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Musique

Nekfeu : pourquoi “On verra” est à ce point détesté ?

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© Quentin Curtat

Single porteur de Feu et succès commercial renversant, “On verra” de Nekfeu est toujours aussi peu estimé par la fan-base de l’artiste. On a tenté d’y voir un peu plus clair. 

«Un de ses pires morceaux». Ce mercredi 12 mai signait le sixième anniversaire du clip de “On verra” de Nekfeu. Un visuel plutôt sobre, dans lequel on retrouve Mister V, Malika Ménard ou encore les proches de l’artiste, qui cumule plus de 120 millions de vues sur YouTube. Soit, le clip le plus populaire du rappeur. De très loin. Évidemment single de diamant, le morceau fait partie des classiques de Nekfeu. Ou en tout cas, à l’échelle commerciale, puisqu’artistiquement, le titre fait grincer les dents de sa communauté depuis de nombreuses années. Et même six ans après, certains n’en démordent pas. Récit.

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Nekfeu, un double public à gérer

“On verra” est le quatrième morceau dévoilé pour Feu, une poignée de semaines avant la sortie de l’album. Avant ça, le rappeur a déjà dessiné les grandes lignes de son projet, en publiant “Égérie”, “Nique les clones” et “Tempête”. On parvient alors à capter l’univers qu’il tente de mettre en place : des références pointues, une esthétique façonnée autour du flow et de la rigueur dans l’écriture. Mais le croquis s’effrite à la sortie de “On verra”. Plus frais, moins prise de tête, moins exigent sur l’écriture, le morceau déploie une nouvelle casquette de Nekfeu. Un cocktail imaginé pour la radio et pour le succès, qui va prendre à contre-pied sa communauté.

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En ajoutant “Reuf” et “Ma dope”, Nekfeu tient un triangle d’or pour permettre à son album de franchir les barrières commerciales. Feu réalise un démarrage tonitruant en se reposant sur une dichotomie que sa communauté initiale va mal digérer. D’un côté, le Nekfeu quasi-niché de l’époque, en pleine maîtrise de son art et de sa plume. D’un autre, un artiste qui escalade le succès avec une stratégie bien pensée. Le rappeur se bâtit une nouvelle communauté autour de ses succès commerciaux et conforte son ancienne fan-base avec des titres léchés et référencés.

«C’était son premier album et il s’est forcé à faire un son commercial pour gagner en visibilité, juge Suleta sur Twitter. Sur ce son, ni sa plume, ni sa technique sont au niveau de qu’il est capable de proposer. Il n’a d’ailleurs jamais reproposé ce schéma depuis qu’il a percé. Même visuellement, au niveau de son apparence physique, des invités sur le clip, il entre dans les mœurs. Il se représente comme le “gendre idéal”, loin de son côté anarchique qu’il revendique dans ses projets. Tout est fait pour plaire au grand public»

«Le fait qu’un bon artiste soit représenté par un mauvais son c’est assez frustrant pour une fan-base»

Si “On verra” a permis à Nekfeu de connaître un succès commercial presque inenvisageable avec son premier opus, le titre lui a également permis d’ouvrir une fenêtre grand public en une fraction de secondes. Un public que sa fan-base initiale aime stéréotyper. «Cette propulsion a ramené une vague de fan (pas les vrais de toujours) qui n’écoutent pas de rap et qui se sont mis à aimer Nekfeu plus pour sa personne que pour ses sons», admet Currinho. Une confrontation entre deux communautés qui, sur le papier, a fait progresser l’album, mais que l’artiste a dû manipuler à sa guise. De plus, l’omniprésence du morceau sur les ondes a évidemment contraint à une rapide overdose. «Le fait qu’un bon artiste soit représenté par un mauvais son, c’est assez frustrant pour une fanbase», juge PiL.

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Il est toutefois intéressant de relever que Nekfeu n’a, depuis, jamais reproduit ce schéma dans ses albums suivants. Cyborg, notamment, se révèle plus sombre, sans interlude estival. L’enjeu était de taille pour parvenir à gérer ces deux fan-bases distinctes et l’artiste y est parvenu en trouvant au sein même de son univers des aérations plus accessibles, à l’image de “Galatée” ou “Saturne”. Un juste milieu nécessaire, qui lui a permis de conforter son esthétique en convertissant l’apport de ses deux fan-bases, synonymes de succès commercial.

Aujourd’hui, si “On verra” est l’un des morceaux les moins aimés de Nekfeu, c’est parce qu’il représente la quasi-unique fois où le rappeur s’est échappé de son mantra au profit de codes plus commerciaux. Ou du moins, par sa force commerciale, il s’agit de l’exemple le plus représentatif. Ironiquement, le succès de “On verra” a permis à Nekfeu de ne plus obligatoirement inclure de morceaux commerciaux au sein de ses projets, juste par la puissance de sa communauté. D’ailleurs, Nekfeu ne semble pas cacher non plus son désamour pour les titres commerciaux : «J’m’en bats les reins d’la chanson d’l’année, c’est pas celle qu’on écoute dans l’allée. J’m’y suis frotté quand il fallait, petit blanc affamé nique un blanc affalé».

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