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Interviews

On a parlé dilemmes, Damso et Naruto avec Lous and the Yakuza

© Laura Marie Cieplik

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Après “Dilemmes” et “Tout est gore”, on s’est posés avec Lous and the Yakuza pour découvrir qui se cache derrière ce visage de la scène francophone, prête à crever l’écran.  

Autour d’une tasse de thé, dans les locaux de Sony Music, Lous and The Yakuza paraît bien calme. Pourtant, ce regard cache une artiste hyper-active, vagabondant entre musique, peinture et romance. La jeune femme, prête à sortir son premier album à l’été 2020, affiche un parcours rocambolesque, éparpillé entre plusieurs pays. Ces influences, elle les a incorporée dans une musique fédératrice, un art millimétré, que seul son label parvient encore à contenir. Toujours bien entourée, de Damso à l’ingénieur du son de Young Thug en passant par l’univers de Naruto, Lous and The Yakuza regorge d’histoires passionnantes, qu’elle ne demande qu’à narrer.

Interlude: Tu es la seule artiste francophone à avoir de la musique mixée par Alex Tumay, l’ingénieur du son de Young Thug. Comment s’est passé cette connexion?

«La connexion s’est faite via mon producteur El Guincho. On recherchait des ingénieurs du sons, parce qu’on voulait un “son américain”. J’ai un peu un problème avec le mix français, je trouve les voix vraiment fortes. Et c’est pas seulement les voix : il y a plein d’autres choses dans le mix français, parce que c’est adapté à la langue. On est dans un pays où les lyrics sont très importantes, je pense que c’est pour ça aussi qu’on met les voix en avant, là où aux États-Unis, la voix fait partie du morceau comme un élément mélodique parmi tant d’autres. Ils ont une manière de placer la voix qui est spéciale.

Après, qui n’a pas écouté les albums mixés par Alex Tumay ? Il a à-peu-près tout mixé depuis dix ans… en tout cas, tout ce que j’aime bien. Tout ce qui a du caractère. Dont Young Thug. Et quoi de mieux qu’un anglophone qui mixe des morceaux en anglais qu’il ne comprend déjà pas ? *rires* Et surtout, la façon avec laquelle Alex gère les subs. Sa façon de travailler les basses, that’s all I need in my life.»

(ndlr : Alex Tumay est devenu célèbre pour avoir signé l’enregistrement et le mix de l’intégralité de la carrière Young Thug, plusieurs projet de Travis Scott, plusieurs morceaux pour 21 Savage, Gucci Mane, etc.)

Et la liste des personnalités américaines avec lesquelles tu as déjà travaillées ne s’arrête pas là.

«J’ai participé à des séminaires et donc en l’espace de très peu de jours j’ai travaillé avec des beatmakers qui n’ont rien a voir l’un avec l’autre. J’ai travaillé avec Ronny J (ndlr: a travaillé notamment avec Eminem, Denzel Curry, XXXTENTACION). On a tellement ri, il me fait tellement rire ! Il a perdu mes lunettes, j’avais trop le seum. Il allait en boîte de nuit en me disant “J’ai pas envie d’y aller sans lunettes”, donc je lui ai prêté les miennes. Il avait déjà perdu les siennes un jour avant, j’aurais du m’en douter… Après ça, je lui ai fais vivre la misère le pauvre, mais c’était trop bien de travailler avec lui.

Meno Beats aussi (Lil Tecca, Lil Skies). Lui, je l’aime. Il est adorable, il émane de lui plein de bienveillance, de joie, d’amour. Dès qu’il te parle, tu l’aimes. Il y a aussi Kyu Steed, qui est un producteur français mais qui a vécu à Miami et en Angleterre. Il a produit énormément de trucs c’est vraiment un OG de la production. Il est extraordinaire, c’est une de mes plus belles rencontres musicales de la décennie… Et tout ça, c’était lors du même séminaire !»

Où est-ce que tu as grandi ?

“J’ai grandi entre l’Europe et l’Afrique : au Congo puis en Belgique, puis au Rwanda, puis en Belgique encore. Et maintenant, un peu partout.»

Comment tu as vécu ça ? 

«Ça a commencé sur un désespoir, ça a suivi sur l’enfance, une naïveté, une innocence. J’étais vraiment très naïve, mais en même temps très consciente. C’est un peu bizarre, parce que j’aime bien le rêve et la fantaisie. L’enfance est très présente dans ma vie, et quand j’étais petite, je me rendais compte que ça n’allait pas durer longtemps. Je ne sais pas pourquoi, je me rendais compte que c’était un moment que je devais aimer, et enjoy tant qu’il était là. C’est aussi parce que mes parents me disaient : “N’essaie pas de grandir trop vite !”. Et bien sûr j’essayais… mais tout en profitant !»

© Laura Marie Cieplik

À quel moment tu t’es rendu compte de l’énergie que tu avais ?

«À aucun moment je pense ! Tu sais, je suis née sous l’étoile de “Rien ne peut me faire douter”. Il y a très peu de gens qui me connaissent en tant que personne qui doute, je pense que je les compte sur deux doigts : Krisy et Damso. Ce sont les deux seuls qui me connaissent dans mes moments de doutes. C’est tellement rare, car je n’ai aucun souci à me péter la gueule, aucun souci à rater ! Si t’acceptes l’échec et la défaite comme quelque chose qui fait partie de ton processus, jamais de ta vie tu auras peur !

Quand tu n’as pas peur de rater, tu n’as pas peur de mourir et t’as peur de rien ! Si je crève, je crève. Si je rate, je rate. Dans “Dilemme” je dis “Si je rate je recommence”, c’est aussi simple que ça : tu rates, tu recommences. Tu as mal écris, tu refais ta chanson ; tu as mal dessiné, tu refais tes contours … Et mon aura vient de là je pense, du fait que rien ne me faitdouter, et que je suis pleine d’amour. Je parle de love 50 fois par jour. Je dis à tout le monde que je les aime.»

Et à quel moment t’as compris que tu pouvais maîtriser cette énergie pour l’utiliser dans ta musique, dans tes peintures?

«Quand j’ai rencontré des gens qui m’ont dit qu’ils m’aimaient. Quand je vivais dans la rue, on m’aimait pour rien. Rien du tout, puisque je n’avais rien. Je n’ai rien, donc si tu m’aimes, c’est que tu m’aimes vraiment. Si tu me dis que je chante bien, c’est que je chante vraiment bien, puisque j’ai rien. Puisqu’il n’y a personne d’autre qui m’écoute à part toi. Je pense que c’est ce moment là. J’ai toujours eu ce truc de confiance en soi, d’amour. Mais il y a des gens, des expériences, qui ont renforcé ce sentiment c’est sûr.»

Et donc tu es musicienne, peintre, mannequin… quoi d’autre ?

«Designer, je fais du home design. Et j’ai joué pendant sept ans au football américain !  ça a commencé à cause de Eyeshield 21, c’est un manga. Je suis devenu obsédée par ça et j’ai commencé le football américain. J’ai fais du sprint aussi, tout ce qui est rapide, efficace et intense, j’ai fait. J’écris aussi, des romans, des gros pâtés de 300 pages. Je ne sais pas quelle patience j’avais à l’époque, que je n’ai plus du tout. Aujourd’hui je fais des nouvelles de quinze pages et je suis contente.»

Est-ce que dans tout ça tu pourrais choisir un art que tu préfères plus que les autres ?

«Impossible. Impossible, parce que chaque méthode d’expression correspond à une émotion différente. J’ai besoin de peindre parce que c’est comme ça que je peux transmettre un certain type d’émotion. J’ai besoin de chanter pour cette raison, j’ai besoin d’être auteur pour cette raison, j’ai besoin d’écrire des romans pour developper tout ce qui est fantaisie et tout l’imaginaire que j’ai en tête qui ne correspond pas à la réalité. La musique me permet strictement la réalité. Pour l’instant, j’arrive pas beaucoup à rêver dans la musique. Ma vie, c’est mes textes.

Par contre quand j’écris un roman qui n’a rien à voir : on est dans des batailles entre la Russie et le Japon, avec des mecs infiltrés en espion. J’ai crée des mondes, des maps. Ça, c’est à cause de Naruto. Quand j’étais petite, le tout premier roman que j’ai écrit, j’ai créé tout une map, avec un monde different basé sur des caractéristiques chelou… Donc ouais, chaque forme d’art est un moyen d’expression différent, un canal. L’art c’est juste un canal : tu veux dire quelque chose et tu utilises une forme différente.»

Dans “Dilemme” tu dis, «Ce n’est pas un drame si je ne fais plus la fête». Pourquoi ?

«Parce que je ne sortais plus. Quand tu commences à faire ton album avec une major, ton style de vie change totalement. En fait, avant j’étais dans la street, mon studio était à Molème dans le centre de Bruxelles. Dans une cave. Tout le monde venait tout le temps, donc c’était tout le temps la fête. Mais moi j’étais au studio, j’écrivais mes chansons dans les conditions les plus ghetto de la terre. Tous mes potes derrières, ils fumaient des joints, d’autres écoutaient de la musique, ils criaient et tout. Sauf que moi, j’étais dans mon taff’. Je venais avec vous dans une ambiance festive, sauf que moi je taffais dans votre ambiance festive.

Aujourd’hui, c’est simplement que je ne peux pas vous amener tous avec moi partout où je vais. Ça a été très dramatique au début. “Dilemme” c’est la chanson que j’ai écrite parce que j’ai vécu la première vague de séparation avec mes premiers groupes d’amis. Plus tu évolues dans ta carrière, plus il y a des gens qui tombent. “Dilemme”, c’est ça. Je ressentais ça avant même que le track ne soit sorti, parce que je vivais déjà ça au moment de l’enregistrement. Surtout que mon producteur est international, donc j’enregistrais même pas en Belgique. Il y a beaucoup de voyages et de recherche pour avoir les bons sons. C’était difficile, comme  un drame, que je ne sorte plus, que je ne réponde plus. Il y a beaucoup de gens dans ce studio qui l’ont très très mal vécu. Jusqu’à aujourd’hui, malheureusement.»

Qui est-ce qui fait tes ad-libs sur le son avec toi ? C’est Damso ?

«Non ! C’est principalement OPG, le groupe de Damso. Donc il y a R.EX., Ducke, il y a un autre super groupe qui s’appelle Yellowstraps, Blu Samu, Krisy et Dolfa à la prod. Et dans tout mon album, les ad-libs sont fait par d’autres gens. Que des rappeurs bruxellois, dans tous les sens.»

Je te parlais de Damso parce que je ne connais pas l’histoire de votre connexion malgré le fait que vous semblez très proches.

«Damso m’a contacté pour faire un feat, il y a cinq ans. Horrible. Le feat est horrible, il a jamais vu le jour pour cette raison. On se cherchait. À l’époque, on avait mis nos deux voix sur un track sans chercher d’alchimie, on était un peu jeune. Aujourd’hui, en réécoutant ça on se dit “Mais what the fuck ?!”.

On s’est rencontré comme ça, et depuis c’est mon sang ce type. Je pense que quelque part sur terre, on vient de la même famille. Je l’aime infiniment, c’est quelqu’un qui a beaucoup de talent et qui nique le game comme il l’avait prévu. Pour le coup, lui il a percé fort. La parole à été vraiment créatrice. Je l’ai rencontré il m’a dit “Salut, moi je vais niquer le game”. J’ai fait : “Ok, bah moi aussi, on se revoit au sommet ?”. Et puis voilà. Aucun doute. Le doute n’existait pas dans sa vision, c’était extraordinaire. J’avais rencontré personne avant lui qui était comme ça. Tout le monde doutait toujours en mode : “Bah, je verrais bien”. J’adore cette phrase : “Je fais de la musique mais on verra bien”

© Trisha Ward

Le dernier single c’est “Tout est Gore”. Raconte-moi la construction de ce morceau.

«”Tout est gore”, c’était très marrant. Aucun son dans l’album ne s’est construit comme celui-là. C’est le seul track qui a suivi ce processus là. Je commence toujours par le texte, je fais la topline, puis la composition au piano ou à la guitare. Vu que je veux dire quelque chose, le message est trop important, donc impossible d’aller dans l’autre sens. C’est donc le seul track de mon album où j’ai fais le chemin inverse. Pablo (El Guincho) faisait des boucles, je lui dis : “Tiens fais moi écouter quelques trucs”. Puis, il me fait écouter plusieurs types de boucles qu’il venait de créer, dont la mélodie de “Tout est gore”. J’ai pété un câble : “Waaaaahhhh”. Et j’ai écrit dessus, ce qui ne m’est jamais arrivé.

Quand j’écris, il y a la topline qui arrive directement en même temps que le texte. J’écris en mode *chante* : “Je – le – sens – depuis – un – petit – temps – ouh”. J’ai écrit comme ça tout le son, le même jour. Puis j’ai eu une attaque cardiaque. Ce n’est pas une blague : petit AVC des familles. Je te jure, le son il nous a fait tellement de *** que je pouvais plus respirer et j’ai fais un petit malaise. C’est comme ça que “Tout est gore” est né. Il porte bien son nom.»

Ta portée internationale, est-ce que tu l’expliques ou pas ?

«T’as d’un coté ce truc un peu magique de la musique que tu ne sauras jamais expliquer : “Pourquoi ? Pourquoi toi ?”. On ne saura jamais. Par contre, t’as cette autre partie ou tu te dis : “Bah on a travaillé pour ça”. Moi je n’ai pas travaillé mon album en me disant : “C’est pour les francophones, c’est pour les français, c’est pour les parisiens, c’est pour les bruxellois”. Pas du tout. J’ai travaillé mon album en écoutant toute la journée Cesária Évora, N’Dongo Lo, Ismailo…

Je me prends classiques sur classiques dans la gueule, donc quand je fais un album je me dis : “It Has To Be A Fucking Classic”. Je me dis que si j’écoute de la folk japonaise, Prince des States, Adèle d’Angleterre,  N’Dongo Lo du Sénégal et Ismailo du Mali/Senegal, leur musique elle arrive à moi. Et elle n’est pas du tout dans ma langue, rien à voir, à des années lumières ! Donc, c’est possible. Moi je savais que peu importe ce que je faisaisn c’était possible. Je suis pas en mode : “J’vais aller à l’inter” comme on dit dans le monde corporate. Non. Je fais juste de la musique et il y a des gens qui travaillent très bien pour qu’elle arrive aux bonnes oreilles.»

On a beaucoup parlé d’amour, si tu nous aimes autant pourquoi on a pas plus de musique ?

«*Chante* “Demaaaaandez à mon labeeeeeeeeeeel” *rire*. Non, c’est parce qu’il y a une stratégie. Sinon ce serait de la barbarie. Si on sortait tous des albums, je serais un flop et je serais pas en interview là, tout de suite. Faut “build“, comme on dit dans le langage de l’industrie. Faut “build” une stratégie et s’y tenir.»

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