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Tant qu’il nous reste une seconde de Zénith dans le crâne

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Crédit : Instagram Lomepal

Jamais des paroles aussi égocentriques n’avaient été chantées avec autant de générosité. Au Zénith de Paris, Lomepal a alterné raps de FLIP et ballades de Jeannine devant une foule en folie. C’était beau, cette folie… Récit.

Il a perdu ses clefs dans la fosse bondée. Il, “Micka”, l’un de mes plus précieux amis (sept milliards d’humains sur Terre, fallait que je tombe sur le meilleur) a fait tomber son trousseau en sautant sur le refrain déchaîné de “Pommade“. Il prend son air affolé, se demande où il va dormir ce soir. Mais rapidement, la voix puissante de Lomepal le transporte de nouveau, le détourne de l’angoisse des clefs disparues dans le tourbillon d’un pogo. On s’inquiètera plus tard pour ses soucis de serrure. C’est dire les bonnes ondes qui circulent… Ce soir-là, au Zénith, plus rien n’est grave, tant qu’il nous reste l’émotion de l’instant.

L’éloge de la fragilité, par le vrai Lomepal

Plutôt, les émotions. La foule en transe pendant “Malaise“, “Ma cousin” et “Mômes” est maintenant hypnotisée par les versions acoustiques d’ “Oyasumi“et du “Vrai moi“, toutes deux chantées depuis les gradins. Le Zénith s’étoile de 7 000 flashs d’iPhone ou de flammes de briquets. Le public respecte l’atmosphère intime instaurée par le rappeur qui, à cette étape du concert, choisit de ne plus maquiller la tristesse. La fragilité, comme la folie, ça n’a rien d’honteux. Plus encore, elle est belle, cette fragilité, dès lors qu’elle est assumée. C’est l’un des messages que répète Lomepal, dans ses paroles, et dans ces quelques mots confiés à la salle entre deux chansons : “J’ai passé ma putain de vie à essayer de combler un vide, un manque, et ça va beaucoup mieux depuis que j’ai compris que je n’y arriverai jamais.”

L’outsider brise l’armure, abandonne son personnage égocentrique. Il n’en revient pas que ces milliers de spectateurs récitent ses textes sur le bout de leurs cinq doigts. “Merci de m’aimer comme je suis”, lâche-t-il. Le fosse aux lions s’est transformée en prairie d’agneaux. Doux, amoureux, les couples indifféremment hétérosexuels et homosexuels, vingt ou trentenaires, s’aiment en dansant… Pauvre de nous qui ne nous souvenons pas qu’on avait le pouvoir de danser comme ça quand on se laisse aller.

1000 degrés dans la fosse

La tempête avant le calme, avant l’autre tempête. Voilà comment Lomepal a pensé la setlist du J-Tour. Il faut avoir le coeur bien accroché parce que ça secoue. On en prend plein le cœur davantage que plein les yeux. La scénographie est sobre, on penserait même trop sobre (le flatter pour être sympa, ça ne mène à rien) avant que le visage hologrammé d’Orelsan surgisse de deux faisceaux lasers. L’image en trois dimensions de JeanJass apparaît ensuite pour assurer son couplet d’X-Men. À mesure que les titres à succès de ses deux albums s’enchaînent, on s’interroge : l’artiste va-t-il se contenter d’un égo-trip mélanchoniste pour ses deux dates parisiennes complètes ?

À peine le temps d’être déçu que Roméo Elvis débarque de nulle part. Le Zénith atteint les 1000 degrés, il fait chaud, Lomepal finit par retirer son haut. Par se mettre à nu, littéralement cette fois. Son premier fan, lui, garde son sweat brodé Lacoste qu’il peut – enfin – porter avec fierté. Roméo Elvis brûle son couplet. Et si elles n’avaient pas été pommées plus tôt, les clefs n’auraient, de toute façon, par survécu à cet instant, climax de l’hystérie collective.


Il faut d’ailleurs se remettre à les chercher. La fête est terminée, pour de bon. Le rappel est passé, c’était une reprise de “Trop beau, au piano au départ, bouleversante jusqu’à l’arrivée. La salle sans dessus dessous s’est rallumée, vidée. “Ne me ramène pas”, a-t-on envie d’hurler, mais la parenthèse enchantée se referme.

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L’hôtesse de la consigne nous délivre en sortant de sa caisse la paire de clefs qu’un anonyme vient de lui déposer. Trop beau pour être vrai.

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