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Il faut qu’on parle du RT de Jean-Marie Le Pen par Freeze Corleone

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Ce mercredi, Freeze Corleone a retweeté une publication de Jean-Marie Le Pen évoquant la peine de mort. Une provocation délicate qui conforte sa promotion délibérément borderline. 

C’est enfoncé dans son univers définitivement complotiste que Freeze Corleone prépare sa Menace fantôme. Ce mercredi, et un jour après avoir vu son album retiré de la Fnac pour des raisons qui restent encore obscures, l’artiste a partagé sur son compte Twitter une publication de Jean-Marie Le Pen, réclamant la peine de mort «pour les assassins violeurs récidivistes.» L’artiste y déploie toutefois une idéologie personnelle, en embrassant avec assurance un goût pour la provocation qu’il sait clivant. Derrière, il emporte dans sa position, liée à une figure d’extrême droite, une communauté qui frôle les 100 000 personnes. Étant donné l’émulation dont il fait l’objet à l’aube de La menace fantôme, y compris sur Interlude, il semblait nécessaire de ne pas exclure l’intégralité des éléments qui composent sa communication.

Déjà, Freeze Corleone ne fait pas la promotion de l’extrême droite : il est simplement dans le relai d’une idée qu’il partage, louée par une personnalité de cette branche politique. Toutefois, le choix de partager Jean-Marie Le Pen n’a rien d’anodin : il caractérise tout ce que le rap combat. Freeze semble promouvoir une manière de se différencier, en osant incorporer sur son profil public une figure aussi divisante, comme pour témoigner de sa capacité à vagabonder entre des thématiques borderline. D’ailleurs, sa carrière se construit tout autour de ça : encore chez Colors il y a quelques semaines, il déposait une rime sur Saddam Hussein, provoquant l’émoi de la toile, excitée de voir l’extrême audace du rappeur entre les quatre murs orange du studio berlinois.

Freeze Corleone : une incompatibilité avec l’industrie ?

Car Freeze Corleone, c’est aussi ça : une technicité absolue, qui en vient à maquiller des punchlines parfois ambiguës. Là, il porte pour le coup une opinion récurrente des rappeurs : la peine de mort pour les pédophiles. Il n’est pas le premier à défendre cette position, dix ans plus tôt, Booba réclamait déjà «la peine de mort pour pointeurs et pédophiles» dans “Boîte vocale”. C’est d’ailleurs l’argument avancé par sa communauté pour justifier son retweet : Freeze Corleone ne retweete pas Jean-Marie Le Pen, mais plutôt une idéologie promue par Jean-Marie Le Pen. Malgré la nuance, le débat reste délicat.

Cette réaction vient enfin contraster avec son approche des derniers jours, dans laquelle il se positionnait comme une victime d’un complot des plate-formes d’écoute/d’achat. Mais le constat est plus complexe : l’exposition grandissante de Freeze Corleone finira irrévocablement par souligner une certaine incompatibilité avec l’industrie musicale classique. Sa musique, et ses positions, sont destinées à un public averti, conscient du contexte dans lequel ses rimes sont entretenues. Freeze Corleone se détache peu à peu de cette bulle underground, mais en conserve ses valeurs originelles. On se retrouve exposé à deux problématiques. La première, c’est ce besoin d’articuler sa promotion autour du complot, qui donne du cachet à un art qu’on essayerait de censurer. La seconde, c’est de continuer à fourmiller dans ces idéologies parfois dérangeantes, qui entreront forcément en contradiction avec sa visibilité et sa force commerciale.

Chaque mois, 577 869 personnes écoutent Freeze Corleone sur Spotify. Une communauté dantesque pour un rappeur qui relayait encore, cet après-midi, une vidéo d’Alpha 5.20 qui affirme qu’«Oussama n’a pas fait tomber les deux tours, on sait qui l’a fait». Le débat qui entoure ce retweet de Jean-Marie Le Pen pourrait se calquer sur d’innombrables punchlines douteuses de l’artiste. Compréhensible, donc, que l’atterrissage de La menace fantôme sur la planète Terre soit semé d’embûches. Surtout si Freeze Corleone sème lui même les embûches.

Dans le reste de l’actualité, PLK : ce qu’on a aimé ou non dans “ENNA”

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