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L’Or du Commun : «Cet album est vraiment basé sur la dualité»

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L'ODC
© Romain Garcin

Leur album Avant la nuit est sorti ce vendredi. À cette occasion, on a partagé un bon moment avec L’Or du Commun, échangeant autour de différentes thématiques, déterminantes à la création de cet album introspectif.

Avant la nuit est sorti ce vendredi. Les plus rapides ont déjà pu écouter les morceaux dès minuit. Le groupe belge L’or du commun nous a laissés plusieurs clés pour mieux comprendre les thèmes abordés au sein de ce nouvel opus. On a pu discuter positivité mais aussi dualité. À trois mains, ils ont fait de cet album un puzzle géant, accordant parfaitement leurs visions du monde. Une générosité musicale et un esthétisme tranché qui ont fait naître un album introspectif et profond.

Salut les gars. Bon, Sapiens en 2018, là on vous retrouve enfin pour un nouvel album. Impatients ?

Swing : Ouais bien sure !

Loxley : On est devenu impatients en fait. Le Covid a rendu le temps tellement long que le projet aurait pu sortir plus tôt.

Il était prêt depuis un moment ?

Primero : Ouais quand même depuis quelques mois.

Revenons très rapidement sur les débuts de L’Or du Commun, pour ceux qui ne vous connaissent pas, comment vous vous êtes rencontrés et qu’est ce qui a fait que vous vous êtes lancé dans l’aventure? 

Loxley : Il y a un peu deux histoires. Swing et son cousin, Felé Fling qui était le quatrième, se connaissent depuis la naissance, et ils ont commencé à rapper ensemble. Je pense qu’on a tous commencé à rapper à peu près à la même période mais chacun de notre coté. Eux de leur côté avec des influences plutôt américaines à l’ancienne, et Primero et moi, on se connaît depuis qu’on a 6 ans on était plus dans le rap français. Puis on s’est connecté vers 2012 et on a formé le groupe assez naturellement.

© Romain Garcin

Votre nouvel album s’annonce plus profond. Comme si après 2 ans, vous changez de focus pour un album introspectif, avec des morceaux assez tragiques. Dans “Négatif” par exemple, il y a des phrases très fortes: «Le monde entier sous sédatif, j’ai comme un rasoir dans la gorge», ça fait étrangement écho à la crise sanitaire et plus largement aux problématiques d’aujourd’hui. D’ailleurs, Primero y parle aussi d’Écologie.

Primero : Tout ça n’était pas voulu. « Négatif » a était écrit avant la crise sanitaire. Ça raisonne différemment avec cette période mais ce n’était pas dans cette optique là qu’on l’a écrit forcément. Pour l’écologie, je crois que j’étais à fond dans Black Mirror à ce moment-là. C’était le délire du son, aborder le thème négatif avec ce qu’il a de visuel, ce qu’il a en son sens même, c’était une vision assez apocalyptique.

Est-ce que vous essayez de voir plus le positif que le négatif ?

Loxley : C’est ça. «Je vois le monde en négatif» c’est plutôt j’essaie de voir à travers les choses ou au-delà, mais l’écologie c’est une question qui concerne tout le monde. Ce n’est pas pour rien que ça se retrouve dans les textes de Primero, qui est un homme intelligent, très éduqué et très conscient de l’état du monde. (rires)

«C’est un grand puzzle»

Quand on écoute l’album, on a l’impression qu’il ne se rattache plus trop au style Old School qui vous caractérisait avant, là on est plus sur des sonorités modernes. Est-ce qu’aujourd’hui vos inspirations ont changé ?

Swing : Je pense qu’on avait envie de faire un truc frais, ça c’est la première chose. Et puis c’est vrai que comme il y a eu quand même du temps entre celui là et celui d’avant, c’est pas étonnant que finalement la différence soit assez marquée. Il y a aussi le fait qu’on ai choisi de travailler avec d’autres beatmakers alors que les deux albums d’avant c’était tout avec Vax1. Donc on a travaillé avec des gens qui font la musique actuelle aussi, un Seezy, un PH Trigano, c’est des gens qui se retrouvent dans pleins d’albums aussi. Ils ont quand même cette science de l’efficace, on a pu en bénéficier. Au niveau des voix aussi. On s’est quand même bien casser la tête pour tout ce qui est effet de voix, traitement.

À trois mains, c’est pas trop compliqué d’écrire ? Comment ça s’est passé pour cet album ?

Swing : On a fait beaucoup de résidences, on se retrouvait ensemble dans des lieux divers, des maisons avec un beau jardin en été ou ça pouvait être un studio. Y a eu pas mal d’écritures là-bas, beaucoup de discussions…

Loxley : Beaucoup trop (rires)

Swing : Beaucoup d’écoutes de prods et ça a fait l’album. Après y a eu aussi des morceaux écrits chacun de son côté mais souvent y avait une discussion à un moment ou un autre. Y a eu pleins de morceaux entamés qui se sont fini à d’autres moments.

Primero : C’est un grand puzzle. Chacun va mettre une pièce par ci par là à un moment donné. En tout cas c’est rare qu’on écrivent les uns pour les autres.

Ce n’est pas trop difficile de trouver le bon équilibre à 3, écrire ensemble tout en racontant des choses personnelles?

Primero : Si on s’y retrouve tous les 3 dans la thématique chacun y amène sa pièce et le morceau a lieu d’être, si c’est pas le cas le morceau est pas sur le projet. En fonction de ce qui est lancé, y a parfois des pistes qui sont jetés.

Loxley : Dans un couplet tu peux toujours un peu raconter un petit bout de ton histoire. Y a des trompes l’œil parce que parfois, comme tu disais Sapiens on voulait parler des autres, là on s’est dit on va essayer de parler de nous-même et des autres mais plus par le prisme de l’introspection. Au final, c’est pas toujours biographique mais c’est des façons d’exprimer des émotions, un état.

Swing : Tu prends l’exemple de « nuit d’hôtel », c’est un morceau dans lequel on parle de vivre la vie qu’on mène et de maintenir des relations et typiquement c’est très personnel. Chacun va parler de son expérience dans sa partie mais ça rentre dans le thème global du morceau.

Primero : Même dans lequel les gens puissent se reconnaître, parce qu’on parle de vies d’artistes mais y a pleins de gens qui sont toutes la semaine à l’étranger pour du boulot. Dans les phrases qu’on sort ils peuvent se reconnaître.

© Romain Garcin

J’aimerai parler de la naissance du morceau « SABLE » qui est magnifique, on ressent une vrai alchimie avec Lous and The Yakuza, comment cette connexion s’est elle faite?

Swing : On la connaît depuis longtemps. D’abord Loxley je crois.

Loxley : Je la connaît depuis 2014. Elle fait de la musique depuis longtemps à Bruxelles. Ce qu’on sait pas c’est qu’elle sortait beaucoup de morceaux sur Soundcloud à l’époque, elle était hyper active. Moi j’ai commencé à bosser avec elle en 2014 mais y avait pas d’argent. Puis c’est devenu une pote.

Primero : Moi j’ai vécu un peu avec elle. Du coup, des morceaux qu’on faisait en résidences ou quoi elle les entendais donc elle me donnait son avis. « Sable » c’est un morceau qu’elle a particulièrement aimé et donc du coup on s’est dit y a la place pour toi.

Dans “C’est dingue”, vous abordez vos vies d’artistes, vous adressez un véritable message d’espoir : il faut toujours croire en ses rêves et jamais rien lâché.

Loxley : Moi j’ai confiance en les gens, tout le monde sait que si tu veux avancer il faut se lever tôt le matin. Je peux clairement donner des conseils si on m’en demande mais je me sens pas à cette place de devoir dire aux gens que c’est possible pour eux, je crois que les gens doivent en être sincèrement convaincus eux même. On est généreux dans notre musique mais c’est pas une mission pour nous.

Swing : En fait « c’est dingue », on est de nouveau passé par le prisme personnel, on a voulu dire que nous dans la musique on a trouvé ce qu’on cherchait c’est à dire un sens, quelque chose qui nous passionne et ça a pris une place importante dans nos vies. Donc oui c’est un message d’espoir car ça veux dire que c’est possible, mais de notre point de vue c’était juste parler de la place de la musique dans nos vies, et du fait de vivre de sa passion.

Primero : Et par rapport aux proches aussi, qui valide pas toujours, qui sont inquiets pour ce que tu es train de développer. Il faut sentir cette passion, y croire et aller au bout. Il faut suivre son instinct, ses envies même si y a des barrières à gauche à droite.

«Quand on fait un choix on essaye d’aller à fond dans le délire»

Dans l’album, il y a quelque chose de très esthétique aussi, on le ressent dans les visuels que vous proposez.

Swing : Bah ouais. Là déjà c’est dommage que ça ne soit pas filmé parce que Loxley rien qu’aujourd’hui, là on comprendrait vraiment le sens de l’esthétisme ! (rires)

Loxley : Mais moi quand je m’habille comme ça j’attends qu’il y ai les caméras !

Swing : Vêtu de bleu azur, bleu royal, je ne sais pas… (rires) L’esthétisme, oui, aujourd’hui la musique est lié à l’image on va pas se mentir, surtout que dans la team on a Loxley, j’en reparle, depuis 2014-2015, il s’est mis à la réalisation, il est très doué la dedans. Il a la vision, moi par exemple j’ai moins la vision mais oui on est très attentif à ça.

Primero : On a des gouts prononcés en termes de visuels, même si les idées ne viennent pas toujours de nous. Mais je crois qu’au final dans ce qu’on nous propose on sait ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas, on se rejoint à un moment que ce soit la première idée ou la dixième, à un moment y a une évidence.

Loxley : On a toujours envie de faire des trucs qui sortent un peu de l’ordinaire, en tout cas de trouver des identités qui sont particulières, d’oser aussi. Je pense la pochette de Sapiens par exemple, elle était plus osée que celle-ci.

Primero : Mais ce qu’est cool c’est que sur ce nouveau projet, dans le thème, dans les morceaux, ça tend surement plus de perches pour les visuels que le précédent. Je trouve qu’avec Avant la nuit, ces ambiances de lumière, « Négatif », y a quand même beaucoup de chose à exploiter avec le titre de l’album et le titre de certains morceaux.

Swing : C’est vrai que rien que le titre montre que c’est visuel. Là pour la pochette on a aussi fait le choix avec Romain Garcin de faire quelque chose de très tranché avec un code couleur bleu, rouge tu vois. C’est un vrai choix qu’on a fait. Ce ne sont pas des demis-choix. Quand on fait un choix on essaye d’aller à fond dans le délire.

© Romain Garcin

«C’est nous avec notre génération»

Effectivement, je voulais parler de cette cover, comme pour Sapiens, signée Romain Garcin. C’est quoi son histoire ? 

Loxley : Avec l’album, on s’est quand même attaché à prolonger un peu cette vie d’avant qu’on raconte beaucoup dans les morceaux. Mais c’est vrai que cette pochette quand tu regardes comme ça tu sais pas trop si c’est des gens qui se battent, qui dansent… Ça accompagne aussi l’idée de regarder profondément dans les choses pour les comprendre.

Primero : Là cette fois ci, on s’est mis dans l’image avec des gens de notre génération, et comme tu disais c’est un projet plus introspectif, on a plus donné de nous même, on a plus parlé du monde à travers nous que comme on l’a fait sur Sapiens. C’est nous avec notre génération. Et effectivement, cette dualité qui est présente dans tout le projet, qu’on retrouve dans la cover, on ne sait pas si c’est une fête, si c’est une bagarre, et ça fait écho à certains morceaux comme « C’est dingue » dans lequel on parle de la scène et du rassemblement et « Cassés » dans lequel on parle justement de l’affrontement.

Swing : En parlant je me rends compte de ça, cet album est vraiment basé sur la dualité parce que déjà il y en a plein et par exemple quand on parle d’espoir, directement il n’y a pas d’espoir s’il n’y a pas de malheur.

Primero : C’est ça, c’est le concept du Ying et Yang en vrai ! L’un n’existe pas sans l’autre.

Swing : C’était mon idée. (rires)

Pour finir, je ne pouvais pas ne pas mentionner la Belgique, pensez-vous qu’il existe vraiment une identité du rappeur belge, ou ce n’est qu’une étiquette?

Loxley: Moi je pense pas.

Primero: Ouais moi je trouve pas.

Swing: C’est juste qu’on a moins cette culture française, on a plus vite tendance à s’intéresser à la musique internationale, même dans nos radios ça s’entend. Et puis clairement le fait qu’il n’y ai pas d’argent et que du coup y ai moins de stratégies de communication, ça fait que la première génération qui débouche et qui perce, perce plutôt grâce à sa musique, et beaucoup moins parce que y a une maison de disque qui a mis un gros billet derrière. Cette première génération elle est intéressante car elle s’est construite sur la passion. Mais ce phénomène pourrait se reproduire ailleurs qu’en Belgique, très honnêtement.

Loxley: Mais y a pas d’identité du rap belge vraiment. En France c’est beaucoup plus présent. Marseille a une identité très forte. En fait en Belgique, y a quand même beaucoup de gens qui font des choses très différentes.

Primero: Y a peut-être une mentale belge aussi, dans la façon de travailler, c’est peut-être ça. Mais dans la musique, avec les influences internationales, les relations entre artistes, y a pas forcément une pâte.

Swing: Mais je pense qu’on était moins parasités par l’argent. Et vraiment l’art était plus pure car il était pas fait dans le but de faire de l’argent, et ça fait beaucoup. Mais, revenons à Stromae, il a envoyé à la génération d’après un message incroyable, c’est « Faites un truc original, et ça marchera ». Donc en fait ça pour moi c’est le meilleur message que tu puisses envoyer à ceux qui arrivent après toi.

L’or du commun – Avant la nuit

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