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Lomepal atteste être comblé par les retours sur “mauvais ordre” Lomepal atteste être comblé par les retours sur “mauvais ordre”

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Lomepal : ce qu’on a aimé, ou non, dans “mauvais ordre”

© Manu Fauqué

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Dans la continuité de Flip, Jeannine et Amina, Lomepal a dévoilé un nouvel opus : mauvais ordre. Contant l’histoire d’un personnage fictif mais parfois familier, il témoigne d’un tournant dans la carrière de l’artiste. Décryptage.

Quel parcours atypique que celui de Lomepal. De Seigneur à Majesté, puis roi du monde avec Flip, où l’artiste se délectait de ses brisures. Jusqu’à l’exploration de sa famille avec Jeannine, le regard porté sur son propre tableau ; et plus récemment, la sortie de mauvais ordre. Un opus singulier, qui n’a rien et tout à voir avec les précédents. Le rappeur, qui a désormais fait ses preuves comme chanteur, conte à ses auditeurs l’histoire d’un homme qui n’est pas lui, mais avec qui il est simple de lui trouver des points communs. Cette croisière musicale, c’est une preuve de maturité, d’évolution. Une proposition artistique audacieuse que son auteur assume, et il a raison. On a décrypté mauvais ordre, ce qu’on a aimé ou non dans l’album, ses points forts et ses limites.

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C’est qui, lui ?

Lui, ce n’est pas Lomepal. C’est un personnage à la fois fictif et inspiré des autres. «Je me sers de ce que j’ai connu, mais je ne voulais plus mettre ma vie dedans, expliquait l’artiste pour TsugiC’est l’histoire d’un personnage qui n’arrive pas à être à l’aise avec les autres et qui ne se sent bien que tout seul. Je ne me sens pas du tout comme ça.» Après 9 morceaux, l’interlude explicitement intitulée “Skit il” replace dans le contexte : le “je” narré par le rappeur est un “il”. Sur la piste, Lomepal raconte son personnage. «Tu me trouves étrange et le piège se referme, genre, plus tu me trouves bizarre et plus je vais commencer à être bizarre. Et je vais commencer à être exactement ce que tu vois de moi parce que ça me fait paniquer.»

Il est seul. Plus à l’aise dans sa Forteresse, «comme Superman». Il essaie d’être avenant avec les autres, mais il sent très bien que ce n’est pas naturel chez lui. Le personnage créé par Lomepal n’a pas choisi sa vie, et cherche encore sa place parmi les Hommes. mauvais ordre est un affrontement entre lui et tous les autres. Il aimerait parfois leur ressembler – il essaie, promis. Mais c’est impossible. Il n’a rien à voir avec eux. «Soit c’est ce monde, soit c’est moi.» Il refuse qu’on l’aide, il préfère boire pour trouver le courage d’aller vers cette fille, cette fille qui revient dans plusieurs morceaux sans jamais que l’on sache s’il s’agit de sa copine, de son ex ou d’une brève conquête. Son anonymat le rend universel, et c’est autour de cette identité que se trace le fil directeur de mauvais ordre. Qui est-il ?

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«On parle la même langue mais on s’comprend jamais, s’rait p’t-être temps que j’admette que j’viens d’un autre monde (…)

J’connais toutes vos manières, vos différentes voix, j’m’entraîne à vous ressembler en me déchirant l’foie»

– “mauvais ordre”

Le personnage de Lomepal cherche à s’affranchir de ses démons pour finalement devenir lui-même. Une quête similaire à celle de Jim Carrey dans The Truman Show (attention, spoiler), l’histoire d’un homme qui se pense ordinaire, et dont la vie se révèlera être un tournage entièrement composé d’acteurs. C’est lui contre tous les autres, aidé seulement par la femme qui l’aime. Finalement, Truman Burbank trouvera la sortie du décor, et c’est cette scène culte qui semble avoir donné vie à la pochette de mauvais ordre. Une des nombreuses références à Jim Carrey, puisque Lomepal cite également Yes man sur “Etna” et fait une discrète allusion à The Mask avec le morceau “Tee”.

Bref, Truman ne se mentira plus, désormais. Il est enfin libre. Lomepal fait d’ailleurs référence à ce film, sorti en 1998, sur “Skit il”. «C’est pas dans Truman Show, justement, où il découpe un œil, un œil, un nez, et il se fait sa femme parfaite avec des magazines ? C’est un peu ce mec qui est à côté, qui est pas dans le vrai monde, tu vois ? réfléchit l’artiste. Il rencontre une meuf qui aime les mecs bizarres et du coup il la suit, et il est en mode : prend ce que tu veux chez moi».

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C’est toujours Lomepal

C’est là que le Pal et son personnage se confondent. Deux mecs bizarres, et surtout, amoureux. Dans la deuxième partie de l’album, l’auteur de Flip dévoile quelques phases plutôt intimes, toujours avec une certaine pudeur. Le storytelling s’interrompt à moitié, et la frontière entre fiction et réalité devient floue. “Pour de faux”, c’est une déclaration d’amour de Lomepal à Souheila, sa copine. «C’était ironique de l’appeler comme ça, ce titre est peut-être le seul qui se rapproche à peu près de ce que je vis», ajoute-t-il chez Tsugi.

 

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Pourtant, certaines interrogations et éternelles insatisfactions sur “Hasarder” ou encore “Decrescendo” rappellent ce que l’on connaît du rappeur, et notamment sur son rapport à la célébrité. «Comment lui dire que si j’enlève ma capuche, c’est elle qui me suit ? Une star maudite, c’est c’que je suis» clame-t-il sur “Auburn”. Une thématique courante dans sa discographie, passant de l’egotrip et la recherche de cette reconnaissance, sur ses premiers projets, à l’effet inattendu de cette dernière sur lui, dans Jeannine.

Un des morceaux prête même à interpréter la création de ce personnage comme celle d’un alter ego dont on veut se débarrasser. Sur le superbe “Decrescendo”, Lomepal parle de rupture en mettant en opposition deux entités qui semblent faire partie d’une seule et même personne. Ce «quelqu’un d’autre» qui a gâché sa relation est peut-être un autre homme, ou peut-être qu’il s’agit de lui, bien qu’il souhaite se convaincre du contraire.

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«C’est sûr c’est la faute de quelqu’un d’autre…»

– “Decrescendo”

Quelques jours après la sortie de l’opus, certains fans tentaient déjà de remettre mauvais ordre dans le bon. Mais cette approche est justement loin de coller à la couleur générale du projet. Comme son auteur l’expliquait au micro de Radio France, «le nom de l’album est un concept : chaque chanson parle d’un moment de vie, mais dans le désordre. C’est aussi l’idée que faire des mauvais choix peut t’amener au bon endroit, comme un besoin de se tromper. J’aime beaucoup cette image». mauvais ordre n’emmène pas son auditeur d’un point A à un point B. Une temporalité qui se veut confuse – et si de ce parti pris peut découler un léger manque de cohérence, il s’agit d’un puzzle à reconstituer, une suite d’histoires aux contours non définis.

 

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Lomepal a changé, et ça marche plus ou moins bien

Finalement, mauvais ordre, qui réussit un carton commercial, n’est pas seulement un album de plus dans la discographie de son auteur. Fort de ses talents de lyriciste, Lomepal a su se glisser dans la peau d’un personnage pour écrire un nouveau roman plutôt que le tome 3 de la saga. Comme peu d’artistes après de tels succès, l’auteur de Flip a changé sa recette tout en en gardant les principaux ingrédients.

C’est probablement sur la musicalité que mauvais ordre se démarque le plus, témoignant d’une ambivalence pop rap en pleine impulsion, comme sur l’impressionnant “Crystal”. Un virage instrumental inspiré par le rock des Stones, des Beatles ou encore de The Velvet Underground. «Il y a beaucoup de sons ou aucun effet n’est appliqué, comme pour la batterie qui est souvent telle qu’elle a été enregistrée, certifie le Pal à Tsugi. Alors que sur mes autres albums, on jouait à fond avec l’autotune, la reverb, le flanger.» En outre, cette importance accordée à l’authenticité des sonorités transparaît également dans la voix du chanteur. «Comme il y a moins d’effets sur les voix, il est plus assumé et incarné dans le chant par rapport aux autres, où on pouvait peut-être dire que je chantonnais.»

Une volonté parfois contreproductive, puisque mauvais ordre compte certaines similitudes, rendant plus plate son écoute. On regrettera peut-être l’absence de morceaux au drop explosif, à hurler en concert pour évacuer sa colère – même si “Tee” et “Etna” se défendent face au public. Un mauvais ordre est également moins accessible à ses auditeurs qu’un Flip, mais certainement plus mature. Lomepal, comme son personnage, s’est affranchi de ses chaînes et retrouve sa liberté, comme Truman s’échappe du décor qu’on lui a imposé. Et sa clé pour s’évader, c’est l’acceptation, et la gratitude de ce que son propre chemin lui a apporté. «Je voudrais tout refaire en mieux / Mais si j’fais rien qu’un choix contraire / Je pourrais plus la rencontrer / Faut que je puisse la rencontrer

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Écoutez mauvais ordre.

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