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Trois choses à retenir de l’embrouille de Sevran

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Ce mercredi, la scène rap de Sevran a dévoilé toutes ses plaies avec la mise à l’écart de Kaaris, boycotté d’un projet collaboratif. Les réactions de Maes, 13 Block et Kalash Criminel, permettent d’identifier une géopolitique du rap complexe. 

Une large fissure traverse la Seine-Saint-Denis. Ou en tout cas, la ville de Sevran qui, ce mercredi, a été victime d’une massive brouille impliquant la quasi-totalité de ses artistes phares. Tout partirait du boycott de Kaaris pour un projet regroupant les rappeurs sevrannais. Une réaction du principal concerné, visiblement mal interprétée par ses collègues de Sevran, a ensuite déclenché un effet boule de neige, entraînant des réponses sèches de Maes, des membres de 13 Block, et plus nuancée de Da Uzi. Le tout sous l’oeil moqueur de Booba. Seul Kalash Criminel a prouvé qu’il n’avait aucun problème avec Kaaris. Parlons causes et conséquences.

Sevran prépare un projet collectif (sans Kaaris)

C’est peut-être l’information la plus passée sous silence depuis l’éclatement de l’embrouille. Et pourtant, elle est particulièrement intéressante. Sous l’impulsion de Da Uzi et son manager, les artistes sevrannais devraient se regrouper à travers une mixtape inédite. Le casting est très intéressant : Da Uzi, Maes, 13 Block, Kalash Criminel ou encore Imen Es. Fait pertinent également, d’autres rappeurs devraient également apporter de la force à la tracklist, à l’image de Ninho, comme l’indiquent plusieurs spéculations sur les réseaux sociaux.

Ce projet s’inscrit dans la lignée de plusieurs regroupements locaux organisés ces derniers temps. Au-delà de 9.3 Empire, qui reste, pour l’heure, l’exemple le plus accompli en la matière, plusieurs artistes ont soumis l’idée de projets collaboratifs, quand d’autres sont en train de franchir le pas. À l’image des différents membres du bâtiment 7, dans l’Essonne. Ce projet témoigne également d’une certaine solidarité de la nouvelle génération, motivée à se regrouper autour de l’étendard de sa ville. Par fierté et solidarité.

Et aussi : Le 9.3 ne renaît pas, car le 9.3 n’est jamais mort

Les blessures de la Seine-Saint-Denis

Toutefois, force est de constater que la solidarité ne sera pas le mot à retenir de ce début d’aventure pour cette mixtape sevrannaise. Pas encore née, elle se heurte à une polémique désagréable, avec ce boycott de Kaaris. Avouée à demi-mot par plusieurs membres du projet, cette mise à l’écart témoigne des fissures du 9.3, déjà brièvement aperçues lors de la création de 9.3 Empire. À l’époque, les absences de Maes et de 13 Block avaient interpellé. Ces derniers avaient précisé qu’aucune brouille n’était à retenir avec Sofiane. «Là on est en train de construire et promouvoir notre blaze, on a besoin d’être davantage confirmés avant de participer à ce genre de projet», expliquait Stavo à Antidote.

Les multiples pics envoyés par les artistes à Kaaris montrent tout de même une certaine rancoeur vis-à-vis de l’auteur d’Or noir. Un message du manager de Da Uzi a d’ailleurs été massivement relayé, précisant que jamais personne n’a donné de la force à Sevran. Beau joueur, Kaaris a humblement précisé qu’il n’avait effectivement rien à récolter : «S’ils font une mixtape où ils estiment que je ne dois pas être dedans, il n’y a aucun problème. Chacun fait ce qu’il veut». Certaines positions restent délicates, comme celle de Kalash Criminel, qui a invité Kaaris à participer au projet sur Twitter. Et quid de Sofiane vis-à-vis de tout ça ? Déjà tancé par Hornet la Frappe quelques mois plus tôt après la publication de vocaux, le maître de 93 Empire essuie certainement les plaies de sa brouille avec Booba.

Et Booba dans tout ça ?

Les moqueries de Booba à l’encontre de Kaaris, quelques heures après l’éclatement de l’affaire à Sevran, n’ont rien d’un hasard. Il semble que les pions stratégiques du Duc, maîtrisés depuis Miami, portent leurs fruits. Beaucoup indiquent que le boycott de Kaaris puisse être à l’origine de Maes, qui refuserait de s’associer avec le meilleur ennemi de Booba. Rien ne prouve cette thèse, et la rancoeur née à Sevran, semble être motivée par des raisons plus réfléchies et locales. «On t’a jamais vu dans la stup, ni dans les “travaux”», précisait d’ailleurs Maes.

Toutefois, difficile de ne pas y voir une opportunité pour le Duc. Ses multiples collaborations avec Maes, ainsi que sa récente association avec Zed le prouvent encore : Booba jouit d’un soutien à Sevran, là où Kaaris n’en a visiblement plus. Difficile de ne pas voir ces featurings comme une stratégie chargée de rallier les artistes à sa cause. Sa prochaine collaboration avec Vald, la pression de Lacrim et Hornet la Frappe sur Sofiane et désormais ce projet sevrannais : Booba a depuis quelques mois une fâcheuse habitude à se retrouver d’un unique côté de la force. Et n’y voir qu’une coïncidence serait mal juger tactiquement le Duc. «Dans c’game, ils ont tous peur de Booba, j’dis tout haut c’que les gens pensent tout bas»conclurait Kalash Criminel.

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