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Dénudée lors d’un shooting, Shay incarne l’image d’une femme forte du rap français

Urivaldo Lopes

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En posant nue pour le magazine américain Slimi, Shay a dévoilé bien plus que sa silhouette. C’est en effet toute une imagerie de la femme dans le monde hip-hop qu’elle a mis en exergue. 

Il n’aurait pu s’agir que d’un énième shooting photo topless d’une cover de magazine américain. Pour autant, c’est cette fois l’une de nos rares représentantes féminines du rap français qui s’exécute à la tâche. Une coutume loin d’être usuelle. Shay, ancienne héritière du 92i, a été choisie comme l’une des révélations du numéro de Slimi, magazine américain. Une propulsion outre-atlantique, pour celle qui cumule tout de même 600 000 followers sur Instagram.

Depuis son retour fracassant avec son single “Jolie”, Shay tente d’enfiler le costume, à risque, de la figure du rap féminin français. Un rap trop méconnu, trop sous-estimé, trop irréel et stéréotypé. Un rap qui, pourtant, affiche des prétendantes sérieuses, supplantées par une musique urbaine adoucie par les codes mainstream, en témoignent Aya Nakamura et Marwa Loud.

Urivaldo Lopes

Inspirée des modèles américains

Que le magazine en question soit américain ne fait que confirmer la notoriété de l’artiste. Celle qui s’affichait déjà en égérie de Puma, par ses millions de vues et sa solide fanbase, incarnerait-elle l’espoir du rap féminin français ? Shay s’inspire alors des codes des rappeuses américaines, à l’instar de Nicky Minaj ou Cardi B : hyper-sexualisées, jouant de leur sensualité en écartant l’idée selon laquelle un corps “bien foutu” serait une faiblesse. Faire de sa beauté une force légitime, d’emporwerment.

Les clichés top-less seraient alors l’occasion de mettre la barre plus haute, de s’émanciper à travers un corps puissant et une sexualité affranchie. La preuve dans les réactions qui ont suivies la publication des quelques images. Nombreuses sont les femmes qui ont supporté l’initiative de la rappeuse, ont apprécié son “courage”. Le shooting fait d’elle une image inspirante pour ceux qui la suivent. Il pourrait même ouvrir les mentalités françaises sur la question. Car en France, difficile – pour l’instant – de poser nue sans être incendié sur la Toile. Mais Shay sait bien qu’aux États-Unis, la nudité des femmes n’est plus tabou depuis longtemps.

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Que doit-on alors penser de cette séance photo osée ?

Le magazine Slimi a peut-être décidé de la faire poser nue pour des motifs avant tout artistiques. Et dans un second temps, pour le message féministe qu’une telle allure renvoie : la femme est libre de se montrer telle qu’elle le souhaite.

Dès lors, les clichés en noir et blanc se lisent comme une affirmation : on peut (doit) se faire respecter, partout, tout le temps, même en se dénudant. Les photographies sensuelles reflètent avant tout l’image d’une femme forte et indépendante, dont l’aura se diffuse depuis ce week-end. Aussi, les images proposent une version éloquente et libérée de Shay, prête à se hisser en haut du podium avec la sortie prochaine de son nouveau projet.

Médiatiquement, le shooting de Shay a été écarté par le clip d’Angèle, où le message, explicit, est plus conforme. Pourtant, ces clichés proposent un message féministe, autre, mais aussi puissant : celui de pouvoir faire ce qu’on veut, sans être critiquée. L’idéal serait de ne même plus avoir ce débat là. Nous aimerions sûrement voir émerger d’autres modèles, comme la prometteuse Aloïse Sauvage, qui prouve sans effort que les femmes pourraient faire du rap sans être chosifiées. Noyée sous des figures féminines tantôt vulgarisées, tantôt masculinisés (Keny Arkana pour ne citer qu’elle), il serait peut-être temps pour le rap d’ouvrir la voie à des femmes moins d’autres cases, afin de proposer une image un poil plus réaliste du genre féminin.

Shay, en nous offrant ces portraits, contribue à changer l’image de la femme dans un univers rap qui peut les étouffer. Elle permet, aussi, en retournant le stigmate, de désacraliser le genre féminin, à qui l’on reproche – trop – souvent sa nudité. Finalement, ce shooting est pour elle l’ultime preuve qu’elle s’impose dans le paysage urbain. En dépit des codes. Et son audace, ne peut alors qu’être saluée.

Urivaldo Lopes