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13 Block Triple S 13 Block Triple S

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Rencontre avec 13 Block, les nouveaux princes du rap français

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Ce sont les nouveaux patrons de la Trap. 13 Block a sorti il y a tout juste un mois Triple S, une mixtape collaborative avec Ikaz Boi. Considéré comme l’un des projets les plus authentiques et les plus innovants, l’opus a emmené les quatre membres OldPee, Stavo, Zèd et ZeFor dans une autre dimension. Rencontre avec le groupe qui secoue le rap français.

Vous êtes un groupe de Sevran. 13 Block, ça vient d’où et comment s’est créé le groupe ?

ZeFor : Ca vient des endroits où on se posait, que nos anciens fréquentaient, c’est deux blocs qu’on a réunis en fait. Le 1 et le 3, ça faisait un 13, et on a réuni ça en 13 blocks. Bien avant qu’on fonde le groupe, on rappait déjà chacun de notre côté en parallèle, mais on faisait aussi beaucoup de son ensemble. On avait déjà une quarantaine de morceaux communs, et un jour on s’est dit, “Pourquoi pas faire un groupe ?”. Les gens trouvaient qu’à quatre ça sonnait mieux, et même nous on ressentaient que à quatre on se rejoignait plus.

Est-ce que vous vouliez toujours faire du rap ou est-ce que certains membres du groupe avaient d’autres rêves, d’autres plans?

OldPee : C’est par passion. Quand t’es petit, tu connais, tu veux avoir le taff de ton père j’sais pas. Même nous, j’sais pas, on s’est pas dit qu’on allait devenir rappeur comme ça. Et même avant j’sais même pas si on avait une ambition de devenir quelque chose. Mais c’est la vie qui veut ça tu vois. On rap, on a vu qu’il y avait une bonne Fan base, y’a des bons retours, on passait de moins en moins inaperçus. Vu que les gens kiffaient on s’est lancés aussi.

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Triple S est considéré comme une mixtape. Vu le niveau du projet, à quoi on peut s’attendre pour l’album ?

Stavo : Triple S c’est pas une mixtape, c’est une collaboration.

Vous voulez pas qu’on le labelise en tant que mixtape ?

Stavo : Non c’est une collaboration entre nous et Ikaz Boi. Peut-être que l’album il arrivera. A ce moment là on sortira une mixtape. Une mixtape 100% street. Triple S, c’est une bonne collaboration, plus qu’un EP tu vois.

Vos clips retranscrivent vraiment bien l’ambiance de vos morceaux. Vous pouvez nous raconter ce qui se passe à la fin du clip de « Vide » ?

ZeFor : A la fin de vide, c’est ce qui se passe pratiquement tous les jours hein. Sauf que cette fois on n’a pas voulu censurer le truc. Pendant que le cameraman était en train de nous clipper, il s’est passé ça. On en a profité pour mettre ça directement dans le clip. C’est naturel.

Sevran est une ville ultra connue pour sa scène musicale. Vous avez des collègues de Sevran qui sont aussi vos amis ? Je pense par exemple à une photo sur Instagram que vous avez posté avec Maes.

Zèd : Exactement, ça c’est la famille. On vient du même quartier, on se connaît bien avant le rap, donc ça nous prive pas de faire des photos ensemble. Après, photo ne veut pas dire featuring tu vois. C’est vraiment au-delà de ça. Quand on se voit on n’est pas obligé de parler de musique, etc. C’est des liens vraiment très fermes dans la rue.

OldPee : On est ensemble. On a le soutien de la ville tout ça, on est ensemble. Dans la musique ou en dehors ça bouge pas.

En écoutant le projet on ressent que vous avez une vraie avance sur ce qui fait en matière de trap en France, c’est un truc dont vous vous rendez compte ?

Zèd : Bien sûr. Les gens nous le répètent et nous le disent, on s’en rendait pas compte au début. C’est à cause des gens, de voir des rappeurs reprendre quelques gimmicks, la façon de rapper, ça nous a vraiment montré qu’on était un peu plus en avance musicalement que les autres tu vois.

OldPee : Mais ça nous a vraiment montré qu’on est différent. On apporte notre truc.

ZeFor : T’as qu’à guetter le morceau “RSA”, un titre qui a été fait en 2015. Aujourd’hui on est en 2018, et t’as toujours l’impression qu’il est sorti il y a 1 mois.

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Mais du coup comment on se sent en 2018 ? Est-ce une satisfaction supplémentaire aujourd’hui de se dire « Il y a trois ans j’avais raison, et c’est le monde qui n’était pas prêt » ?

Zèd : Ah mais on savait pas. Nous le morceau y’a trois ans on l’a balancé, parce qu’on le kiffait. On pouvait pas prévoir ça avant. Qu’il allait péter un jour.

OldPee : Tu prévois jamais les bangers.

Stavo : Ca nous confirme qu’en fait la musique ne périme pas tu vois. La musique n’aura jamais de cheveux blanc.

Comment ça se passe la construction d’un track, sachant que vous êtes quatre ?

OldPee : Ca se fait au feeling. Après c’est pas comme si on s’était connu il y a trois ans et qu’on a commencé à rapper tu vois. On se connaît depuis grave longtemps. On connaît les manières de chacun au studio, faire un son c’est pas nouveau ! Là tu vois on fait des huit mesures, avant on faisait des 16. On peut te faire des solos bons… en vrai on met une instru, celui qui a un refrain bam, ça passe bien… et vas y après on s’inspire entre nous. Il va écrire un couplet il voit le son comment il est, bam j’le suis, Zeu il le suit, Deusté il le suit.

Zèd : Exactement, celui qui a de l’inspi il va rapper, celui qui n’a pas d’inspi il va pas se forcer, ça restera le groupe.

OldPee : Et y’a pas de décision du type « aujourd’hui il y’a que nous deux sur le son ». Peut-être qu’il y’en aura deux qui se sentiront bien sur l’instru. Un qui va faire le refrain et l’autre qui va faire les back. Et puis on est quatre, il y’a des instrus qui me correspondent parfois plus qu’à d’autres.

Justement, sur “A1/A3” il y’a seulement Deusté et Old Pee, et puis sur “Mood” qui est juste après ce sont Zed et Zefor. Finalement tout reste équilibré.

ZeFor : Bah ouais tu vois ! Pas de jaloux.

OldPee : Des fois c’est comme ça. Par exemple dans “A1/A3”, Zed allait posé. Finalement il ne l’a pas fait. Et nous on a fait un long morceau. Et par exemple dans “Mood”, moi j’allais poser mais je le n’ai pas fait. C’est pour ça que le son est court. Au final je préférais comme ça. Quand tes gars ont déjà fait le taff, c’est comme si c’était toi.

Zèd : Exactement.

Stavo : Pas de précipitation, pas de concurrence.

Old Pee : Tu sais pas, mais des fois on peut vriller. On peut refaire le remix de “A1/A3” à quatre. Pareil pour “Mood”. 

On a vu sur votre Story Insta un son un peu plus dancehall, ça va sortir ? C’est quoi ?

Zèd : Bien sûr que ça va sortir. C’est un morceau avec Spike Miller, le DJ d’Alonzo. On s’est vus sur Paris, on a bossé une prod, il nous a demandé si on était chaud. On a kické tu vois. Après on n’a pas vraiment de date de sortie. On voit la mayonnaise si elle est bonne, si on peut rajouter un peu de sel.

C’était intéressant pour vous de poser sur une prod’ qui n’est pas forcement dans votre style habituel ?

ZeFor : Super intéressant. Maintenant on peut tout te faire gros.

Stavo : C’est des défis, on aime bien.

OldPee : C’est comme le projet tu vois. Avec Ikaz c’est pas des prods sur lesquelles on avait l’habitude de poser généralement.

Il y a quelques mois, on discutait avec Ikaz et il nous parlait de ce manque de reconnaissance qui existe dans le rap envers les beat-makers, même si ça évolue positivement aujourd’hui. Est-ce que Ikaz vous a parlé de ça ?

Stavo : On se l’ai dit sans se le dire. On l’a fait dans la musique.

Zèd : On s’est compris dans la musique directement.

OldPee : Faut se dire aussi qu’on fait du rap français. Malgré l’image qu’on nous donne, on est très rap français. Mais comme je t’ai dit, musicalement, on est américain. A l’origine, on avait déjà fait des sons avec lui, c’est comme ça que la mixtape est née. “Somme” au tout début, après on a fait un autre son qui n’est pas sur le projet, un autre son etc… Arrivé à “Vide”, ça faisait déjà six morceaux. Déjà entre nous on se disait déjà que ce serait bien de faire un projet avec seulement ce beat-maker. Ca pouvait donner un truc. Un jour on est allé au studio, il est venu, il nous en a parlé comme ça. Il avait la même vision que nous. Tu vois, il est ultra américain aussi Ikaz. Il voit ce qui se passe. Les gens disent qu’on est en avance sur notre musique mais il faut qu’on soit en avance dans la mentalité aussi. Aux States ils sont déjà comme ça. Tu peux voir des artistes kicker sur des instrus, tu te dis pas “oh bah lui il est hardcore alors il va poser sur une instru comme ça.”  En France ça commence à se faire de plus en plus. Là on a eu l’occasion d’apporter un truc nouveau, faire une mixtape avec un beatmaker. La prochaine fois que quelqu’un d’autre va le faire, on pourrait se dire que c’est peut-être grâce à notre mixtape.

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Est-ce que ce coté très mélodieux de Ikaz, vraiment différent de ce qui se fait autre part, vous a poussé à rendre vos morceaux plus mélodieux ?

OldPee: On aime innover. Et puis si tu remarques “Essaye” c’était pas Ikaz, mais on était déjà en train de varier.

ZeFor : Quand on dit qu’on fait des feats avec les beatmakers, ça veut dire que, le jour où on devait se tester avec Ikaz, il nous a fait défiler des prods. On s’est dit bon vas-y, essayons d’aller dans une prod un peu plus mélodieuse, ce qui a donné “Somme”, le tout premier son qu’on a fait avec lui. Et après on s’est dit qu’on allait rester dans cette vibe.

OldPee : Et c’est aussi ses instrus qui nous manquaient en vrai, parce qu’on avait déjà cette idée, on était déjà dans le mélodieux depuis “Essaye”. Lui est venu avec ce thème “mélodieux” qui se rapproche en même temps de la trap Il a sa touche perso.

Stavo : Il a un mix parfait : la nouveauté, le coté Cain-ri, et le coté qui reste quand même français.

Est-ce que votre public de la première heure, selon vous, a réussi à s’adapter à votre direction artistique qui tend à être beaucoup plus ouverte ?

Zèd : On les a amené avec nous. Les paroles restent les mêmes. Les paroles d’un « Continue à vendre cette drogue » ça va être les paroles d’un “Vide”. « Faut venir recharger » c’est le même truc tu vois, sauf que c’est chanté. Mais le délire c’est vraiment… “la bonbonne est vide”, tu vois ce que je veux dire ?

Justement, j’avais une question sur la cohésion du groupe. Vous êtes quatre mais vous avez une sorte d’union dans les textes. Certes vous avez quatre voix complètement différentes, mais si on vous lis, dans vos textes, vous auriez pu être la même personne.

Zèd : Je vois exactement ce que tu veux dire. Même nous on est choqué. Y’en a un qui fait un texte qui commence, l’autre qui suit après. Ca prend très bien. Et ça on peut même pas te l’expliquer.

Et du coup, est-ce que vous pourriez mettre le doigt sur vos différences ?

Zèd : On a des différences et on le sait. Même si le message reste similaire. C’est quatre voix différentes, quatre flows différents, quatre manières d’écrire différentes.

OldPee : C’est parce que on traine ensemble aussi. On a les mêmes trucs, on habite ensemble.

Stavo : Et l’instru nous touche pareil aussi. On a les mêmes émotions. Parfois l’un ne va pas ressentir les mêmes émotions que l’autre, il va se dire ‘nan laisse je vais pas niquer votre son’. On est vraiment très instinctif. Des fois, c’est possible qu’un d’entre nous pense qu’il ne faut pas qu’il pose. Mais quand il voit que les trois autres posent et qu’ils se disent “Nous on le sent”, ça va lui donner une force et il va rentrer. 

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Y’a un autre détail très réussi sur ce projet, c’est les Ad-libs. C’est un truc important dans le rap, et vous réussissez ça très bien. Est-ce que c’est toujours au feeling ou est-ce que vous vous rendez compte que c’est important, et donc vous vous appliquez plus ?

OldPee : C’est instinctif aussi. Mais t’as vu quand tu poses ton texte c’est toi qui pose. Quand tu fais les pistes d’ambiance, c’est comme si tu posais une deuxième fois, c’est un autre texte.

Zèd : Tu peux même l’écrire hein !

Stavo : Entre parenthèses ! C’est exactement ça, j’aime trop sa réponse. C’est vraiment une prise de vue en fait. Quand tu prends ta piste d’ambiance, tu peux y passer 30 minutes alors que ton couplet tu l’a fait en 10 minutes. Parce que c’est vraiment les détails, c’est comme les contours des cheveux.

ZeFor : Vraiment les pistes d’ambiance c’est un truc qu’on taff depuis longtemps. Et tu vois que ça a une forte influence, certains gimmicks sont repris tu vois.

L’outro de l’album c’est point d’interrogation. Pourquoi ?

ZeFor : Je vais te dire la vérité. Le son était tellement noir qu’on avait même pas de titre.

OldPee : On s’est dit qu’on savait pas encore, et finalement on a gardé ça.

Et ensuite dans le refrain, vous dites “J’ai jamais essayé de faire rire”. Franchement en écoutant l’album, vu les thèmes abordés et la manière dont vous les racontez… Qui a déjà eu un doute sur le fait que vous faisiez pas semblant ?

Zèd : Ca n’a rien à voir avec ça. C’est global. C’est juste qu’un rappeur à la base il est pas là pour faire rire. Pourtant y’en a qui font rigoler… nous on rigole pas.

Stavo : C’est une façon de certifier les choses, de te montrer notre identité. Ca n’a rien à voir avec les artistes qui font rire, c’est juste pour te dire que nous, en tout cas, on fait pas rire.

OldPee : Et surtout qu’on a été beaucoup boycotté aussi. Même dans “Sale” tu peux entendre, « ils se demandaient ce qu’on deviendrait dans quatre ans », aujourd’hui on est là, l’album marche bien. « Faut absolument que je brille, faut absolument que je pète »..

Zèd : Le chemin est sombre, donc on n’a jamais essayé de faire rire.

Stavo : C’est un slogan, pour dire qu’on fait les choses sérieusement.

OldPee : On est vraiment là, on est là pour un but. C’est un message, que chacun peut prendre à sa manière, mais c’est pas un pic.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite?

(TOUS ENSEMBLE)

La santé je pense. La santé surtout. Le quatrième S.

© Alyasmusic

Propos recueillis par Niels Nicolas