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Que retenir du combat de Dinos sur “Stamina,” ?

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Dinos a sorti il y a quelques mois son troisième album : Stamina, avec un succès commercial inédit. Pour autant, que retenir de l’album ?

C’est l’histoire de Jules. Un jeune boxeur de La Courneuve. Passionné par ce sport depuis tout petit, Jules a réussi, après des années de travail, à marcher dans les pas de ses idoles. Après des séances d’entraînement dans l’ombre à perfectionner sa technique, sa gestuelle, son endurance ; à scruter le travail des professionnels et s’en inspirer à sa manière, Jules est enfin parvenu à mener des affrontements dignes de ce nom. Le 27 novembre dernier, il a achevé son troisième combat. Une troisième victoire, et peut-être même la plus belle.

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Une préparation d’avant-match assumée

Jules est l’un des boxeurs les plus talentueux de sa génération. C’est un bon élève. Il connaît ses enchaînements par cœur, a eu le temps de perfectionner son style de sorte que chaque combat qu’il livre soit une œuvre artistique. Seulement voilà, l’art n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur, même lorsque les spécialistes vous reconnaissent comme l’un des plus forts. Jules, c’est ce mec que tout le monde aime bien mais qui n’attire pas grand-monde. Si ses deux premières performances furent artistiquement brillantes, les gradins peinèrent à se remplir.

Le succès d’estime ne lui suffit plus. Alors pour son nouveau combat, il s’en convainc : les lumières devront être braquées sur lui. Son premier combat, c’était celui de la fougue, de la foi. Son deuxième, celui de la maturité, de l’introspection. Ce troisième, c’est celui de l’endurance : Stamina,. Il fallait toutefois modifier quelques détails : certes, de nombreux passionnés étaient éblouis devant la finesse technique de ses coups. Une trop fine frange, toutefois. Alors, Jules s’est fixé comme ligne directrice de revenir à une approche plus simple du sport de combat. Des coups efficaces, bien placés. Peut-être plus accessibles.

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© Fifou

Un match maîtrisé à la perfection

Dès le début du premier round, on comprend que Jules est là pour en découdre. Pour préparer ce match, il a décidé de faire appel à des coachs supplémentaires. Il a élargi son cercle jusqu’ici assez fermé et s’est mélangé avec les autres poids lourds du championnat. Le combat ayant à peine commencé, Jules annonce la couleur : il se sert des sessions d’entraînement réalisées avec Ken, l’un des meilleurs boxeurs français avec qui il n’avait pas collaboré depuis longtemps, pour frapper fort. Deux crochets au corps, uppercut avant dans la mâchoire. D’entrée, son adversaire est sonné. Puissant.

Jules continue son marathon avec un cardio impressionnant. Il va à l’essentiel, sans chercher à trop se prendre la tête techniquement pour se rapprocher de l’efficacité dans sa tactique. Il attire l’œil de nombreux nouveaux spectateurs par la facilité avec laquelle il a réussi à s’ouvrir. En plus de Ken, il est rentré en contact avec plusieurs sportifs de son département, notamment le jeune DA qui donne le rythme par son authenticité et son vécu dans ses coups. Le sparring partner avec le jeune Zikxo du 93 quelques mois plus tôt donne du peps et un second souffle à sa performance.

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Jules termine le combat sur une masterclass : un enchaînement où il rend hommage à son club formateur. Changements de garde, esquive, variation des zones de frappe : il répète ses gammes et laisse tout le stade en admiration. 93 secondes de démonstration où il ne laisse pas respirer son adversaire, et finit par un coup dans le foie dont il ne se relèvera pas. Tout le public reste bouche bée. Le 4e round n’a pas le temps de se terminer que Jules a déjà mis son adversaire K.O. Victoire incontestable, les supporters applaudissent. Fin du combat, Jules sourit à peine. Déterminé, il regarde son coach Oumar et soulève sa ceinture d’or. C’est fait. Jules est sorti de la case “boxeurs de niche” et fait désormais bel et bien parti des poids lourds du championnat.

Un après-match qui divise

Sur le moment, le verdict est sans appel : un très gros match de la part de Jules. Certainement parmi les plus belles performances de l’année. Il a réussi à se rapprocher d’un nouveau public et à être reconnu pour le sportif brillant qu’il est. Cependant, en prenant un peu de recul sur sa carrière, où classera-t-on ce combat ? Aura-t-on autant de plaisir à le regarder dans trois ans que son premier match aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr. Il a en effet prouvé (encore) qu’il était artistiquement différent des autres. En revanche, sa volonté de simplifier sa technique pour proposer quelque chose de plus accessible a rendu par instant son art moins singulier. On a pu retrouver des enchaînements et des techniques de frappes déjà usées par d’autres sportifs.

Il faut évidemment garder de la mesure quant à Jules ; l’exigence artistique que l’on peut avoir à son égard réside essentiellement sur le fait qu’il est l’un des plus impressionnants de sa génération. Mais avec un peu de hauteur, cette troisième performance est plus réservée. C’est le match qui divise le plus, et laisse un goût en demi-teinte chez certains, tant il a alterné entre le génie et l’efficacité. C’est dans ce créneau que Jules arrive le moins à se distinguer de ce qui se fait aujourd’hui. Et c’est malheureusement cet écart qui déséquilibre la performance.

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Dinos. © Fifou

La fin d’une métaphore

Bon, revenons-en à la musique : le boxeur, c’est Dinos ; le combat, c’est l’album. Mais son adversaire alors, qui est-ce ? L’industrie, certainement. Cette industrie que Dinos crie haut et fort vouloir braquer depuis quelques années. Deux disques d’or (en deux mois) plus tard, on peut le dire : il est en train d’y parvenir. Quel succès et quelle fierté de voir cet amoureux du rap se glisser sur la première place du top streaming. Et ce, malgré une direction artistique peut-être plus ouverte que sur ses deux premiers opus. La créativité et l’identité de Dinos sont moins palpables et plus éparpillées. Il y a d’évidentes belles surprises : le morceau avec Zikxo et Zefor est phénoménal, la reprise de Nuttea sur “Demain n’existe plus” est magnifique. Mais il y a aussi une quantité d’invités dispensable, et deux morceaux drill qui ne collent pas vraiment avec l’atmosphère du projet.

Autant le parti pris sur “Césaire”, c’est-à-dire insérer une rythmique drill dans une prod reliée à l’univers Dinos, est intéressant, autant, celui sur “Corbillard” est assez incompréhensible. Alors, est-ce, à l’instar de “Wouuh” sur Taciturne, une parodie ? Peut-être, car sinon, c’est simplement une reprise plus fade d’un genre du moment comme l’ont fait vulgairement de nombreux artistes français en 2020. D’ailleurs, lui-même, sur l’inédit “Sacoche”, avait réussi à digérer correctement le mouvement. Exit les chansons d’amour mélancoliques (“Helsinki”, “Arob@se”), moins d’introspection dans ses textes. Les morceaux les plus marquants sont certainement ceux qui se rapprochent le plus de l’énergie de Taciturne (“93 mesures”, “Demain n’existe plus”, “Maman m’aime”, “Paranoïaque”).

Une question subsiste : désormais, qu’attendre de Dinos ? Maintenant qu’il s’est ouvert et qu’il compte parmi les têtes d’affiches du rap français, comment va-t-il gérer ce nouveau statut ? Et surtout, quel sera son état d’esprit à l’approche de son prochain album ? Va-t-il rester dans cette dynamique peut-être plus simplifiée et continuer de revenir à des fréquences plus régulières ? Ou va-t-il prendre son temps pour proposer quelque chose de plus affirmé ? Stamina, symbolise la fin d’un cycle. Une trilogie qui voit le bout après Imany et Taciturne. Et si on peut avoir des réserves sur ce troisième volet, il vient tout de même représenter un pic dans sa carrière mérité pour Dinos. La suite sera déterminante pour la nouvelle direction qu’il veut donner à sa discographie.

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