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On a parlé “Supply and Demand”, New York et “Senseï” avec Lord Apex

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lord apex

Acteur de la scène anglaise qui se fraie peu à peu sa place dans le rap, Lord Apex revient au côté du producteur V Don pour le projet Supply and Demand. L’occasion d’évoquer son processus créatif et ses ambitions futures. 

Vous l’avez peut-être vu sur un fond bleu en train de débiter des rimes dans les locaux de Colors, ou bien en freestyle lors d’un concert Boiler Room depuis sa chambre. Le jeune prodige Lord Apex a su se bâtir une personnalité de stoner productif, qui aime s’enfermer en studio pour penser et repenser les concepts et idées musicales qui trottent dans sa tête.

Familier avec la scène “post-boom bap” qui évolue en parallèle à celle du grime, Apex sait aussi s’extirper hors des frontières britanniques pour diversifier son rap. Ainsi, il choisit de s’orienter vers la ville portière de New-York pour expérimenter les boucles douces et mélancoliques du producteur V Don entre saxophones étirés et notes de piano aigus pour retranscrire la pression qui règne dans les avenues désertes des capitales du monde entier. 

Ainsi, V Don donne le tempo au rappeur et infuse de son savoir-faire qu’il a pu acquérir aux coté d’A$ap Rocky, Meek Mill ou bien de la scène Griselda pour le transmettre à Lord. Pour notre rappeur, sa validation auprès d’artistes comme Larry June et Freddie Gibbs nous pousse à nous pencher sur ses derniers faits d’armes et son état d’esprit, entre méditation et vadrouille à travers les friches industrielles.  

Avec ce projet, tu t’es exporté en dehors de ton pays pour travailler avec le producteur new-yorkais V Don. Ressens-tu cela comme une nouvelle étape ? 

Je ressens une énergie similaire lorsque je travaille avec lui, mais avec une aura plus importante qui se transpose à New-York. C’est donc une expérience nouvelle et, en soi, chaque projet est un nouveau palier à atteindre.  

Comment s’est faite la rencontre avec V Don et l’envie de faire un projet commun ? 

Les connexions se sont faites grâce à mon manager Max Robin. V Don avait apprécié mes travaux précédents et les productions qu’il propose collent à mon univers. Lui, tout comme moi, ressentait le besoin d’élargir nos horizons et se challenger. 

Dans le passé tu as souvent travaillé avec uniquement un seul producteur tels que Walterwarm ou Tsunami. Entre un seul et plusieurs producteurs, quelle est la façon de travailler que tu préfères ? 

Ce sont deux expériences différentes. Lorsque je fais un projet comme Smoke Session où j’invite plusieurs producteurs, je dois trouver une homogénéité, une ligne directrice et ainsi faire un travail de sélection intéressant. À l’opposé, lorsque je travaille avec un seul producteur comme avec Supply and Demand, je suis en train de me challenger, aussi bien moi que le producteur. L’exercice est de trouver la balance parfaite entre mon identité et celle de la personne avec qui je travaille. Il faut être confortable tout en puisant dans de nouvelles ressources, de nouvelles habitudes. 

C’est d’ailleurs quelque chose que tu as du faire avec V Don car, même si les productions se veulent boom-bap, celles-ci s’éloignent de de l’atmosphère vaporeuse que tu as pu avoir sur d’autres projets pour un son plus “terre à terre”. 

 En effet, les productions ne sont pas tout à fait les mêmes que d’habitude sur ce projet. J’ai voulu sélectionner celles qui me ressemblaient le plus. Si V Don propose des instrumentales froides pour des mecs au flow acidulé, je m’orienterais vers des boucles plus mouvantes et douces. L’idée d’un LP commun, c’est de faire du 50/50 où les deux acteurs s’accordent sur un entre deux, entre prise de risque et pâte originelle. Le résultat finalement se veut inattendu et imprévisible. 

Pour Supply and Demand, on ressent ce côté “industriel”, avec notamment la pochette où y est représentée des cargaisons embarquées sur un navire de charge. Pour le son, les batteries moins espacées, plus rudes. Est-ce voulu ? 

Oui, le concept était de retranscrire cette période de pandémie où l’offre et la demande fut mise en péril ses derniers mois, d’où l’embarcadère. S’ajoute à cela les grands ports où la drogue circule et qui ont aussi été soumis au conditions du confinement. Puis V Don vient de New-York et procure inévitablement une énergie qui provient des bas-fonds de la ville. Après avoir posé sur deux ou trois morceaux, j’ai su dans quelle direction je devais m’orienter, avec un flow plus condensé, moins disparaître. J’ai d’ailleurs voulu repousser les limites de mon écriture. 

Pour ce projet, tu t’es rapproché d’acteurs très respecté de la scène new-yorkaise comme Cj Fly de Pro Era ou Willie The Kid et de Murs pour ce qui est de la côte ouest. Comment se sont faites ces connexions ? 

Mon manager va régulièrement au Etats-Unis et avait eu l’occasion de faire écouter certains de mes morceaux aux trois rappeurs en question. Ils ont adoré ce que je faisais puis Cj Fly est jamaïcain comme moi, il avait d’autant plus envie de collaborer à mes côtés. Pour moi, c’était un honneur car j’ai beaucoup écouté Pro Era [le groupe de Cj Fly] quand j’étais plus jeune. Le processus globale était naturel et chacun des rappeurs présents ont marqué ma vie d’auditeur dans le passé. 

Entre la scène new-yorkais et celle londonienne, il y a toujours eu une connexion indirecte au sein du rap underground. Ratking, un trio de New-York, a été influencé par les sonorités anglaise et a collaboré avec des acteurs locaux. Ressens-tu ce parallèle ?

En effet, il y a des cypher et autres freestyles anglais qui traînent sur internet dans une dynamique similaire à ceux de New-York. Mais, pour fréquenter cette scène depuis assez longtemps maintenant, je trouve qu’elle n’est pas aussi développée qu’à New-York où c’est bien plus naturel de voir des regroupements où tout le monde se met à rapper. Dans Londres, ce genre de phénomène reste rare.

Tu as toujours été porté sur la méditation, comme le montre ton deuxième nom “Senseï”. Et pour Supply and Demand, tu sembles avoir mis cet aspect quelque peu de côté. 

La médiation était l’essence même d’un projet comme Smoke Session qui avait une atmosphère enfumé. Ici, je m’éloigne de la méditation, c’est comme si j’avais éteint le niveau que je souhaitais dans ce domaine et voulait me reconnecter avec l’extérieur, parcourir l’asphalte. 

Pour les projets à venir, tu vas réitérer l’expérience d’être avec un seul producteur ou te concentrer sur un projet avec une variété d’instrumentales ? 

Je veux me diriger vers une Smoke Session Vol. 3 avec plusieurs producteurs mais une direction artistique bien précise. Cette album serait plus ambitieux et disposera d’une variété de sonorités. Il conclura la longue série de projet que j’ai pu sorti avec peu de délais. Après je me laisserai plus de temps entre chacun des nouveaux albums ou mixtapes. 

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