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Culture

On vous présente le collectif Exit Void, ou la relève du cinéma suisse

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Exit Void

À travers leurs clips, Exit Void revisitent le septième art à leur sauce. Rencontre avec ce collectif de cinéastes indépendants.

Alors qu’ils viennent tous d’horizons différents, ces jeunes cinéastes suisses se sont unis en 2015 pour revisiter le septième art à leur manière ; unique et familiale. Nait alors Exit Void. Leur nom, pour certains inspiré de l’œuvre Enter the Void de Gaspar Noé, a pour d’autres une signification plus profonde. « On a chacun notre propre définition », explique Emral Kadriov, l’un des frères cofondateurs. Alors qu’il se traduit par la “sortie du vide”, Exit Void est selon eux un échappatoire, une issue de secours d’un trou noir et béant. « Pour moi, c’est vraiment une ouverture pour sortir du néant », dit Birdjan Kadriov, le grand frère. Quelque chose qui leur permet de « s’évader d’une routine incessante, ou d’un quotidien peut-être trop ennuyeux », voilà ce que représente Exit Void pour Alison, membre du collectif.

Pour d’autres encore, et pour Emral Kadriov, c’est de se dire qu’« à partir de rien, on peut créer quelque chose », dit-il. Selon lui, il faut faire avec ce qu’on a à disposition. « Des fois t’as un petit peu, parfois t’as plus, mais ce qui compte, c’est cette capacité à matérialiser à partir de rien », poursuit-il. L’art, tout simplement, « ça permet pendant quelques secondes de sortir de cet ennui que tu peux ressentir dans ta vie », finit-il. Finalement, tous ressentent la même chose, mais à des échelles différentes. Le principe reste cependant le même : la pratique, l’art, le hobby vu comme un échappatoire.

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Des débuts compliqués

D’abord amis, et aujourd’hui collègues, le collectif s’amusait au départ à faire des sketchs et autres contenus divertissants après les cours. « On s’est rendu compte qu’on kiffait tous ça à fond. On s’est projeté là-dedans. C’était différent. Là, on écrivait, on tournait, on faisait des courts-métrages », dit le cadet Kadriov. Exit Void fait alors ses vrais débuts dans le monde de l’audiovisuel avec son premier court-métrage, Après sa mort, sorti en 2015. C’est à l’occasion du Schweizer Jugendfilmtage, un festival de cinéma pour la jeunesse à Zurich, qu’ils participent à un premier concours.

« Ça nous a imposé un objectif à avoir. On s’est dit « on va essayer, et voir ce que ça donne » », dit Birdjan. Malheureusement pour eux, ça n’a pas été concluant du premier coup. « On avait des paillettes aux yeux. L’essence même du truc, au tout début, c’était des gamins qui se sont dit ‘viens on va faire un film’. Au final on n’a pas du tout gagné. On a même perdu », rient-ils. « C’était un peu nul ce qu’on avait fait (rires) ». Alors qu’il subit sa première défaite, le collectif n’a pas abandonné pour autant. « Au lieu de se dire bon c’est foutu, on a retenté l’année d’après », se souvient l’aîné.

Des efforts enfin récompensés

De retour avec un projet plus réfléchi, et mature, Exit Void présentent cette fois-ci SOLACE. « On l’aime toujours autant », avoue Birdjan. Ce court-métrage, c’est le récit d’un homme qui a des hallucinations. D’un homme qui croit voire son frigo lui parler. Fait en huisclos, ce film sera la revanche du groupe de jeunes cinéastes. Cette fois-ci, ils n’ont pas juste été sélectionnés, mais ils ont gagné le prix du festival. « On est revenus comme des vainqueurs », se souviennent-ils.

D’un coup, tout est devenu sérieux pour la bande de copains qui au départ, ne se prenait pas du tout au sérieux. Tous ont réalisé que travailler en groupe était possible. Malgré l’aspect professionnel qui est né, Exit Void est et restera un cercle d’amis « pas très pro, et qui s’amuse » avant tout. Pour eux, c’était primordial de ne pas transformer leur passion en un travail morbide et contraignant.

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« On s’est tous lancé dans le vide »

Alors qu’ils persistent pour certains dans les études, pour d’autres dans des petits boulots, leur passion continue de grandir. Une passion qui, au fur et à mesure du temps, donne naissance à des projets de plus en plus grands. Un jour, ils ont réalisé que le travail les ralentissait dans l’avancée de leurs projets. « Notre ambition était limitée par nos occupations », disent-ils. Birdjan a alors quitté son travail, Alison a abandonné ses projets d’études, et les autres également. « On s’est tous lancé dans le vide », se souvient-elle.

En janvier 2020, le collectif autodidacte décide alors de se lancer dans le business. De s’y consacrer. C’est le tournant d’Exit Void. « Si on était chacun dans notre coin, on n’aurait pas pu faire tout ça. C’est ensemble qu’on fait des exploits », sourit Alison. Alors qu’ils consacrent désormais leur vie à leur passion, Exit Void rencontrent une nouvelle opportunité : les clips.

« On s’est lancé là-dedans par hasard, sans trop faire exprès », explique Birdjan. À l’époque, Makala avait un projet : le Radio Suicide Show. « Il nous appelle pour produire l’émission sur deux épisodes sur Youtube, on accepte. On s’entend bien, donc on noue un lien. Puis on se lance sur quelques clips avec lui, et on enchaîne », raconte Birdjan. Ils ont alors l’occasion de réaliser des clips musicaux à plusieurs reprises, avec d’autres artistes comme Slimka ou encore Vladimir Cauchemar. Et depuis, ils en font leur principale occupation.

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« L’amour des films bien faits »

« Dès qu’on finissait un projet, le lendemain un nouvel artiste nous appelait », explique Emral. « L’atout des clips, c’est que ce sont des mini courts-métrages », dit l’aîné. « À chaque fois, on essaye de rapporter un peu de scénarisation. Justement pour rendre le truc intéressant. Et ce qui est bien avec les clips, c’est que ça nous permet d’expérimenter. Tu as le droit de faire ce que tu veux, notamment en terme de mouvement de caméra, et de narration. »

Cette jeune équipe a grandi ensemble, et s’est bâti une culture cinématographique commune. « Vers 16-17 ans, on regardait tous les mêmes films, on a découvert le cinéma coréen ensemble, on est tombé amoureux du cinéma ensemble en fait », explique l’un des frères Kadriov. Et à travers leurs réalisations, Exit Void ne manquent pas d’inspiration. Dans le clip Rainbow de Slimka notamment, la scène du combat du début est inspirée du film Old Boy de Chan-Wook Park. Un film sud-coréen brillant sorti en 2003.

En grandissant, chacun s’est trouvé un genre de prédilection dans le large panel qu’est l’audiovisuel. « On a tous des inspirations différentes maintenant », dit Emral. Pour Sébastien, c’est le cinéma américain qui prime. Pour les deux frères, c’est le cinéma asiatique. Pour Alison, « les films ça me parle pas plus que ça. Moi je suis plus touchée par les documentaires et les reportages. Les choses réelles », explique-t-elle. Cependant, elle associe ce qu’elle voit au film, et s’inspire des reportages qu’elle regarde pour les clips. Selon elle, cela reste toujours une fusion de plein d’idées, divergentes et unies à la fois. « En fait, c’est juste l’amour des films bien faits », soulignent les deux frères Kadriov.

Exit Void - Old Boy - Slimka

Un mélange culturel

En fait c’est un mélange culturel, mais sur tous les plans. « Je crois qu’il y a même pas un Suisse à 100% chez nous ». Parmi les membres du collectif, Alessandro est d’origine sicilienne, les deux frères Kadriov sont originaires de l’Europe de l’Est, Alison de la Jamaïque, et Sébastien est costaricain. « On vient d’univers assez différents, et on s’est tous rencontrés à un moment de notre vie où on se construisait », se souvient Birdjan.

Venant d’horizons culturels opposés, tous se sont alliés dans une alchimie créative. Et c’est à partir de leurs divergences qu’ils ont bâti un univers aussi riche. « Dans nos clips, on retrouve toujours les mêmes couleurs », constate Alison. « C’est notre patte artistique, c’est notre retranscription de nos inspirations au quotidien », explique-t-elle. Pour le clip Headshot de Slimka notamment, l’équipe d’Exit Void n’avait que deux contraintes imposées par l’artiste. Ces contraintes, ce sont deux mots : afro et samouraï. À partir de ces deux mots, voici ce qu’ils ont réussi à créer :

Le rêve d’être un jour sur les grands écrans

Dans le monde de l’audiovisuel, et particulièrement dans celui des clips, « le plus important c’est d’innover, mais c’est aussi le plus dur ». Alors que le rap est en pleine expansion, Exit Void, eux, découvrent tous les jours une nouvelle facette de leur métier. « C’est un apprentissage quotidien », dit Emral. Malgré tout, leur rêve de travailler dans le cinéma n’a pas disparu, et ils ne souhaitent pas rester enfermés dans un seul registre. « On est loin d’avoir oublié, mais en ce moment on n’a pas le temps », poursuit-il. « Un jour, on reviendra avec un court-métrage », dit Birdjan.

« La réalité, c’est qu’un court métrage, ça ne te fait pas gagner de l’argent, ça te fait plus en perdre », constatent-ils. « Ça demande beaucoup de temps, chose qui se fait rare en ce moment (rires). Mais notre rêve est toujours là. Et on ne l’abandonne pas. Tu nous demandais où on se voyait dans dix ans, la réponse est sur les grands écrans ». Aujourd’hui dans les clips, et un jour dans le cinéma, ce collectif n’a pas qu’un seul rêve. Pour Alison, le mannequinat est l’un de ses autres objectifs. Pour Alessandro, devenir acteur. Morale de l’histoire : il vaut mieux avoir plusieurs rêves, qu’un seul.

« La clé, c’est la volonté et la persévérance »

Et pour ceux qui hésitent encore à réaliser leurs rêves, voici un message de l’ensemble d’Exit Void : « Si on devait donner un conseil à quelqu’un qui doute, qui a peur de se lancer dans un nouveau projet, et qui n’a pas confiance en lui… Essaie. Tu rateras peut-être au début, mais relève toi et persévère. Rien ne t’empêche d’y arriver. Tu n’as rien à perdre. Pour la vidéo, si t’as une caméra, c’est bon. Si tu as moins que les autres, redouble d’efforts. Entoure toi des bonnes personnes qui te pousseront au bout, qui te soutiendront, qui t’aimeront. Une fois bien entouré, tout est possible. La clé, c’est la volonté et la persévérance. Et à la fin, tu seras fier de toi. Chaque effort sera récompensé. » Un beau message qui donne envie d’aller de l’avant.

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