore la mélancolie, saupoudrée d’une légère guitare électrique sur l’introduction “Vivre”. Ces variations de genre témoignent d’un artiste à l’univers éparpillé, mais non moins curieux. La vie est belle prend la forme d’une sortie en voiture nocturne, où l’esprit, accompagné d’une playlist fourre-tout, est traversé par des pensées étourdies. Une image qu’illustre très bien l’artwork de l’album réalisée par Fifou, avec ce ciel crépusculaire.

Gambi et son audacieuse première expérience

Et sur cette spacieuse autoroute, Gambi n’a pas perdu le chemin. Malgré ses multiples tentatives artistiques, il parvient à peindre un monde cohérent, autour de sa voix singulière et de ses choix de productions. Il est passé outre le crash-test de l’album tâtonnant, où l’audace de ses expériences aurait pu éclater dans son laboratoire. Parmi les quinze morceaux, on compte très peu de déchets. Des titres moins marquants certes, affichant parfois quelques similitudes, mais on évite un capharnaüm désordonné avec des influences qui s’empilent sans homogénéité. L’absence de collaboration laisse également Gambi libre pour façonner son monde : un choix courageux, qui marque la volonté du jeune artiste de s’imposer au-delà du single, du stream. Même si un invité aurait pu donner plus de cachet à la tracklist.

Toutefois, sans aucun jugement rapoligistique, La vie est belle est un bon album. Et c’est certainement parce qu’il est convaincu d’avoir aucun compte à rendre au rap, que l’audace de Gambi lui réussit. Il ne s’est jamais prétendu rappeur et ne le fera certainement jamais. Juste, il manipule le style à son effigie et en tire profit avec dextérité. Sa facilité naturelle pour les toplines lui pardonne sans aucun problème ses flows redondants et ses paroles frôlant la niaiserie par instant. Mais à l’issue de l’opus, le souriant jeune homme au volant de son kart dans “Hé Oh” a cédé sa place à un artiste polyvalent, maître d’une musique aux influences multiples. La tête sur les épaules, bien entouré par ses producteurs et l’équipe de REC 118, Gambi est le symbole définitif de l’obsolescence du terme “rap”, au profit d’une musique généralisée. Et avec cette conclusion, le jugement est bien moins douloureux.

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