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On a parlé “Briques Rouges”, introspection et rap avec Bekar

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Il s’appelle Bekar, et son second projet Briques Rouges sort le 25 septembre. Pour l’occasion, nous avons rencontré le rappeur du Nord de la France.

Il est l’une des plus étincelantes nouvelles pépites du rap francophone. Bekar, pur produit du nord de la France, présente sa mixtape Briques Rouges ce vendredi 25 septembre. Il s’agit de son deuxième projet, après que le MC se soit révélé avec Boréal l’année dernièreBriques Rouges est un concentré de 17 titres dans lesquels s’entremêlent rap brut, mélodie poétique, introspection, et sincérité. Nous nous sommes donc entretenus avec Bekar, afin de nous immerger dans l’univers de ce jeune artiste au talent fou et à la générosité communicative.

Un pur produit Panenka Music

Depuis décembre 2019, Bekar est membre de Panenka Music.  Managé par Fonky Flav, ex-membre de 1995, il rejoint PLK, Georgio ou encore Tsew The Kid au sein de ce label en pleine expansion. «On était au Printemps de Bourges en avril dernier, et mon tourneur, qui était aussi celui de PLK, m’a présenté à Fonky Flav. On a échangé nos contacts, et il a commencé à régulièrement m’envoyer des messages sur Instagram pour écouter mes nouveaux morceaux. Puis, en septembre, il m’a proposé de signer. On s’est mis d’accord sur le contrat et je suis arrivé en décembre 2019», relate Bekar.

Une signature qui lui a offert un nouveau cadre, et permis de mettre plus d’ambition dans son travail : «L’avis de Fonky Flav est super important, il connait la musique. Il sait ce qui va plaire, ou au contraire. Fonky était exigeant, il a mis la barre plus haute que sur Boréal. J’ai appris à faire plus de morceaux, et faire une plus grande sélection derrière. Boréal, c’était 14 morceaux au total, sur lesquels j’en ai choisi 12. Sur Briques Rouges, j’en ai fait entre 30 et 35, pour en garder 17.» Pour autant, Bekar reste fidèle à son style, à son esthétique. «Je suis chez moi, à Lille, je bosse avec les mêmes gars, notamment Lucci, qui était le producteur de l’intégralité de Boréal. C’est plus long, plus soigné, et dans des proportions plus grandes, mais la manière de faire reste la même.»

Et aussi, PLK, Georgio, Bekar : et si on parlait de la dream team de Panenka Music ?

 

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Nouvelle recrue dans l’équipe pour finir l’année en beauté ! Merci à @bekarnfr et son équipe pour leur confiance 🙏 🤝 @northfacerecords

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«C’est important que les gens comprennent que je viens du Nord»

Briques Rouges est un projet dans lequel Bekar insiste sur les origines qui sont les siennes, c’est-à-dire le Nord de la France. Et ce, à commencer par le nom de la mixtape elle-même. «Je voulais qu’il y ait un fil conducteur qui se dégage du projet. Briques Rouges, c’est chez moi, c’est le Nord. En fait, cela représente tout simplement les briques de ma ville, de la région lilloise. J’ai grandi à Roubaix, aujourd’hui j’habite à Lille, et les briques rouges sont vraiment représentatives de ces endroits. Là où je vis, l’architecture n’est pratiquement faite que de briques rouges, c’est une atmosphère particulière. J’avais envie d’appuyer là-dessus et d’en donner le nom à mon projet. En fait, c’est un peu le panorama de ma jeunesse qui est réuni dans ce titre.»

Dans le morceau “Destinée”, Bekar se confie même sur la difficulté de se faire une place dans le monde du rap lorsque l’on habite à Lille. «Ce n’est pas la même chose quand tu viens de Paris, ou de Marseille. Il y a beaucoup de rappeurs à Lille, mais pas vraiment qui ont percé, à part Gradur, et ZKR qui commence à faire parler de lui. Je trouve qu’il y a une histoire à raconter là-dedans. C’est important que les gens comprennent que je viens du Nord, et qu’il y a une vraie scène rap ici. Je suis fier de là où j’habite, de là où j’ai grandi.»

Pas de featurings, plus de détermination

Lorsque Bekar promeut son album sur les réseaux, il assume pleinement l’absence total de featurings sur les 17 tracks de Briques Rouges. Un parti pris ambitieux. «Initialement, je souhaitais collaborer avec des artistes. En toute transparence, j’avais un ou deux noms en tête que j’aurais aimé voir sur le projet. Certains ne m’ont pas répondu, mais ça a failli se faire avec d’autres.»

Finalement, Bekar a fini par assumer cette absence de featurings, au point d’en faire un défi à relever plutôt qu’un handicap. «Je vais essayer de tenir un long projet seul, sans que cela devienne ennuyant ou redondant. Forcément, ce sera au public de juger, mais personnellement je suis hyper content du résultat. Le projet glisse bien, il s’écoute tout seul. Briques Rouges est propre à moi jusqu’au bout, et sans featurings, c’est cool aussi.» Rien de définitif en tout cas, ce n’est que parti remise : «Collaborer avec d’autres artistes, ce n’est pas quelque chose que j’ai réellement fait jusqu’à présent, à part avec des amis, comme Balao par exemple. Mais je ne suis fermé à rien du tout».

Au casting tout de même : pas n’importe quel photographe

Si Briques Rouges est un projet sans collaborations musicales, Bekar a quand même fait appel à l’un des photographes les plus capés du rap français pour s’atteler à sa cover : Fifou. «Le contact s’est logiquement fait par le biais de Fonky Flav. Fifou était chaud pour le projet, et ça s’est fait tout naturellement», se souvient Bekar. Pour rappel, Fifou est l’homme à avoir pour réaliser une cover de qualité dans le rap français. Au sein du label Panenka Music, il avait déjà collaboré avec PLK, comme par exemple avec la pochette de son dernier album ENNA, mais aussi celle de Polak.

Pour la deuxième cover de sa jeune carrière, Bekar a tenu à ce que persiste une forme de cohérence. Et ce, à travers la thématique de l’horizon : «La pochette de Briques Rouges est la suite de celle de Boréal, parce qu’on y retrouve à chaque fois un horizon qui fait un peu rêveur, un peu pensif. Sur Boréal, j’avais insisté sur le côté très sombre, très nuit. Alors que pour Briques Rouges, c’est en plein jour, mais on garde ce délire d’horizon. Quand Fifou nous a proposé cette idée, j’y ai vu une vraie continuité.» Le tout, sublimé par une symbolique profonde. «Il y a un contraste entre l’appellation Briques Rouges, et la cover où je me tiens dans un champ de blés. Dans mon survêtement Lacoste écarlate, ce sont moi, les briques rouges.» Le MC a d’ailleurs partagé une croustillante anecdote sur ses réseaux, la police ayant fait son apparition en pleine réalisation du shooting photo de la pochette. Il la raconte sous la publication Instagram ci-dessous.

 

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La mif j’voudrais vous parler un peu de la cover de Briques Rouges. J’ai eu la chance de bosser avec @misterfifou qui nous a amené dans le 77, on a débarqué en camionnette avec ce mur de briques qu’on avait construit quelques jours avant le shoot avec l’équipe. Fallait être vifff parce qu’on a fait ça sans autorisation évidemment la police est venue nous rendre une petite visite 🤣 heureusement @papafonk était là pour les travaux et on eu 15 mn pour finir le shoot 😈 finalement tout s’est bien passé on a eu le temps de faire les images qu’on voulait! Un grand merci à @jillgattegno pour le choix de sappes ainsi qu’à @misterfifou pour le magnifique travail effectué 📷 #BRIQUESROUGES #25SEPTEMBRE

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«A partir de l’interlude, on rentre réellement dans le projet»

Autre point intéressant : la présence de Benoît Poelvoord sur le projet ! Car oui, l’interlude du projet est un passage du film de 1992 C’est arrivé près de chez vous. Long-métrage dans lequel Benoit Poelvoord s’offre un monologue où il parle d’urbanisme, et fait la mention de «briques rouges». En bref, la réplique parfaite pour servir le projet de Bekar. Mais ce n’est pourtant pas dans ce film que Bekar a découvert cet extrait. «J’ai entendu ça la première fois dans un morceau de Lasco, raconte l’artiste, et ça m’avait marqué. Alors, quand j’ai trouvé le titre du projet, on en a reparlé avec toute l’équipe. Je tenais à avoir un délire d’interlude, ce passage était tellement réaliste du propos, et en même temps super actuel. C’est court, mais poignant, et ça rajoute un côté brut au projet. Si l’interlude est placée juste avant le morceau éponyme “Briques Rouges”, ce n’est pas pour rien. A partir de l’interlude, on rentre réellement dans le projet.»

Il ne s’en cache pas : pour Bekar, le rap est un moyen d’expression thérapeutique. Un exutoire, pour un artiste qui attache une grande importance à la transparence de son récit : «J’ai toujours vu le rap comme une échappatoire, un moyen de sortir toute l’émotion que j’ai emmagasiné. Pour ce que je ne peux pas garder pour moi, le meilleur moyen reste d’écrire. De la rage, de la haine, de la mélancolie… Dans mon rap, je lâche tout. On le ressent dans le projet puisque je me suis mis à nu. J’ai raconté tout mon parcours : ma jeunesse, mon enfance, des trucs qui m’ont marqué. Quand j’écris, je ne cherche pas à aller dans le côté universel, en mode : “si je dis ça, c’est sûr que les gens vont se reconnaître là-dedans”».

Dans l’outro “Avant ça”, le MC expose d’ailleurs explicitement sa vision de voir les choses : «Tant mieux si des gens se reconnaissent, si il y a une certaine forme universelle dans ce que je raconte, mais c’est pas du tout mon objectif quand je raconte un truc». La philosophie Bekar, c’est d’être sincère sans aucune arrière pensée, sans réfléchir à ce qui peut toucher le maximum de personnes. «Je raconte des choses qui sont ultra-personnelles : certains vont écouter sans comprendre, et d’autres vont s’identifier, témoigne le MC. Et peu importe dans le fond, je le fais pour moi. Je sais que des gens m’écoutent, donc ce serait mentir que de déclarer que je n’écris que pour moi-même. Mais il n’empêche que l’universalité n’est pas ma volonté première. Je cherche juste à être authentique, à raconter un truc que ma mère pourrait écouter sans avoir honte.»

 Briques Rouges, où l’amour du rap

«De base, j’étais juste un kickeur, je ne faisais aucune mélodie. Je freestylais absolument partout avec mes potes. On allait dans les open-mics, on rappait dans les bars… Je suis vraiment de cette école-là. Avec Boréal, je m’étais ouvert à d’autres choses, notamment parce qu’il y avait eu une alchimie folle avec Lucci qui a un incroyable universel musical puisqu’il écoute énormément de pop, de rock… Il m’a permis de me détacher du côté très rap que j’avais initialement.» Mais sur Briques Rouges, la volonté de Bekar n’était plus la même. Il voulait retrouver l’essence-même du rap avec lequel il a grandi. «Mon objectif était simple : faire un vrai projet de rap en gardant la musicalité de Boréal, explique-t-il. J’ai trouvé mon juste milieu entre du boum-bap, des passages vraiment rappés, et mes différentes couleurs musicales. Ce mélange-là, c’est Briques Rouges

Un cocktail savamment distillé tout le long du projet, mais qui atteint son paroxysme lors de l’outro de Briques Rouges. “Avant ça” se décompose en deux parties bien distinctes : en premier lieu, un morceau chanté très mélodieux. «Dans la première partie du morceau, je parle d’une relation, se confie-t-il. J’ai une copine depuis quatre ans, elle a toujours été à mes côtés pour me soutenir dans ce que je faisais. J’ai vraiment eu l’envie de lui dédier l’ultime chanson. Mon message, c’est : “je sais que tu viens de te prendre 17 morceaux de rap, alors celui-là, je te l’offre”.»

Pourtant, il ne s’agit pas de la note final du projet. Non, avant de tirer sa révérence, Bekar a choisi d’infliger une bonne grosse gifle de rap à l’auditeur : «La deuxième partie du morceau est ultra-rap, ultra-égotrip… Comme une manière de signifier que le rap me rattrapera toujours. J’aurais beau m’en excuser, comme je le fais un peu à ma copine juste avant, j’aime trop le rap, c’est comme ça. Je voulais partir sur une dernière note puissante, pendant une minute trente, avant de clôturer le projet. Ça prend l’auditeur à contre-pied, car il s’attend à que ça finisse en douceur, mais c’est énervé. Et justement, ça laisse un champ des possibles large pour la suite.» Un effet plus qu’efficace, puisque qu’il donne tout simplement l’envie de relancer une nouvelle fois le projet. Réécouter une fois de plus Briques Rouges, pour comprendre à quel point Bekar est un artiste pétri de talent qu’il n’est plus permis d’ignorer.

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