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Musique

La drôle de vie de “Amnésie”, le morceau maudit de Damso

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Tristement obnubilant, “Amnésie” offre un voyage déroutant au coeur de l’introspection de Damso. Une oeuvre délicate, plombée par son absence des plate-formes streaming. 

Une plume osée, introspective et obscure. Avec “Amnésie”, sur Batterie faible, Damso a emmené l’auditeur au coeur d’une expérience oppressante. Dérangeant et véritable, le voyage proposé par l’artiste narre l’histoire d’une aventure amoureuse. Toutefois, les sentiments exprimés par la femme ne sont pas partagés, et celle-ci finit par se suicider, laissant le narrateur crouler sous le poids de sa responsabilité. L’expression la plus dérangeante : l’utilisation de la première personne du singulier qui rajoute une touche personnelle à l’oeuvre, construisant également son mythe : l’histoire de “Amnésie” est-elle vraie ?

Damso : «Je ne suis pas très à l’aise pour parler d’“Amnésie”»

S’il évoque avec parcimonie ce morceau enfoui dans son premier album, Damso a confirmé à plusieurs reprises que l’histoire était bien réelle «à 80%», expliquait-il pour Rapelite. Mais il n’en parlera pas plus. «Personne ne saura jamais de qui je parle. Les remords sont venus plus tard, c’est avec du recul que ça te pèse, raconte-t-il pour Genius. Quand tu es petit tu ne comprends pas ce qui se passe.» Et d’ajouter : «Je ne suis pas très à l’aise pour parler d’“Amnésie”. Je ne suis pas encore assez détaché. Peut-être que si je le fais sur scène, ça m’aidera.»

Disposant d’une notoriété modeste à l’heure de la publication de Batterie faible, Damso intrigue par cette OVNI d’une profondeur inouïe catapultée au coeur de l’opus. Un morceau d’une écriture aussi trash que fine, qui permet déjà d’identifier la carapace de l’artiste. Il le portera d’ailleurs en images, quelques mois plus tard. On y découvre un Damso les yeux bandés, dans un univers sombre et malaisant, qui bouscule les codes du rap.

Au milieu de la force de frappe de Batterie faible, gonflée par “Débrouillard” et “BruxelleVie”, “Amnésie” offre une seconde lecture à un artiste catégorisée alors comme un punchliner brutal. Son étrangeté et son univers lugubre façonnent son mystère, qu’il évoquera par ailleurs dans le titre “Kietu”, en se fondant sous la peau de ses fans : «Dis-moi si c’était vrai pour Amnésie»«J’ai compris qu’artistiquement parlant les gens n’étaient pas prêts, explique-t-il, toujours à Genius, en parlant de cette punchline. C’est bizarre, ils n’arrivent tellement pas à dissocier l’artiste et la vie réelle. Je fais un son, c’est juste un son. Ne cherche pas à essayer de me connaître à travers un son. Si mes parents ne me connaissent même pas vraiment, c’est pas quelqu’un d’autre qui va le faire.»

La malédiction de “Amnésie”

Mais l’obscurité planante de “Amnésie” a également été renforcée par son espèce de malédiction commerciale. Depuis sa sortie, le morceau fait des aller-retours sur les plateformes streaming. Sa suppression la plus marquante a eu lieu en mai 2017, quelques semaines après la sortie de Ipséité, deuxième album de Damso. Alors que l’artiste est en pleine hype, l’intégralité de son premier album Batterie faible a été balayé des plateformes d’écoute. Et sur YouTube, le clip de “Amnésie” a également été supprimé. L’artiste communiquera brièvement à ce propos sur son compte Twitter : «Free Batterie Faible». 

La raison de cette suppression : un sample impliquant un vieux morceau des années ’70 : “I Heard A Sight”. C’est de ce titre du jazzman français Cortex que provient la boucle musicale de “Amnésie”. Le problème : elle a été ré-utilisée sans son accord «Généralement, une boîte de clearance te contacte, ils te proposent un chiffre, tu discutes un peu et ça se concrétise. Et il n’y a pas de lézard. C’est ce qu’il s’est passé avec Lupe Fiasco par exemple», expliquait d’ailleurs l’artiste, qui a été samplé par de nombreux rappeurs, aux Inrocks en 2017.

Il parlait d’ailleurs du morceau du Bruxellois. «J’ai écouté “Amnésie” de Damso et j’ai l’impression qu’il évolue quand même dans un cadre assez structuré. C’est en place. De ce point de vue-là il n’y a rien à dire. Ce qui me dérange le plus, c’est qu’il a baissé le pitch du morceau original que j’ai composé. C’est n’importe quoi.» Pour l’anecdote, les notes du morceau avaient également été reprises par Sopico, qui avait reçu un courrier de l’avocat de Cortex. «Il a quatre sous pour vivre je ne vais pas l’embêter pour le mettre sur la paille. Ce n’est pas le but. Il y a quand même des étapes à respecter : avant de sortir le morceau ils auraient pu contacter mon éditeur pour demander les droits.»

Et faute d’arrangement à l’amiable, les lettres de “Amnésie” sont toujours grisées lors de la lecture du morceau sur les plateformes d’écoute. Quatre ans après, il faut se plonger dans les profondeurs de YouTube pour aller écouter ce qui restera comme l’une des pierres fondatrices de la discographie de Damso. Une absence qui contribue à renforcer le mythe d’un titre définitivement entouré de mystères.

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