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Music To Be Murdered By : la rédemption d’Eminem

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La onzième oeuvre de Marshall Mathers, dévoilée par surprise, a globalement donné satisfaction. Une renaissance pour le rappeur, qui a multiplié les déceptions ces dernières années.

Ce sera désormais une habitude : Eminem prévoit de ne plus faire de promotion. Ainsi, quand il sort son nouvel album Music to be murdered By, c’est la grande surprise. Personne ne s’y attend, à l’instar de Kamikaze, publié un an et demi plus tôt. Evidemment, les attentes sont toujours fortes lorsque Shady publie un projet. Après le très décevant Revival peu avaient espoir d’entendre un bon album de la part du rappeur de Détroit. Des espoirs cependant ravivés avec Kamikaze, où Eminem a proposé plusieurs fulgurances intéressantes.

Aussi, l’artiste s’est à nouveau retrouvé sous une certaine pression de la part du public, qui espérait toujours un album convaincant. Au vu des rumeurs qui couraient depuis des mois, il est évident que cette attente était justifiée. On annonçait en effet le retour du grand Dr. Dre à la manœuvre. Des rumeurs confirmées le 17 janvier, lorsqu’Eminem sort son album, un bon album.

Un sens artistique retrouvé

Ce qui frappe assez rapidement à la première écoute de Music To Be Murdered, c’est la direction artistique surprenante, cohérente, et les prises de risques réussies. Eminem s’est ainsi lancé dans un disque de 20 titres, avec trois interludes. La base du projet repose sur Alfred Hitchcock Presents Music to Be Murdered By, un album de Jeff Alexander sorti en 1958. Ce projet conceptuel reposait sur des dialogues de Alfred Hitchcock, dans lesquels il s’allouait à de l’humour macabre sur des meurtres et autres atrocités. Des thèmes récurrents dans les musiques du Rap God.

C’est sur ce socle que le nouvel album du rappeur s’est calé. Mais là où cet opus se distingue de ses deux prédécesseurs, c’est dans sa qualité globale et sa logique. La ligne directrice est tenue de bout en bout. Un véritable contraste de Revival, qui était dépassé, incohérent, lassant. Kamikaze quant à lui avait aussi ses limites dans la durée avec très peu de Replay Value. Si le projet possédait des fulgurances impressionnantes, il s’essoufflait rapidement et avait plus des allures de mixtape que d’album.

L’autre aspect très plaisant de Music To Be Murdered By, est la forte présence de rappeurs. Pour une raison assez inexplicable, Eminem semblait s’interdire d’inviter des rappeurs depuis Recovery, à quelques exceptions. Les rares invitations étaient réservées aux chanteurs. Dans la continuité de Kamikaze, Em semble assumer le fait qu’il veut être un rappeur plus qu’une Pop Star. On retrouve ainsi au casting des Q-Tip, Black Thought, Royce da 5’9″, Joell Ortiz, Crooked I. Des noms réputés dans la sphère rap mais pas forcément du grand public. La présence de la jeune génération avec Young M.A, avec le regretté Juice WRLD ou encore Don Toliver apporte également un vent de fraîcheur et de modernité.

L’un des plus grands efforts a cependant été fait au niveau de la technique et des mélodies. Eminem a pris des risques, et c’est un succès. On se demande ainsi si “In Too Deep” ou encore “Farewell” sont l’oeuvre du rappeur de Détroit. Les refrains y sont mélodieux, doux et totalement maîtrisés. Côté technique, on retrouve un rappeur affamé et rajeunit de 15 ans. Shady découpe les instrus et réalise plus de 30 flows différents sur l’ensemble du disque. Evidemment, l’artiste banalise l’exceptionnel et ces performances ne sont pas forcément relevées. Mais peu de rappeurs au monde sont capable d’une telle aisance. Un panel technique tranchant (“Unaccomodating”, “Premonition” “Yah Yah”), au service d’un sens artistique renoué, et on éprouve du plaisir à écouter cet opus.

Mais Marshall n’a pas sorti un album juste pour sortir un album. Il a tenu à marquer le coup avec le single “Darkness”, un titre puissant dans lequel le rappeur s’engage contre le port des armes à feu en évoquant les tueries de masse. Les affreux événements de Manchester et de Las Vegas sont ainsi évoqués. Eminem aborde également l’alcoolisme, la drogue, le manque de reconnaissance et l’isolement, qui peuvent être aux origines de ces tueries. A la fin de son clip, le rappeur clame un message très explicit : «Quand cela va-t-il s’arrêter ? Quand suffisamment de personnes s’en préoccuperont. Faites entendre votre voix et aidez à changer la législation sur les armes à feu aux États-Unis.» Une manière pour Eminem de poursuivre sa croisade contre Donald Trump.

Une équipe 5 étoiles dévouée au projet

Pour réussir au mieux son retour, l’intelligence d’Eminem a été de s’entourer, de bien s’entourer. Le casting de Music To Be Murdered By est plus ou moins celui de Relapse. Dawaun Parker, Luis Resto, Trevor Lawrence Jr et bien sûr Dr. Dre. On retrouve aussi la crème des beatmakers : Dem Jointz, D.A Doman, Ricky Racks. Et pour notre plus grand bonheur, on retrouve pour la première fois The Alchemist sur un disque solo d’Eminem.

Ce choix de casting résulte d’une variété d’ambiances, un mixage millimétré, des influences hétérogènes et une dose de nostalgie. Le feat avec Ed Sheeran “Those Kinda Nights” nous ramène au milieu des années 2000, aux sons délirants qu’étaient “Ass Like That” ou “Shake That”. “Never Love Again” nous ramène dans les années 90, avant un switch surpuissant qui nous met KO. De manière générale, les productions sont de très bonne qualité, surtout lorsque Dr. Dre est aux machines. L’exemple le plus parlant est “Lock It Up”, feat Anderson Paak. Les énormes drums et le parfait mixage transcendent toujours autant.

Enfin un album concluant

Après tant de tentatives, Eminem a enfin réussi à convaincre. Quelques défauts persistent, on peut noter des longueurs, cette fâcheuse habitude à vouloir trop en faire “Godzilla”, ou le fait de servir une recette maintes fois exploitée “Leaving Heaven”. Toutefois, la globalité se veut plaisante et l’exécution maîtrisée. L’équipe de producteurs n’y est certainement pas étrangère. Dorénavant, avec cette prise de conscience et cette mise à la page, les espoirs sont à nouveau permis. L’artiste semble enfin avoir compris qu’il fallait se remettre en question, cesser de vouloir être le meilleur rappeur mais sortir de la meilleure musique. À 47 ans et après avoir enchaîné les déceptions, Eminem a montré qu’il pouvait toujours sortir un bon album. Pas un chef d’oeuvre, mais un bon album. Et c’est tout simplement là qu’on l’attend, lui qui n’a plus rien à prouver et qui a déjà laissé sa trace dans l’histoire de la musique.

2 Comments

2 Comments

  1. Zeugma

    23 janvier 2020 at 17 h 22 min

    Je trouve très étrange que vous souligniez autant la cohérence supposée de l’album, qui me semble au contraire être un joyeux bordel, et une preuve de plus que décidément, Eminem ne sait pas ce qu’il veut faire artistiquement.
    A quelle ligne artistique se tient-il ? Il tacle la nouvelle génération en invitant Young MA et Juice WRLD, se moque des flows modernes tout en les pastichant sur plus de la moitié de l’album (!), passe de la trap sombre à l’horrible skylar grey, une daube reggae par-ci (farewell), un gâchis d’Anderson Paak par-là (je suis d’ailleurs surpris que vous parliez du mixage de Lock It Up en bien ! Paak est très bien mixé, mais la voix d’Eminem est particulièrement étrangement mixée sur ce son)… L’album est intéressant, mais il est tout sauf cohérent…

    • Zeugma

      23 janvier 2020 at 17 h 24 min

      J’ajoute que Kamikaze était justement bien plus dense et cohérent ! C’est plutôt MTBMB qui a des allures de mixtape, avec sa tracklist à rallonge et son manque de vision globale…

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